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Commémoration des massacres du 8 mai 45 : « Il y a nécessité d’évoquer l’Histoire avec transparence, même si cela doit faire mal à la France »

14 mai 2011 - Dernier ajout 16 mai 2011

Comment concilier les deux 8 mai 45 ? Comment se situent les élus locaux sur ces 2 commémorations, l’une officielle, l’autre non ? Quels sont leurs projets politiques à ce sujet ? Autant de questions posées à Patrick Menucci, maire socialiste du premier secteur de Marseille, Jacques Soncin, d’Europe Ecologie et président de l’institut Panos et Jean-Marc Coppola, vice-président de la Région et conseiller municipal PCF du 8ème secteur de Marseille - à l’occasion de la commémoration des massacres du 8 mai 45 en Algérie. Cette seconde table ronde animée par le politologue Vincent Geisser, a permis d’apprécier la position de ces personnalités politiques locales vis-à-vis de ces questions mémorielles devenues un enjeu éminemment politique.


 

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Pour le politologue et sociologue au CNRS Vincent Geisser, l’on assiste depuis une dizaine d’années à une recrudescence du nombre d’acteurs impliqués dans ces enjeux mémoriels. Les premiers ne sont autres que les porteurs de mémoires (associatifs, collectifs, groupes) qui ont des volontés de positionnement dans l’espace public afin de faire valoir la publication de leur mémoires. Les historiens, acteurs du champ scientifique, se lèvent quant à eux contre l’instrumentalisation politico-électorale de l’histoire. « Si certains historiens saluent le fait que les politiques se soient emparés de la question de la mémoire, d’autres déplorent ce phénomène de banalisation, de surenchère électorale politico-politicienne » explique le sociologue. En effet, le politique est le troisième acteur de ces enjeux mémoriels. Depuis quelques années, on observe une certaine gêne des acteurs politiques à parler de certaines mémoires. « Certaines mémoires étant plus subventionnées que d’autres dans leur capacité à émerger dans l’espace public. Certaines mémoires font même l’objet de commémoration officielle, de discours publics, d’hommage d’association subventionnées, donnant l’impression que certaines mémoires seraient plus légitimes que d’autres » poursuit Vincent Geisser. Par exemple, les élus marseillais n’ont pas hésité à soutenir le projet de loi criminalisant la négation du génocide arménien et à soutenir les commémorations du génocide arménien.

« Le génocide arménien n’a pas été fait par les français et pourtant les commémorations sont importantes à Marseille. Il est plus facile de commémorer le génocide arménien car il est plus facile de se projeter sur les turcs » souligne à son tour Patrick Mennucci, maire socialiste du premier secteur de Marseille.

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Pour ce qui est de la commémoration des massacres du 8 mai 45, c’est une autre question. Ce 8 mai 45 - journée au cours de laquelle, l’armée française massacra les milliers d’Algériens qui avaient exprimé leur volonté d’indépendance - est ignoré, marginalisé, voire méprisé. « On a l’impression que ce 8 mai 45, celui des arabes, des bougnoules, des bicots, coexiste de manière parallèle, sans jamais rencontré l’autre 8 mai 45, c’est-à-dire ce 8 mai 45 officiel qui est celui des uniformes, du préfet, du maire » résume le politologue.

Malgré tout, Marseille suscite l’espoir. « Elle pourrait être un symbole extraordinaire dans lequel on pourrait casser ce rapport de l’officialité du 8 mai 45. Comme le disait le sociologue et anthropologue Jacques Berque, il y a un déni de l’histoire et un déni de la mémoire à ne pas vouloir solidariser ces deux 8 mais 45 et à en faire deux manifestations parallèles » poursuit Vincent Geisser.

Il faut « multiplier les commémorations des massacres du 8 mai 1945, même sans la présence des officiels »

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Pour Jacques Soncin, journaliste de formation, « on pourrait même faire du 8 mai 45, un élément de libération de toute l’humanité ». Selon lui, « il faut avoir une vision mondiale des problèmes. » Pour Patrick Mennucci, « il faut d’abord faire comprendre à tout le monde qu’il y’a nécessité à faire respecter la part arabe de Marseille. Cela peut se faire à travers des mesures municipales, à l’image de celles mises en œuvre par Bertrand Delanoë et Gérard Collomb à Paris et à Lyon, qui ont attribué le nom d’une rue à l’Emir Abdelkader » précise-t-il.

Jean Marc Coppola, conseiller municipal PCF du 8ème secteur de Marseille pense plutôt qu’il faut « multiplier les commémorations des massacres du 8 mai 1945, même sans la présence des officiels. De cette manière, la loi viendra demain dans les faits ». Pour Haouaria Hadj-Chikh, conseillère d’arrondissement et conseillère communautaire des 13/14ème arrondissement, « tout est question de volonté et de courage politique. Ce n’est pas simplement attendre l’interpellation organisée et comptée de la demande et de la doléance ».

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« Sur cette question je m’engage » réplique Patrick Mennucci, représenté par son adjoint, Nassurdine Haidari pendant la commémoration des massacres du 8 mai 45 qui s’est déroulée dimanche dernier sur la place Léon Blum. Le maire du 1er secteur a en effet déjà prouvé son engagement pendant la sortie du film « Hors-la-loi », qu’il avait notamment soutenu lors de sa diffusion en avant première au cinéma Le Pathé Madeleine à Marseille. Un soutien qui lui a valu d’être pris à parti par des pieds-noirs nostalgiques de l’Algérie française.

« Il faut combattre les débats populistes et néocolonialistes »

« Mieux vaut du bruit et du vacarme que du silence » résume Jean-Marc Coppola, reprenant la formule du maire de Givors. « L’idée est de favoriser les débats, de travailler sur la connaissance et reconnaissance des crimes, de transmettre la mémoire pour enfin combattre l’ignorance. Pour cela il faut combattre les débats populistes et néocolonialistes à l’image de la loi sur le rôle positif de la colonisation » insiste-t-il.

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De son côté, Patrick Mennucci a choisi de multiplier les manifestations officielles en mettant à l’honneur les troupes coloniales qui ont donné leur vie à la France. « Depuis 2008, nous avons décidé que chaque 11 novembre, une commémoration serait dédiée aux troupes coloniales. L’année dernière, c’est le consul du Sénégal qui a fait le déplacement » précise le maire du 1er secteur qui aurait aimé commémorer le 25 août 1944, jour au cours duquel les tirailleurs algériens, tunisiens, marocains, sénégalais ... ont libéré Marseille. « J’ai été frappé ! On se souvient des 150 combattants français qui ont contribué à libérer Marseille mais pas des 500 tirailleurs qui sont morts pour la libération de la cité phocéenne. Si j’étais en situation, je pense que je mettrais dans la manifestation commémorative qui existe déjà devant le char Jeanne d’Arc, les éléments d’explication d’histoire sur la stèle érigée en la mémoire des combattants, en invitant les consuls algériens, tunisiens etc... » poursuit Patrick Mennucci.

« C’est par de petites initiatives qu’on pourra contribuer à ce que demain il y ait une commémoration officielle » ajoute Jean-Marc Copolla qui a insisté sur la nécessité d’évoquer l’Histoire avec transparence, « même si cela doit faire mal à la France. »

« Pour l’instant Marseille a raté le coche. Il n’ ya qu’à observer la montée du FN et la démission d’un certain nombre d’élus à Marseille, pour s’en apercevoir » conclu Jacques Sonsin.

 



 

 

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