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Colonisation française en Algérie : « Un devoir de vérité et de reconnaissance du passé s’imposent »

12 mai 2011 - Dernier ajout 15 mai 2011

La commémoration des massacres du 8 mai 45 s’est poursuivie dimanche après-midi au Centre Régional de Documentation Pédagogique pour une conférence teintée d’analyses et de témoignages. La première table ronde, animée par notre consœur Anne-Aurélie Morell, a réuni Martine Timsit Bertier, neuropsychiatre née en Algérie, François Nadiras, responsable du site LDH-Toulon.net et Jacques Pradel, prédisent de l’Association Nationale des Pieds Noirs Progressistes et leurs Amis. L’objectif était de mettre la focale sur certaines vérités historiques, encore ignorées aujourd’hui, mais aussi d’analyser puis de dénoncer le comportement du colon sur le colonisé, sous l’angle de la psychiatrie coloniale notamment. Résumé.


 

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« Ce passé colonial pèse encore lourd, 50 ans après. Pourquoi n’arrive t’on pas à dépasser cela ? » s’interroge Martine Timsit Bertier, neuropsychiatre née en Algérie. Il faut dire que le « système colonial » est toujours fort imprégné dans les mentalités et qu’il a laissé de nombreuses séquelles. Ce qualificatif employé par Nicolas Sarkozy, lors de son discours à Constantine 2007, résume à lui seul l’atmosphère cynique qui régnait pendant la colonisation et règne encore aujourd’hui dans les anciens pays colonisateurs. En effet, est selon Martine Timsit, « système colonial est le terme qui qualifie le mieux cette histoire de l’Algérie » car il détermine parfaitement les rapports qui existaient entre les individus, à savoir le colonisé et le colonisateur. Ce que l’écrivain et essayiste franco-tunisien Albert Memmi, a parfaitement analysé en 1957 dans son ouvrage : « Portrait du colonisateur- Portrait du colonisé ».

Selon Albert Memmi tout colonisateur est un privilégié et sa condition n’est fondée que sur l’usurpation. « Tout l’effort psychologique c’était de légitimer cette usurpation » poursuit Martine Timsit. Pour cela tous les moyens étaient bons. « Insister sur les fautes et les carences des colonisés en prônant avec obstination la supériorité intellectuelle, culturelle et technique des colonisés. En pointant les différences, le colonisateur notait à chaque fois sa supériorité, avec cette rageuse obstination que les rapports entre colonisés et colonisateurs étaient immuables et de natures biologiques ». Des travaux d’une médiocrité intellectuelle et morale qui s’inscrivaient dans le cadre de la psychiatrie coloniale.

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La psychiatrie coloniale au service de préjugés et de thèses colonialistes

Pour légitimer leur supériorité, les colons n’ont pas hésité à utiliser la science. En effet, dans son article « Neurobiologie de la violence et violence de la neurobiologie », paru dans l’ouvrage d’un professeur marocain, Martine Timsit s’est attelée à montrer à quel point la science a pu être au service de préjugés et de thèses colonialistes qui légitimait la violence coloniale.

Antoine Porot et Jean Sutter, psychiatres coloniaux, ont développé et défendu la théorie du primitivisme, plaçant « l’indigène nord-africain à mi-chemin entre l’homme primitif et l’occidental évolué ». Leur thèse était que l’indigène, était privé de lobe préfrontal donc dépourvu de morale et de la rationalisation qui fonde l’humanité et donc qu’il fallait civiliser.

En 1932 Antoine Porot écrivait même : « L’indigène nord-africain, dont le cortex cérébral est peu évolué, est un être primitif dont la vie essentiellement végétative et instinctive est surtout réglée par le diencéphale ». « L’Algérien n’a pas de cortex, ou, pour être plus précis, il est dominé, comme chez les vertébrés inférieurs, par l’activité du diencéphale ». De telles énormités pourraient faire rire aujourd’hui. Frantz Fanon dans les « Damnés de la terre », (1961), analysait aussi cette violence coloniale et symbolique à travers laquelle, le colon devait faire accepter à l’opprimé, de façon subtile, des contres vérités.

« Autant de mensonges qui m’ont plongé dans la confusion »

Martine Timsit a aussi tenu à partager son témoignage. Un témoignage teinté d’amertume. « Il était difficile de vivre en Algérie du côté des colonisateurs. Parce qu’il était impossible de faire coïncider notre vécu quotidien avec les valeurs qu’on nous enseignait à l’école : Liberté, Egalité, Fraternité. Tout ça ne collait pas » avoue-t-elle, toujours aussi confuse.

Ce n’est qu’après s’être rendu à Paris dans les années 50, qu’elle découvrira les mensonges qui ont bercé son enfance.

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Claire Mauss-Copeau éclaire les zones d’ombres qui entourent la date du 20 aout 1955, source de rumeurs infondées

L’histoire de l’Algérie est en effet un sujet toujours aussi sensible car teintée de zones d’ombres et de contre vérités qui ne font qu’accentuer les tensions. La date du 20 aout 1955 en est un exemple frappant.

L’article paru le 11 avril dernier dans le quotidien l’Humanité tend notamment à rétablir certaines vérités historiques autour de la date du 20 août 1955, souvent assimilés au jour où « les Algériens ont montré leur cruauté ». Cet article écrit par Alain Ruscio, évoque en effet les travaux de l’historienne Claire Mauss-Copeau », qui dans son ouvrage intitulée : « Algérie, 20 août 1955 – Insurrection, répression, massacres », « restitue la dimension réelle de l’insurrection du Constantinois et de la répression sanglante qu’exerça le pouvoir colonial sur la population algérienne » précise François Nadiras, responsable du site LDH-Toulon.net. Selon Claire Mauss-Copeau, l’insurrection n’avait pas pour objectif de massacrer les européens.

Contrairement à beaucoup d’autres, l’historienne évoque l’ampleur démesurée des représailles exercées sur les Algériens au cours des semaines qui ont suivi le 20 août 1955. « Alors que la révolte avait été circonscrite à quelques cités, c’est tout le Constantinois qui a été ensuite ratissé, tant par les militaires que par des miliciens armés, ces derniers se montrant particulièrement féroces. Combien de morts dus à la répression ? Claire Mauss-Copeaux avance le chiffre de 7 500. Au passage, signalons que c’est une règle quasi mathématique dans l’histoire coloniale : 100 « Arabes » pour 1 Français. C’est donc à une entreprise de salubrité historique publique que s’est livrée Claire Mauss-Copeaux » explique l’historien Alain Ruscio dans cet article.

Son livre s’inscrit en effet « à contre-courant » du récit traditionnel des médias et de certains sites négationnistes. Ce jour là, naissait « une brève flambée, plus spontanée qu’encadrée, de haine, laissant à terre cent vingt-trois cadavres, dont soixante et onze civils français - et parmi ceux-ci des enfants. Une horreur. Mais rien à voir avec l’« Oradour algérien », la « tentative de massacre généralisé des Européens » poursuit Alain Ruscio.

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« La date du 20 août 45, est une date un peu sacrée pour les nostalgiques de l’Algérie française, dans la mesure où c’est ce jour où ils ont réalisé qu’ils ne pourraient rien faire avec les Algériens » résume François Nadiras.
Autre actualité et pas des moindres. Le 7 mai dernier, un chercheur en histoire, Farid Belkadi révélait que les restes mortuaires de dizaines de résistants algériens à la colonisation française, dont ceux de Chérif Boubaghla (mort en 1854) et de Cheikh Bouziane des Zaâtchas (mort en 1849), ont été retrouvés au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de Paris. Certains fragments de corps ont même été conservés au MNHN de Paris, depuis 1880, date à laquelle ils sont entrés dans la collection « ethnique » du musée. Une découverte qui en dit long ......

« Ils sont calfeutrés dans de vulgaires boîtes cartonnées, qui évoquent les emballages des magasins à souliers ! Ces boîtes sont elles-mêmes rangées dans les étagères d’énormes armoires métalliques grises aux portes coulissantes, fermées à double-clé, une bien triste fortune pour des hommes de la trempe de Chérif Boubaghla qui sacrifia sa vie et son existence pour que vive l’Algérie libre », a regretté Farid Belkadi, rapporte le quotidien El Watan.

« Un devoir de vérité et de reconnaissance du passé s’impose » conclu François Nadiras.

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Des « pieds-noirs ont donné de leur vie pour mettre à bas le système colonial »

De son côté Jacques Pradel, prédisent de l’Association Nationale des Pieds Noirs progressistes et leurs Amis (ANPNPA), tente de cultiver l’amitié entre les peuples algériens et français. Car « les pieds-noirs ne sont pas tous des affreux salops de l’OAS qui n’ont pas bougé de leur position depuis 50 ans. Ils s’agitent beaucoup mais ne représentent qu’eux-mêmes et nous on veut en porter témoignages » insiste le président de l’ANPNPA. Car faut-il le rappeler, un certain nombre de « pieds-noirs ont donné de leur vie pour mettre à bas le système colonial » insiste-il en évoquant cet avocat pied-noir qui n’avait pas hésité à défendre un militant du FLN, condamné à mort.

Jacques Pradel tient également à affirmer son désaccord face à ceux qui pensent que la date du 8 mai 1945 marque le début de la guerre de libération. Selon lui, elle commence en 1830 jusqu’en 1907.

Les massacres du 8 mai 1945 ont une résonance particulière dans la France d’aujourd’hui. Selon ce pied-noir, né dans le sud oranais, il est nécessaire d’interpréter le 8 mai 1945 à travers deux faits politiques majeurs dans la société actuelle. Le premier réside dans la banalisation de l’extrême droite. « La droite à l’image de l’UMP se fait de plus en plus ouvertement complice de tous ceux qui essaient de faire revivre les moments les plus pires de la guerre d’Algérie » explique-t-il. Pour exemple, la stèle des nostalgiques de l’OAS à Marignane a été réinstallée le 11 mars dernier sur demande de l’association Adimad mais sur proposition du maire avec l’appui de sa majorité UMP. Quant aux manifestations de protestation à Cannes contre le film de Rachid Bouchareb, « Hors-la-loi », elles ont été initiées par des élus UMP.

Puis, le deuxième fait politique marque l’idée qu’il existe toujours, dans les pays anciennement colonisés, un système néocolonial.

 



 

 

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