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Colloque Santé Mentale : « Folies et Médias », liaisons dangereuses ?

22 mars 2010

« Folies et Médias : Où est la dangerosité ? Qui sont les victimes ? » : tel était le thème de cette nouvelle Semaine d’Information en Santé Mentale (SISM) 2010. Dans ce cadre, Arpsydemio (Association de Recherche et de Formation en Psychiatrie et en Epidémiologie) organisait un colloque les 16 et 17 mars à la bibliothèque de l’Alcazar, à Marseille. Bien souvent, les psychiatres et les équipes soignantes reprochent aux médias de traiter les questions autour de la maladie mentale sous l’angle du fait divers, engendrant une stigmatisation. Le rôle de la presse ne serait-il pas de donner une information plus objective, de vulgariser le « Monde de la Psychiatrie » en apportant des éléments de compréhension ?


 

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Le Pr GORI et le Dr DUSSERRE notamment, lors de ce colloque

La folie fait peur et suscite rejet. « N’évoquer la psychiatrie qu’à l’occasion de crimes spectaculaires accroît la stigmatisation des malades mentaux » se persuade Nicolas Franck, professeur de psychiatrie à l’Université Lyon 1, praticien au Centre hospitalier Le Vinatier et chercheur au Centre de neurosciences cognitives à Bron–dans son article paru dans Pour la Science en février 2009. Produire du sensationnel à partir de faits divers dramatiques tend à montrer, selon les professionnels de la psychiatrie, une absence de recul, une approche succincte d’événements complexes. Souvent, les spécialistes, les familles et les usagers réalisent un réel travail pédagogique d’information tout au long de l’année et leur démarche est réduite à néant lorsqu’un fait divers défraie la chronique.

Selon un rapport de la Commission « Violence et santé mentale », la criminalité demeure faible. Les personnes souffrant de troubles mentaux ne sont responsables que de 0.4/100 des crimes et délits. A l’inverse, les malades mentaux sont des individus vulnérables, victimes de crimes violents (environ 12 fois plus selon les statistiques). En s’appuyant sur ces données, effectivement, on peut alors s’interroger : « Où est la dangerosité ? Qui sont les victimes ? » -thématique du colloque. « Le problème reste plutôt celui de l’intégration dans la société de personnes qui souffrent d’un handicap psychique » affirme Nicolas Franck.

Stigmatisation souvent systématique

Des journalistes, élus, sociologues, magistrats notamment étaient associés à ces journées, aux côtés des psychiatres et psychologues. Le 17 mars, plusieurs débats étaient axés sur les problématiques de l’enfant et de l’adolescent difficiles. Le Pr Roland Gori, psychanalyste, professeur émérite à l’Université d’Aix-Marseille s’interroge « aujourd’hui, cette Psychiatrie-là n’est pas davantage le reflet des valeurs de notre culture, de notre civilisation, ni davantage constituée par des événements scientifiques ». En effet, il fait allusion aux expertises de l’INSERM en 2004/2005 sur le dépistage, la prévention des troubles mentaux et des conduites chez l’enfant –études dénoncées à l’époque par des spécialistes auprès du Comité consultatif national d’éthique. « C’est complètement aberrant » juge-t-il, « arriver à considérer que l’enfant de moins de 3 ans, développant une souffrance psychique pouvait s’avérer un futur délinquant. Alors on se trouve devant une stigmatisation de l’enfant ». Cette réflexion lui parait d’autant plus importante que les soignants, selon lui, effectuent un travail formidable, « pas forcément reconnus dans leur dignité sociale et d’exercice ». Le professeur pense que c’est un problème majeur de société.

Il peut y avoir des « anomalies mais pas d’anormalités » reconnaît-il. « Traquer des anomaliques, c’est traquer des singularités du comportement », dans ce cas, il redoute qu’ « on ne demande pas alors à la Psychiatrie, une fonction de surveillance ». Il émet quelque solution, la culture notamment lui semble un enjeu majeur, « il faut créer du lien social ».

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Le Dr Salle-Collemiche a abordé les questions de violence à l’école.

Violence à l’école, comment agir ?

Pour sa part, le Dr Anne Dusserre, pédopsychiatre, chef de service au Centre hospitalier Valvert de Marseille a abordé la question de « comment « sortir » de l’axe agressif, lors des soins aux enfants en hôpital de jour ?  ». « L’enfant a besoin de fréquenter le milieu scolaire, on ne peut le soigner que par moments séquentiels et non pas toute la journée » explique la pédopsychiatre. Un travail qui réclame « une grande capacité d’inventivité », une prudence sur nos interventions. Elle explicite sommairement le cheminement « il s’agit de se garder d’interroger l’enfant sur un mode direct. Pourquoi as-tu fait ça ? Parce qu’il ne le sait pas. Ne fais pas ça ; parce que ce n’est pas lui. Il ne faut pas le faire ; parce qu’il ne peut pas faire autrement ».

De son côté, le Dr Xavier Salle-Collemiche, assistant chef de clinique du service du Pr Poinso à l’hôpital Sainte-Marguerite à Marseille a traité le volet de la violence à l’école. Il avoue « être confronté à des situations complexes, nous sommes en face d’une hétérogénéité importante des comportements ». Il s’appuie en particulier sur des statistiques de l’Observatoire international de la Violence à l’Ecole, mettant l’accent sur l’augmentation des violences collectives et contre les enseignants.

Etats généraux de la Sécurité à l’Ecole

D’ailleurs, les 7 et 8 avril à Paris auront lieu les Etats généraux de la Sécurité à l’Ecole. « Les enfants peuvent avoir des difficultés psychologiques avancées, la violence est alors la seule réplique acquise lors de conflits. Que faire ou ne pas faire ? » souligne le médecin. « L’acte violent n’est pas forcément lié à des troubles psychologiques » ajoute-t-il. L’école doit rester un lieu d’apprentissage et de sociabilisation, selon le Dr Salle-Collemiche. Il suggère la présence d’assistante sociale dans les écoles primaires pour éviter d’ « attendre que l’enfant ait des difficultés scolaires. Il ne faut pas parvenir au point qu’il refuse tout en bloc ». Néanmoins, le pire projet de société « pour ces enfants serait de leur donner un traitement médicalisé ». Retisser du lien social est l’une des alternatives avancées par le Dr Dusserre. Dans la salle, un professionnel s’interroge avec justesse sur « quelle réponse peut apporter un pédopsychiatre, seul à analyser ce type d’événement sociologique ». Des situations en milieu scolaire dépassent parfois les champs d’intervention de la psychiatrie. Le Dr Salle-Collemiche relativise toutefois en rappelant que « la violence à l’école a existé de tout temps. On ne doit pas être équivoque en stigmatisant ».

L’objectif de ces journées d’information en Santé Mentale est d’appréhender ces situations de violence, liées aux troubles mentaux, avec objectivité en évitant les écueils de la stigmatisation de cette population fragile et de la médiatisation de ses drames.

Arpsydemio (Association de Recherche et de Formation en Psychiatrie et en Epidémiologie), 150 rue de Crimée, 13003 Marseille, tél 04 91 50 36 13, site : http://www.arpsydemio.net

En 1999, le Dr Dolorès Lina Torres, psychiatre et Laurence Kurkdjian, psychologue lancent à Marseille l’étude sur la représentation des pathologies mentales. Les conclusions de l’enquête sont alarmantes. Elles décident alors de créer l’association. Le but est d’associer les soins à l’ouverture d’un dialogue avec les patients, les familles et les soignants. Les démarches : informations du public sur les questions de Santé Mentale ; développement d’axes de prévention, d’échanges entre professionnels du bassin méditerranéen, du partenariat avec usagers, familles, politiques, acteurs sociaux, associations ; proposition d’actions de formation.

 



 

 

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