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Cohésion urbaine : le Cœur de femmes bat pour l’emploi

13 mars 2012 - Dernier ajout 14 mars 2012

L’opération « Cœur de femmes », proposée par le CUCS dans le cadre de la politique de la ville a donné son coup d’envoi le 8 mars dernier. Pour cette journée de la femme, le CUCS a misé sur le thème de l’emploi, car pour faire avancer la cause des femmes, il est essentiel de les sortir de la précarité. A l’initiative du CUCS, toute la journée, des ateliers, débats, rencontres sur l’emploi se sont donc tenues, dans le 3ème arrondissement. Modalités de garde d’enfants, mobilité, absence de qualifications, les femmes du 3ème ont tout à conquérir pour se créer un avenir, à l’instar des créatrices d’entreprises invitées à témoigner et à porter l’espoir auprès de ces femmes qui se battent avec courage.


 

« Le 3ème arrondissement de Marseille est un des plus pauvres de France » a lancé le modérateur des débats, en préambule à la rencontre du 8 mars dernier, organisée rue Guibal, par la Maison de l’emploi, sur la question des freins à l’emploi pour les femmes. Confrontées à cette difficile réalité, de nombreuses femmes du 3ème assistaient à la discussion. Pendant près de deux heures, elles ont pu faire part de leur difficulté à trouver un emploi, et ont montré leur pugnacité et un courage à toute épreuve pour s’en sortir. « Cette manifestation est une première sur le 3ème arrondissement. Nous avons accompagné des groupes de jeunes et de mères de familles pour qu’ils puissent se rendre à cette journée. Elle permet aux femmes que je suis au centre social Kléber, une ouverture, et la possibilité de sortir de leur isolement. Par rapport au parcours du combattant qu’elles connaissent, qu’ils s’agissent de l’emploi ou de l’éducation, ici, elles ont sur un même lieu des ressources qui peuvent être accessibles plus facilement. C’est une manière de leur donner de l’information et de s’orienter. Nous avons des publics qui marchent énormément à l’oralité, et ici, c’est une façon de rencontrer directement les personnes », a, en aparté, confié Monique Maurard, animatrice famille au centre social, Maison Pour tous Kléber.

Pour proposer des solutions et débattre avec la salle, étaient invités les différents partenaires du CUCS sur le secteur, Leila Jouini, de la Politique de la ville, Françoise Batard du Pole d’Insertion Conseil Général, Aude Dauchez, directrice de Pôle Emploi du 3ème, Fatima Cheickh du CIDFF, Centre Information Droits des Femmes et de La Famille, et Emmanuel Fidalgo, directeur de la Mission Locale 3ème. Obtenus grâce à des études du CUCS sur ce territoire, les derniers chiffres avancés sur la situation économique du 3ème sont alarmants : le 3ème compte 45 000 habitants et le revenu moyen dans l’arrondissement est, deux fois inférieur à celui de Marseille en moyenne, soit 17 300 euros par an, dont une grande partie provient d’aides sociales. Seules 33 % des femmes travaillent dans cet arrondissement contre 50 % en moyenne à Marseille. Sur la formation, le 3ème est une sorte de lanterne rouge : 40 % de la population est sans diplôme contre 27 % en moyenne à Marseille. Seulement 53 % des 18-24 ans sont scolarisés aujourd’hui contre 61 % pour la moyenne de Marseille. 31 % de familles sont monoparentales (à 99% des femmes). Le présentateur a également souligné que le tissu économique du 3ème était faible et qu’« il y avait peu d’influence de la nouvelle zone Euroméditerranée, en terme d’attraction d’emplois pour les habitants du 3ème ». Enfin, constat préoccupant, les femmes sont particulièrement touchées par le chômage. « 42% des demandeurs d’emploi sont des femmes ».

Françoise Batard, responsable du Pole d’Insertion du Conseil Général pour le 2èmeet 3ème l’a confirmé : « Nous traitons 9000 personnes bénéficiaires du RSA dans le 2 et 3ème arrondissements. » « Le 3ème est un des quartiers les plus pauvres de Marseille, voir de France. Nous venons en appui aux associations qui œuvrent sur le quartier. On est là pour apporter un appui technique et financier aux associations qui souhaitent réaliser des projets pour les habitants », a rajouté Leila Jouanni, adjointe au développement pour la Politique de la ville. Quant à Emmanuel Fidalgo, de la Mission Locale 3ème : « Nous avons reçu 1646 jeunes filles en 2011 », a-t-il précisé.
Pour envenimer la situation déjà peu reluisante, il existe peu de structures de gardes d’enfants dans le 3ème. Un problème crucial qui est sans cesse revenu dans les débats. Devant ce constat négatif et pour lancer la discussion, le modérateur a lancé deux questions chocs aux intervenants et à l’assistance : « Est-il difficile d’être une femme dans le 3ème et faut-il sortir du 3ème pour trouver un travail ? ».

Mobilité

Aude Dauchez, directrice de Pôle emploi 3ème, a été la première à répondre : « Pour trouver du travail, il faut être mobile. Dans le 3ème, il y a très peu de grosses entreprises, et il ne reste plus beaucoup de petites entreprises. Du coup, il faut forcément, majoritairement, même si ce n’est pas le cas de tout le monde, sortir de l’arrondissement, voire de Marseille, pour trouver un emploi. La mobilité est un frein à l’emploi ». De son côté, la représentante de Graine de Pep’s, une association du 3ème qui travaille avec les mères pour l’emploi, Madame Adami, a souscrit à cette réalité : « Pour l’emploi, il faut être mobile. Pour certaines qui n’ont pas le permis, qui manque de mobilité, c’est un frein pour elles. Aujourd’hui avec la crise, c’est un luxe de travailler près de chez soi. Il faut être prêtes à bouger ». « Sortir du territoire c’est important, ça fait partie de l’autonomie », a également renchéri Françoise Batard du Conseil Général. De son côté, Emmanuel Fidalgo a pointé le fait que : « Pour trouver du travail, le lieu où on habite est marqueur. Le 3ème en fait partie. Quand on est dans l’insertion, travailler la mobilité est capital »

La garde d’enfants, frein presque insurmontable à l’emploi

Si les femmes du 3ème ont bien compris la nécessité d’être mobiles, elles n’en ont pas forcément la possibilité, il faut donc qu’on leur en donne les moyens. Les nombreuses femmes du public ont livré une parole libérée qui fait d’abord état d’un premier frein très sérieux au chemin vers l’emploi, celui de l’absence de solutions de garde d’enfants pour celles qui espèrent travailler à temps plein. Le problème de garde d’enfants est d’autant plus aigu pour les familles monoparentales, qu’il devient un véritable obstacle à la recherche puis à la reprise d’une activité. Comme l’a expliqué une mère de famille dans l’assistance : « Après ma grossesse, j’ai voulu inscrire mon enfant à la crèche, mais on m’a dit que je n’étais pas prioritaire, parce que sans emploi. Comment faire dans cette situation ? On est obligé de sacrifier sa carrière professionnelle pour garder son enfant ». Et si, comme le propose une autre femme : « Il existe des crèches d’insertion ou associatives. », celles qui n’ont pas la chance d’en bénéficier ont le seul choix de ne pas travailler ou de laisser leurs enfants livrés à eux-mêmes. Pour les femmes à temps partiel, le problème paraît insoluble. Une autre femme a rappelé que pour être prise en charge par un dispositif de Pôle Emploi, on lui a souvent rétorqué qu’elle devait être entièrement disponible et avoir trouvé un mode de garde pour ses enfants, ce qu’elle ne pouvait pas faire, faute de moyens : « Et à la crèche, ils n’ont pas le droit de prendre les enfants plus de trois jours par semaine. Je ne sais pas quoi faire, mais, je n’ai pas lâché l’affaire, je fonce. Alors essayez de nous aider ! » A-t-elle adressé aux institutionnels. Sur ce point bien précis, les intervenants ont tenté d’apporter des réponses. Aude Dauchez de Pôle emploi a précisé : « Ce n’est pas de la compétence de Pôle Emploi de régler les problèmes de garde d’enfants. Mais pour les femmes isolées, quand il y a une entrée en formation ou une promesse de CDD, nous pouvons participer financièrement à la garde ». Fatima Fatima Cheickh du CIDFF a évoqué l’option des assistantes maternelles : « Dans ce cas, il peut y avoir des aides de la CAF, du Pôle Emploi et des assistantes sociales » Une intervenante dans la salle a, en outre, détaillé : « Les tarifs des nounous sont adaptés aux revenus des gens, la CAF peut prendre jusqu’à 50 % en charge, si l’enfant a moins de trois ans. » Quelques pistes de réflexion donc, qui ne semblent, tout de même pas suffisantes pour couvrir tous les cas de figures.

Autre grief : le projet Euroméditerranée 2 qui s’étend sur ce territoire et auquel les habitants et habitantes du 3ème n’ont pas été conviés. « Je vois dans le tramway pour Euroméditerranée, des gens en costumes qui viennent de Paris ou d’ailleurs travailler dans le 3ème et pour nous, habitants, on ne sait rien de ce qui se passe. Il y a aussi beaucoup de constructions neuves et nous, on n’a pas d’appartements. Et moi seule, avec trois enfants je n’ai pas un salaire assez important pour en bénéficier. Il y a peu d’écoles aussi », se désole une habitante.

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Fatima Cheickh du CIDFF, Aude Dauchez, Pôle emploi , Françoise Batard du Conseil Général

Le relais des associations de proximité

Autre problème inhérent et rappelé par le public, celui de la visibilité et de l’accès à des structures d’aide. « Où peut-on se diriger pour s’en sortir ? » se demandent les femmes du public. Le parcours d’aide est, en effet, un long chemin, différencié pour chacune. Françoise Batard du Conseil Général en atteste : « On voit que le parcours se construit d’étapes en étapes. C’est vrai que dans le 3ème, la population est très variée et c’est vrai qu’il y a des gens qualifiés et d’autres pas. La non-qualification est un frein à l’emploi. » Et les intervenants institutionnels se sont accordés sur la nécessité de renforcer les liens entre services publics et associations de terrain. « Le principal frein est le défaut de liens entres les pouvoirs publics et les associations de proximité », décrit Emmanuel Fidalgo. Pour la fondatrice de Graine de Pep’s, Madame Amadi : « Le soutien de la vie associative dans le 3ème est capital, le besoin des mères à tous les niveaux est important. La vie associative répond à l’urgence de la situation. Il y a des femmes qui vont dans les institutions qui trouvent des solutions, mais trop de monde en ont besoin, la vie associative est là pour cela. Tous les jours, nous recevons énormément de demandes. Heureusement que nous nous sommes rapprochées de la Politique de la ville et du CUCS pour nous aider ». Leïla Jouani, note qu’« A la politique de la ville, c’est aussi notre rôle de faire le lien entre les différents partenaires, les différents services, comme Graine de Pep’s avec qui on a beaucoup travaillé. Il faut aller vers ces associations qui mobilisent les familles et que les familles reconnaissent, pour faire la passerelle avec le service public. ». Emmanuel Fidalgo, de la Mission Locale résume la situation : « Un des gros efforts à faire, c’est de permettre aux femmes de se qualifier. Car ces femmes viennent d’une culture où ce sont elles qui ont l’économie en main, en Afrique, par exemple. Ce n’est pas une donnée que l’on exploite ici. Ce qui est très choquant dans ces zones-là, c’est qu’une femme qui veut travailler n’a pas de moyens de garde pour ses enfants, souvent ce sont des femmes seules. Comment faire pour bouger ? Les structures publiques ont le devoir d’aller vers plus de proximité, vers des associations qui ont une connaissance fine de leur territoire. Notre structure n’a pas été dans cette démarche, aujourd’hui elle l’est. En terme de résultats, les associations nous permettent de construire des parcours plus cohérent. »

Frein dans la représentation des métiers

Mobilité, garde d’enfants, qualification, les trois clefs de l’emploi ont été posées dans la discussion. Mais d’autres freins, existent toujours, ceux-là plus culturels. Fatima Cheickh du CIDFF est revenu sur cette spécificité et a parlé du travail du CIFF pour l’égalité entre hommes et femmes : « Je trouve qu’il y a des freins dans la représentation des métiers. Le public moins qualifié a une représentation des métiers particulière. Souvent les femmes s’orientent vers l’aide à domicile, le secrétariat, le sanitaire et social. Au final, ce ne sont pas des métiers si faciles et il n’y a pas tant de débouchés que cela. Ils ne sont pas bien payés, c’est souvent du temps partiel pour l’aide à domicile, notamment. Au CIFF, nous travaillons beaucoup à l’élargissement des choix professionnels avec l’association Emergences qui fait venir des entreprises et découvrir de nouveaux métiers. » Et le CIFF d’essayer d’encourager des jeunes femmes à s’orienter vers les métiers du transport : « A la Belle de Mai, il existe des entreprises spécialistes du transport de gros et où il y a des boulots à temps plein. Il faut s’ouvrir. Pourquoi ne pas aller vers l’industrie ? Il faut savoir qu’un ouvrier qualifié sera toujours mieux payé qu’un employé. »

 

 

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