Articles

Accueil > Actualités > Cohésion sociale : « L’aide alimentaire, un excellent outil d’insertion (...)

 

Cohésion sociale : « L’aide alimentaire, un excellent outil d’insertion »

11 juin 2010

Le Comité régional d’éducation pour la santé (CRES) PACA organisait le 3 juin à Marseille un colloque thématique de « Nutrition et précarité » avec la participation notamment de l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et de l’ARS (Agence Régionale de Santé). Cette rencontre avait lieu dans le cadre du programme régional « Aide alimentaire ». L’une des intervenantes, Marianne Storogenko, responsable nationale de l’aide alimentaire à la Direction Générale de la Cohésion Sociale (DGCS) à Paris apporte des éclairages sur l’indispensable lien à tisser entre l’aide alimentaire et la précarité. Interview.


 

JPEG - 43.2 ko

Créée en janvier 2010, la DGCS résulte de la fusion entre la Direction générale de l’action sociale (DGAS), le Service des droits des femmes et de l’égalité, les Délégations interministérielles à la famille d’une part et à l’innovation, à l’expérimentation sociale et à l’économie sociale d’autre part. Cette nouvelle direction est instaurée au sein des ministères chargés des affaires sociales. Sa vocation est d’impulser un autre « vivre ensemble », plus solidaire. Notamment, l’un des interlocuteurs politiques de la DGCS est Benoît Apparu, secrétaire d’Etat du logement et de l’urbanisme.

Le programme national de la DGCS dépasse largement le cadre de la Nutrition et de la Santé. Sa mission va plus loin que l’idée de l’alimentation saine, le « bien manger ». L’aide alimentaire est étroitement associée à un travail d’insertion en profondeur. Comment apporter une aide durable à des SDF, des populations précaires ? Au-delà de la distribution alimentaire, le dialogue peut s’instaurer. « La fourchette » participe de la lutte contre l’exclusion sociale.

La Diversité est source de richesses dans la « Nutrition ». Pouvez-vous nous apporter des précisions ?

Il est vrai qu’aucune différence n’existe. Les précaires ne sont pas une race à part, ils sont comme vous et moi. Nous ne sommes jamais à l’abri d’une situation de précarité. Quoi qu’il en soit, nous avons tous les mêmes réactions devant l’urgence. C’est une logique humaine, nous résolvons l’urgence, ensuite le reste de nos problèmes. Je suis très preneuse de ces différences très riches.

Nous arrivons à fournir aux SDF, aux précaires, des produits alimentaires de bonne qualité. Mais l’opération est difficile car il nous faut de la rigueur, le respect de l’hygiène alimentaire. Il se pose donc la question de la mise à disposition des aliments. Les fruits peuvent se distribuer sans mal, il n’en va pas de même des légumes, qui demandent à être cuisinés. Manger est une nécessité mais au-delà, est synonyme de plaisir, de partage, de découverte de traditions de d’autres pays ; manger apporte du bonheur. Les personnes défavorisées sont déjà débordées par de nombreuses difficultés. Les rendez-vous se multiplient avec l’assistante sociale, le Pôle Emploi,…On n’est pas là pour faire de la plus-value, d’ajouter des difficultés au contexte existant.

Bien souvent, une même doctrine ennuyeuse resurgit, nous sommes des donneurs de leçons. Je ne parle jamais d’équilibre nutritionnel, je préfère davantage la notion de bonne santé, de partager un repas ensemble.

La barrière de la langue n’existe pas dans l’offre alimentaire. On va se comprendre avec la personne immigrée, par des sourires, le langage des gestes pour lui faire découvrir de nouvelles denrées. Lui faire goûter des aliments différents est très important.

La politique de l’aide alimentaire a beaucoup évolué ces dernières années. Un nouveau programme national Nutrition Santé a été mis en œuvre. Pourquoi ?

Nutrition et précarité sont complémentaires. En 2003, Dominique Versini (alors secrétaire d’Etat chargée de la Lutte contre la précarité et l’exclusion) trouvait anormal que les préconisations du programme national Nutrition Santé ne parviennent pas aux populations démunies. Elles n’étaient pas adaptées ni au vocabulaire ni à la langue. Le gouvernement a mandaté à l’époque la Direction générale de l’action sociale afin de rédiger un nouveau texte plus lisible, reposant sur le projet des fameux produits laitiers, des cinq fruits et légumes par jour, etc. Par exemple, les chips c’est bien mais les radis, c’est pas mal non plus.

Que pensez-vous du rôle des associations dans le paysage de l’aide alimentaire française ?

Les associations locales font un travail excellent. J’ai beaucoup d’admiration pour les bénévoles, la tâche n’est pas si facile. Nous voulons encore renforcer notre collaboration auprès des associations. L’aide alimentaire représente un milliard d’€, 500 millions de bénévoles en terme de valorisation d’activité. La France est bien placée en Europe. L’Etat réfléchit à l’utilisation des subventions : comment pouvons-nous rationaliser, mieux travailler ensemble ? Les deniers de l’Etat ne servent pas à financer de mêmes initiatives, on incite plutôt au regroupement d’associations.

L’offre alimentaire est un excellent outil d’insertion. Les bénéficiaires ont des savoir-faire culinaires (notamment) mais n’osent pas s’exprimer (sur le sujet). Ils sont trop tourmentés par leur devenir. Pourtant, les précaires ne sont pas des crétins : ils ont un passé et des souvenirs d’enfance comme tout le monde. Le vieux schéma du pauvre et du riche bascule. Apprenez-moi une recette. Car la recette de la grand-mère de l’autre n’est pas la mienne. On peut, dans cet état d’esprit, échanger sur les traditions culinaires familiales. C’est un premier pas vers le dialogue.

Je me pose souvent ces questions : qu’est-ce-que j’aimerai qu’on me dise, qu’on me donne comme aliments ? De quelle manière, j’aimerai être accueillie dans les services d’aide alimentaire ? C’est pourquoi les produits sont de qualité, la distribution s’effectue dans de bonnes conditions. Car ce ne sont pas des animaux qu’on nourrit mais des humains qu’on alimente.

La Direction de la Cohésion Sociale a mis en œuvre des chantiers d’insertion. Quels en sont les objectifs ?

Tout le monde ne mange pas équilibré mais mange mieux qu’avant. On travaille sur l’estime de soi et la valorisation de la personne. Il faut leur redonner l’envie de s’occuper de soi, de s’aimer soi-même. Ces populations ont une image d’elles désastreuses. Le précaire se sent stupide, persuadé de n’avoir aucun intérêt, aucune connaissance. Les gens peuvent avoir le cafard et donc, mal se nourrir, ils ont le droit. En revanche, l’estime de soi les incite à se soigner, à manger. On s’aperçoit lors des distributions, qu’ils ont aussi envie de fruits et de légumes comme tout le monde. Reste l’éternel problème de l’alimentation de l’enfant. Lorsque les situations sont difficiles dans les familles, il est dur de refuser à l’enfant pour une mère.

Une nouvelle approche est faite depuis sept ans, une démarche transversale est réalisée entre les ministères de l’Alimentation, de l’Agriculture, de la Pêche et de la Santé. Nous avons mis en place des chantiers d’insertion. Le principe est de parvenir à rendre ce public acteur de sa vie, de le sortir de la voie de l’aide alimentaire. Ces chantiers d’insertion proposent des formations aux plus démunis (bénéficiaires du RSA, demandeurs d’emploi, familles monoparentales,…). Ils effectuent des travaux de logistique et de manutention au marché d’intérêt national de Rungis. Nous récupérons les marchandises, les trions, les conditionnons et les acheminons vers tous les lieux de distribution de l’Ile-de-France. La démarche du marché de Rungis est valorisante à double titre : reprise d’un travail, cumulé à une activité au service des autres. Les formations sont un tremplin vers l’emploi. Nous les accompagnons sur le plan social. L’insertion par l’économique est très importante.

La Nutrition est ainsi une démarche plurielle. Une initiative similaire existe à Perpignan. Dans le Vaucluse, à Avignon, une association, « Imagine 84 » développe une action pour une meilleure accessibilité aux fruits et légumes pour les bénéficiaires du dispositif d’aide alimentaire. A Marseille, une étude de faisabilité est en cours, le projet pourrait commencer en 2011.

L’aide alimentaire ne peut pas se limiter à une vision globale. Comment la personnaliser et la rendre plus efficace ?

Nous devons distinguer les publics : les familles monoparentales, les jeunes de moins de 25 ans, les personnes âgées, les SDF. On donnera plutôt des conserves à des sans-abri, en revanche des plats préparés ou des produits surgelés à des personnes à domicile. Il est nécessaire d’adapter la distribution des aliments selon le type de situations vécues. Nous travaillons sur un projet pour mettre en place un programme, tenant compte de l’âge, du sexe, des besoins, des histoires particulières de chacun (personne vivant dans la rue ou dans un logement). Nous devons avoir une meilleure connaissance du public. Le jeune de 18 ans n’a pas les mêmes besoins alimentaires que la personne de 78 ans. Par ailleurs, il faut prendre l’habitat dans sa globalité : quartier, environnement familial, conditions de vie,…Par exemple, la personne âgée en location et vivant d’une petite retraite a toujours travaillé, n’a jamais connu l’exclusion. Elle a le sentiment que le système d’aide alimentaire est honteux et éprouvera quelque difficulté à accepter la démarche. Si l’insertion professionnelle est un argument encourageant pour le jeune, ce n’est plus le cas pour une personne âgée.

L’avenir est bien sombre. Vous affichez un optimisme certain. Pourquoi ?

Je suis optimiste désespérément. Il faut travailler beaucoup sans prise de tête, surtout sans faire de misérabilisme. Tout le monde a sa valeur, nous sommes des êtres humains. Je ne peux pas concevoir d’un côté, le pauvre et de l’autre, « celui qui sait », qu’il soit bénévole, salarié, etc. Chacun a son histoire. Apprenons de l’autre dans sa diversité, il est riche de notre méconnaissance. La curiosité, la découverte de l’autre dans sa diversité, l’écoute sont de plus en plus nécessaires pour avancer dans cette société. Regardons dans la même direction, soyons complémentaires. Nous sommes riches de nos différences.

Propos recueillis par Myriam Mounier.

 



 

 

Autres articles Actualités

 

Brèves Actualités

  • 17 octobre

     

    La ville de Marseille a voté un plan à 1 milliard d’euros de reconstruction des écoles, par des partenariat public-privé

    Un plan massif, à un milliard d’euros, pour reconstruire les écoles de Marseille Régulièrement épinglée pour le délabrement de certaines écoles publiques, la ville de Marseille a voté lundi un plan massif de reconstruction d’un montant d’un milliard d’euros, via des partenariats public-privé (PPP) contestés par l’opposition. "Le projet que nous nous apprêtons à lancer est considérable, c’est un véritable plan Marshall qui n’a aucun équivalent ni dans l’histoire de la ville de Marseille ni dans aucune autre ville", a vanté le maire (LR) Jean-Claude Gaudin, devant le conseil municipal. Le plan prévoit la destruction de 31 établissements obsolètes des années 1960, et leur remplacement par 28 nouvelles écoles, (...)

     

  • 16 octobre

     

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité à Marseille lance une pétition

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité lance une pétition en ligne, avec une lettre ouverte à Jean-Claude Gaudin " Nous nous sommes mobilisés pour vous apporter les preuves de ce triste constat à travers le Livre Noir de Marseille : Etat des lieux de chaque quartier de la cité. Vous y observerez les rats que côtoient les usagers chaque jour. Ils s’attaquent aux câbles des voitures et pénètrent chez nous. Leurs cadavres trainent dans les rues et dans les parcs….Leur prolifération est vectrice de maladie comme la leptospirose…La gale et la teigne sont revenues dans nos parcs et nos écoles !" (...)

     

  • 9 octobre

     

    Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry, lundi 9 oct

    Lundi 9 octobre 2017 Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry Pour la troisième journée consécutive les personnels ont décidé d’exercer leur droit de retrait, les conditions de sécurité n’étant toujours pas assurées, ni pour nos élèves, ni pour nous. Dans un communiqué, les professeurs et personnels, leurs sections syndicales, FSU, CGT, FO, SUD, CFDT précisent :"Vendredi, la direction académique a dit réfléchir à la possibilité d’affecter à l’année 4 ou 5 AED supplémentaires sur notre lycée pour la vie scolaire. Il y a urgence ! Nos élèves doivent pouvoir reprendre les cours au plus vite, dans des conditions de sécurité restaurées. Il nous est insupportable d’être une nouvelle fois (...)

     

  • 6 octobre

     

    Lycée Saint exupéry, les enseignants font valoir leur droit d eretrait, suite à des violences

    DROIT DE RETRAIT AU LYCEE SAINT-EXUPERY DE MARSEILLE "La rentrée chaotique du lycée continue … En grève le 5 septembre, les personnels dénonçaient déjà les conditions de travail fortement dégradées suite à la perte de 30 contrats aidés (CUI), assurant notamment l’encadrement des élèves et l’entretien des locaux. De façon prévisible, les 10 postes reconduits n’ont pas suffit à assurer la sérénité du travail dans l’établissement. Depuis un mois seulement, les incidents se multiplient, les actes de violence sont récurrents :- 315 exclusions de classe- 6128 absences d’élèves- 490 passages à l’infirmerie- 9 évacuations par les pompiers … Suite à une bagarre d’une violence extrême ce mercredi, l’ensemble des (...)

     

  • 4 octobre

     

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13, Marseille. dimanche

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13 Un repas de soutien au collectif Al Manba , soutien migrant-es 13 ; est organisé aux jardins partagés de l’Annonciade, quartiers nord, les Aygalades, à partir des récoltes. Discussions, musique, buvette, chaleur humaine par Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba dim 12:00 · Chemin de la Mûre, 13015 Marseille Page FB Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba

     

  • 4 octobre

     

    Recours au Conseil d’Etat , contre le gel des contrats aidés

    Emplois aidés : La justice va-t-elle suspendre le gel décidé par le gouvernement ? TRAVAIL Le Conseil d’Etat examine mardi 03 octobre, un recours déposé par des élus écologistes et plusieurs associations contre la remise en cause des contrats aidés décidée par l’exécutif... http://www.20minutes.fr/economie/2143331-20171003-emplois-aides-justice-va-suspendre-gel-decide-gouvernement

     

  • 25 septembre

     

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées.

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées Depuis plusieurs semaines, des agents des musées dénoncent dans des courriers anonymes des passe-droits, voire les emplois fictifs dont bénéficieraient d’autres agents. La Ville a décidé de diligenter une enquête interne de l’inspection générale des services. A lire sur marsactu https://marsactu.fr/avis-de-tempete-dans-les-musees-de-marseille/

     

  • 25 septembre

     

    Selon la porte-parole de l’ONG Oxfam, Manon Aubry, avec les réformes fiscales engagées, "le gouvernement offre 24 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux plus riches".

    Réforme fiscale : "Les plus riches bénéficieront d’une hausse de revenus 18 fois plus importante que les plus pauvres" note Oxfam Selon la porte-parole de l’ONG Oxfam, Manon Aubry, avec les réformes fiscales engagées, "le gouvernement offre 24 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux plus riches". L’ONG de lutte contre la pauvreté Oxfam publie lundi 25 septembre, un rapport critique sur le projet de loi de finances 2018, intitulé Réforme fiscale : les pauvres en paient l’impôt cassé. Selon le rapport, les ménages les 10 % plus riches bénéficieront "d’une hausse de revenus au moins 18 fois plus importante que les 10 % les plus pauvres", alors que les 10% les plus riches possèdent déjà "56% des richesses (...)

     

  • 20 septembre

     

    CONTRE LA SUPPRESSION BRUTALE DES CONTRATS AIDES, RASSEMBLEMENT unitaire DEVANT LA PREFECTURE LE MERCREDI 20 SEPTEMBRE A 13H.

    Depuis la rentrée, l’annonce par le gouvernement de la fin programmée de tous les emplois aidés a réactivé la colère dans l’éducation, premier employeur de ces contrats. Les associations de parents d’élève se sont jointes à l’intersyndicale 1er degré en cette rentrée car elles sont bien conscientes des difficultés tant sur le plan humain que dans la dégradation de l’accueil des familles dans les écoles où les AADE sont devenues indispensables au bon fonctionnement. Le second degré de l’éducation, touché aussi par ces suppressions se joindra aussi à notre action le mercredi 20 septembre à 13h devant la Préfecture, à Marseille et l’action s’élargit en interprofessionnel. L’intersyndicale a demandé à être (...)

     

  • 14 septembre

     

    Emmaüs Pointe Rouge lance une collecte de dons pour les migarnts

    La Collecte de dons alimentaires pour les migrants de la Vallée de La Roya, est ouverte. départ du camion lundi 16 octobre. Le camion d’Emmaüs partira le lundi 16 octobre. Voir sur le site emmaus-pointerouge.com

     

Articles récents

Articles au hasard