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Cité des Flamants : « nous voulons être entendus »

15 janvier 2010

Ce 13 janvier, les locataires de la cité amiantée dans le 14e arrondissement marseillais se sont déplacés massivement à la réunion publique, organisée par la section des Flamants et Environs CSF (Confédération Syndicale des Familles) en lien avec Arenes, QNQF, des associations locales et Med In Marseille. La déception amère ressentie après le premier Conseil des résidents fin septembre 2009 a déclenché cette rencontre. Des élus du secteur et des représentants de 13 Habitat –bailleur social- sont venus écouter les doléances et les revendications des habitants dans l’arène de l’amphithéâtre de l’IFSI, l’école d’infirmières. Les responsables, malmenés par les interventions des locataires en colère ont cependant laissé une impression positive à l’issue de la soirée. Des engagements sont pris.


 

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Un amphithéâtre comble. Des personnes debout, devant la porte d’entrée de la salle. C’est le début d’une mobilisation qui se profile. De petits groupes se forment : de jeunes mamans, des femmes plus âgées, des chefs de famille, des jeunes. Il y a effervescence, chacun discute en aparté. Mohamed critique le mode de vie dans la cité en général. Eddy, plus loquace interviendra à plusieurs reprises lors de la réunion, « il y a eu des changements sans nous en informer ». Le ton est donné, les gens ont bien l’intention de participer vivement au débat. Le ras-le-bol est évident.

Fatima Mostefaoui, vice-présidente de la section CSF brosse un état des lieux de la situation. Le projet urbain des « Flamants », intégrant la cité des « Iris » s’inscrit dans le cadre du GPV (Grand Projet de Ville) et de la loi SRU (Solidarité et renouvellement urbains). Rappelons que le secteur des « Iris » dépend d’un autre bailleur social, Habitat Marseille Provence, en l’occurrence la Ville de Marseille. Les deux cités sont concernées par un chantier ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine).

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« On mérite une amélioration de notre cadre de vie »

Au-delà de l’habitat, d’autres aspects doivent être approfondis dans le quartier : le développement de l’emploi, de l’éducation, de la santé, de la culture ; l’aménagement cohérent des voiries et des espaces extérieurs ; l’installation de services publics. « On ne veut pas focaliser sur l’habitat » précise-t-elle, mais aborder plus largement l’environnement du quartier, «  nous méritons une amélioration nette de notre cadre de vie ». La responsable de CSF insiste pour « être surtout entendue. Nous avons des propositions à faire, nous sommes les seuls à savoir quels sont nos besoins. Nous y vivons ». La vice-présidente met en exergue une obligation des bailleurs sociaux, la mise en place d’une procédure de concertation locative. Ainsi, la section CSF ne considère aucunement la signature d’un accord locatif comme la preuve d’une concertation. C’est pourquoi déjà en novembre 2008, CSF et les habitants avaient manifesté leur volonté de faire partie intégrante du projet de rénovation urbaine. Un document a été élaboré par la section, le projet citoyen avait été présenté en Conseil des Résidents, il est resté lettre morte.

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Une concertation décriée

Voilà où le bât blesse : une concertation malmenée. Le dialogue fait défaut avec les pouvoirs publics et en particulier l’interlocuteur direct, 13 Habitat et le cabinet missionné par ses soins, « Lieux Dits », chargé de la MOUS (maîtrise d’œuvre urbaine et sociale). L’arrêt des travaux de réhabilitation en juin 2009, suite à la découverte d’amiante dans la quasi-totalité des logements a aggravé immanquablement ce constat. Fatima Mostefaoui en profite de marquer son opposition à toute augmentation de loyers, compte tenu de la dégradation des logements.

Un débat fort intéressant s’est ensuivi, approchant toutes ces questions : vétusté des appartements, environnement pauvre, accès à la cité difficile, création d’associations invisibles, relogement provisoire motivé par le diagnostic d’amiante et une concertation, mise sur la sellette. Un homme n’attend pas la fin des préliminaires pour crier sa colère, « nous passons en dernier dans votre rénovation, nous ne sommes rien ». Il fait allusion à la construction de programme de logements neufs, la création de services publics, installés dans des locaux flambants neufs tels l’école d’infirmières. Mais « quand il s’agit de payer le loyer, c’est tout de suite », s’énerve-t-il. Très applaudi par la salle, l’habitant vient de lancer le débat. Le plus étonnant sont les encouragements apportés à chacun des résidents lors de leur prise de parole. Leurs interventions se terminent toutes sous les applaudissements de l’assemblée. Le groupe des « Flamants » est soudé, ce sera peut-être leur chance.

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Des rats, des cafards

Un habitant ajoute « je suis dans un appartement pourri pourtant il a été rénové. Rien n’a été fait et je paie mon loyer ». Une femme se plaint d’infiltrations d’eau dans son logement. Beaucoup reprochent à 13 Habitat de vivre dans des conditions déplorables. Certains ont un chauffage défectueux, le froid les a contraint à opter pour des radiateurs d’appoint en complément. L’insalubrité pose des problèmes d’hygiène, déclenchant chez des habitants, des mycoses. Une jeune fille dénonce la saleté des lieux, « on vit avec des rats, des cafards ». Une dame d’un certain âge, très connue dans la cité vit ici depuis 38 ans, « on a démoli, on a avalé la poussière, l’amiante. Chez toutes les voisines, c’est pareil ». Non sans humour, elle raconte l’histoire des rats sous les éclats de rire de la salle, « une fois, on prenait l’air avec les voisines, les rats passaient sous nos jambes. Et ils se regardaient face à face ». Parfois, on peut rire de son malheur.

Les conditions de vie amènent une grande lassitude, un laisser-aller déroutant. L’une dénonce que « des ordures sont jetées par la fenêtre » ou encore « les escaliers sont squattés ». Des problèmes d’insécurité sont évoqués, quelques incendies se sont déclarés. D’autres, fatalistes s’interrogent sur le relogement provisoire en attendant la rénovation des appartements, « on sera obligé de partir ? On va nous mettre où ? Dans des quartiers pourris comme d’habitude ». Des locataires s’inquiètent des préconisations de 13 Habitat, notamment l’interdiction d’effectuer des travaux personnels, d’enlever des papiers peints, « les petits, ce ne sont pas vos enfants, ils déchirent les tapisseries. Vous vous en moquez ». Des mères de famille déplorent vivement l’absence d’espaces de jeux et craignent les dangers occasionnés par le chantier de la cité « vous faîtes des routes, nos enfants jouent avec leurs ballons sur les routes ».

« Nous sommes très déterminés »

Le jeune Eddy critique l’action globale du bailleur social « les habitants sont dans une solitude car il y a une désinformation totale. Par exemple, on ne savait pas qu’il existait une crèche (depuis peu) ». Sur la question de l’emploi, la priorité devrait être donnée aux habitants. Il reconnaît toutefois que « des jeunes ont été embauchés dernièrement pour les travaux. C’est bien, un bon début ». Il continue à dénoncer. La situation est grave, la vie de quartier a disparu, « nous n’avons pas de centre de vie commun. Nous voulons de vraies associations pour le quartier. Nous sommes très déterminés, on va avancer ». Eddy brandit la menace du vote électoral « sinon on ne va pas être socialistes tout le temps ». Un participant analyse la rencontre en s’adressant aux élus, « vous êtes en train de vivre une leçon de démocratie directe. On vous demande des comptes d’une façon collective ».

Jean-François Noyes, conseiller général, Haouaria Hadj-Chikh, conseillère communautaire, adjointe d’arrondissement, Denis Rossi, vice-président du Conseil général des Bouches-du-Rhône et les deux représentants de 13 Habitat (jusqu’en 2009, l’OPAC) ont tout d’abord écouté attentivement la pluie de critiques avant de répondre. La députée du secteur Sylvie Andrieux était également présente mais elle n’est pas intervenue.

Mea culpa : « il y a des lacunes »

Le président de la structure, le conseiller général Jean-François Noyes rappelle en premier lieu que « les Flamants est la plus importante opération de rénovation au plan national ». Néanmoins, il se veut compréhensif face à la situation « le chantier est très long, traumatisant pour les habitants ». Il tente de justifier la démarche de 13 Habitat, « ce n’est pas la réalité des choses. A vous entendre, le projet a démarré sans personne ». Une permanence a été mise en place auprès des locataires, des questionnaires de satisfaction ont été distribués à plusieurs reprises. Mea culpa cependant, « je ne dis pas que tout va bien. Des lacunes existent. Mais il ne faut pas tout demander au bailleur. Il y a aussi l’Etat, la mairie de Marseille, MPM (Marseille Provence Métropole) » concernés par ce dossier. D’ailleurs, M. Rossi s’empresse de faire remarquer que la Ville de Marseille, le GPV (Grand Projet de Ville), les services de la Préfecture, Habitat Marseille Provence notamment sont absents de la réunion (NDLR : le GPV est un dispositif partenarial, présidé par la députée Valérie Boyer, adjointe au maire de Marseille).

Le 28 janvier, résultats de nouvelles études

Quant à la question de l’amiante, le président Noyes évoque la malchance avec un diagnostic initial erroné. Les deux entreprises spécialisées avaient conclu dans leur rapport DTA (diagnostic technique amiante) à une présence d’amiante dans seulement 15 % des logements. Le deuxième contrôle détectera le problème dans l’ensemble des appartements. Il rassure à nouveau la population, « nous avons consulté un médecin expert devant les tribunaux et l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Le danger est nul, infinitésimal ». Par ailleurs, l’élu argumente la problématique du relogement, « le Département est déficitaire de 100 000 logements, nous avons 32 000 dossiers en instance ». Pour sa part, la chef de projet des Flamants de 13 Habitat, Françoise Mesliand renchérit, « nous avons été contraints par les autorités sanitaires d’arrêter le chantier. La réhabilitation en milieu occupé n’est pas possible ». Une décision qui relève du principe de précaution. Les doutes sur le devenir de la rénovation seront levés le 28 janvier avec les conclusions des études de faisabilité, tenant compte du désamiantage. Elle annonce que « plusieurs scénarios seront analysés et présentés ensuite à la population » afin de déterminer les modalités de poursuite du programme.

En revanche, elle se défend sur l’avancement du projet, « il y a une place publique, école, structures, commerces, 94 logements en cours de construction ». Mme Mesliand tente de répondre point par point aux doléances. Pour les emplois prioritaires, « 30 jeunes ont travaillé dans le cadre des clauses d’insertion, l’OPAC (13 Habitat) développe la mise en place de clauses d’insertion dans tous ses marchés ». Quant à la concertation si décriée, elle prétend que l’organisme a pris en compte la nécessité de travaux lourds certes « on aurait pu faire mieux ». Enfin le contexte du chantier est source de désordres dans les conditions de vie au sein du quartier. Le fait est avéré mais elle annonce toutefois une nouvelle attendue sur la réalisation future du terrain multisports, « le terrain de foot est remplacé en fin d’opération pour des raisons techniques » et d’espaces de jeux.

Engagement de 13 Habitat

En guise de conclusion, Fatima Mostefaoui obtient satisfaction sur la proposition de CSF, « nous voulons un engagement de votre part pour faire des ateliers, et travailler ensemble avec les locataires. Il faut aussi que Valérie Boyer (du GPV) nous écoute ». Le président Noyes approuve le principe d’une concertation renforcée, « nous allons nous organiser. Nous sommes d’accord pour faire de nouvelles réunions publiques ». Reste seulement une question en suspens dans ce projet partenarial, « on ne peut pas répondre à la place des absents ».

Pour plus d’infos sur l’historique du projet de rénovation urbaine des Flamants : voir article http://www.med-in-marseille.info

Contacts : Fatima Mostefaoui, vice-présidente ou Fatima Mahieddine-Benziane, présidente.

Section CSF Les Flamants et Environs, bâtiment 7, avenue Georges Braque, 13014 Marseille. Tél 06 14 64 30 48, mail csf.flamands@hotmail.fr

 



 

  • "Handala est le témoin de cette ère qui ne mourra jamais"

    On ne dit pas Algériens de France ou en France car ils sont français.

    par Danièle Dubreuil le Août 2014 à 16h46
  • 3es rencontres nationales des luttes de l’immigration (1/4) Saïd Bouamama : « L’impérialisme existe encore »

    Faire des conférences c’est bien mais...
    S Bouamama, un sociologue engagé ? quand on tape son nom sur internet et qu’on voit le nombre de fois qu’il s’est "engagé" en étant.... payé, c’est impressionant. beaucoup de ses travaux sont des réponses à des commandes publiques
    On ne peut pas se dire engagé et en même temps solliciter des fonds publics pour le faire. Ce pseudo sociologue engagé est en rélaité engagé pour ses fins de mois et pendant ce temps, nous on pointe au chômage

    par Hakim le Janvier 2015 à 10h09
  • Marseille : la Ville communique sur sa lutte contre l’habitat indigne

    bjr il suffit de venir au parc kalliste voir dans quel l’etas sont les appartement de marseille ,ils les laisse se dégrader ,ils n’ont méme pas pris la peinne de fermer les volets de certain d’entre eux sachant qu’ils risque de tombé a tous moment surtou quand le vent souffle ,puis apres c’est facile de demander de classé le batiment en carence !!!!mdr !!!

    par delaval le Décembre 2014 à 10h36
  • Les Algériens de France veulent créer leur lobby

    la question est : pourquoi Algérien en France alors que chacun pense que l’union du Maghreb est une bonne idée pour ces pays, même si cela ne marche pas actuellement.

    ce serait un bon signe des Maghrébins de France, non ?

    par Said le Octobre 2007 à 09h11

 

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