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« Chômage au Jas, une fatalité ? »

22 juin 2010

Véritable fléau de nos sociétés modernes, le chômage sévit avec force dans les quartiers populaires. Pas mieux lotis que les autres quartiers de l’hexagone, malgré que la ville d’Aix ait été la moins touchée par la crise économique, les quartiers aixois enregistrent parfois des taux de chômage supérieurs à la moyenne nationale. Le Jas de Bouffan, véritable ville dans la ville, abritant plus de 35 000 habitants n’y échappe pas non plus. Au plus prés des habitants, l’association Anonymal TV a souvent été confrontée aux remarques faites par ces derniers, inquiets et en attente de solutions. Toujours dans l’optique d’apporter sa pierre à l’édifice, Anonymal TV organisait vendredi au Centre Social Les Amandiers, un débat autour de cette problématique. Constats, explications et pistes à explorer .... avec l’intervention d’acteurs institutionnels et de responsables associatifs.


 

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Mr Benhamou Djamal Achour Audrey Chauvin et Philippe Commencais

Accéder à l’emploi semble être un défi de plus en plus difficile à relever. Alors que le taux de chômage atteint 12% à Aix, elle s’élève à 19% dans le quartier du Jas de Bouffan. Pourquoi un tel grand écart ?

Véritable ville dans la ville, le quartier du Jas, facile d’accès par route et autoroute, est situé à deux pas de la zone industrielle des Milles. Alors comment expliquer un tel taux de chômage et comment expliquer que les entreprises soient absentes du quartier interroge Djamal Achour, directeur d’Anonymal TV. A part un grand bureau de Poste et un centre commercial, « il n’y a pas grand-chose. Ni cabinet d’avocats, ni notaires, ni agence d’intérim [...] il n’y a aucun service ». Le quartier serait-il victime de préjugés et d’une image fantasmée construite par l’inconscient collectif. « Avant de s’implanter, les entreprises vont d’abord faire une étude de marché. Il faut aussi qu’elle ait un intérêt. Peut-être que le quartier n’est pas attractif » interroge Philippe Commençais, directeur pôle emploi Aix Bois de l’Aune. « Le problème c’est qu’on ne fait rien pour attirer les entreprises. Les jeunes sont démobilisés, il n’y a pas d’infrastructures, ni d’institutions. Pourquoi n’y a-t-il pas de zone Franche ? » lance avec amertume une maman. Rafik, pizzaiolo installé depuis 5 ans au Jas et connaissant une réussite fulgurante, pointe du doigt l’Etat et la mairie qui selon lui, empêcheraient les entreprises de s’installer dans ce quartier. De son côté Saleha Moulin, présidente du comité de quartier du Jas et collaboratrice de Jean Marc Perrin, chargée de la coordination des animations du Jas dit faire de gros efforts pour changer la mauvaise image dont souffre le quartier. De nombreux projets devraient voir le jour dont un téléthon au Jas a-t-elle fait savoir.

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Audrey Chauvin et Philippe Commencais

« Ils ne sont pas méchants. Ils sont seulement vindicatifs car ils sont au chômage »

Une habitante du quartier dont les enfants ont réussi après avoir été discriminés à maintes reprises, tenait particulièrement à s’adresser aux entreprises afin qu’elles prennent conscience du potentiel des jeunes de quartiers souvent issus de l’immigration et victimes de préjugés infondés. «  Ils ne sont pas méchants. Ils sont seulement vindicatifs car ils sont au chômage » a-t-elle insisté.

Le Jas héberge quand même un grand Centre Commercial avec lequel pôle Emploi a signé un contrat service qualité qui l’oblige à embaucher en priorité les habitants issus du quartier a expliqué Philippe Commençais. Ce dernier a invité les jeunes à s’orienter vers des métiers qui recrutent et qui se font de plus en plus rares, parmi lesquels : boulanger, boucher, carrossier, hôtelier etc. et à suivre les formations dispensées par le Centre de Formation des Apprentis de Marseille ou d’Aix-en-Provence. « Les jeunes du quartier du Jas représentent un quart des élèves aixois » souligne Audrey Chauvin, conseillère emploi au CFA d’Aix qui en partenariat avec l’Education Nationale offrent aux apprentis l’occasion d’exercer des stages en entreprises. Une façon de faciliter l’insertion professionnelle.

Bien que le quartier héberge un vivier de jeunes talents, parfois surdiplômés, les entreprises ont trop souvent tendance à cantonner ces jeunes à des postes dévalorisants. Une des responsables du centre commercial, interviewée par l’association Anonymal TV, n’a proposé aux habitants que des postes d’agents de nettoyage ou de sécurité a fait remarquer Djamal Achour.

Pour pallier aux difficultés rencontrées par les habitants du quartier, des associations se démènent chaque jour et jouent souvent un rôle de médiateur et de levier ; à l’image de l’Acte Citoyen, association de lutte contre les discriminations, installée au cœur du Jas, qui propose aux personnes qui le souhaitent de réaliser un CV vidéo « beaucoup plus efficace qu’un CV anonyme » explique un des membres de l’association. Pour mettre en avant les compétences de ces jeunes diplômés, l’ « Association pour Faciliter l’Insertion professionnelle des Jeunes diplômés (Afij) établit quant à elle, des partenariats avec les entreprises des Bouches-du-Rhône à qui l’association transmet les CV des candidats qui ont parfois du mal à démarcher les entreprises. L’AFIJ d’Aix ou de Marseille, représentée ici par Sébastien Guidicelli organise souvent des rencontres métiers, des ateliers sur les techniques de recherches d’emplois ou des simulations.

Outre l’absence des entreprises sur le territoire du Jas, il y a aussi celle des structures d’accompagnement parmi lesquelles la Mission Locale qui selon Frédérique Girault Claude, chargée de projet à la Mission Locale du Pays d’Aix, devrait installer à la rentrée une permanence au cœur du quartier. Le rôle de la Mission Locale est mal connue insiste-t-elle. Le rôle de la Mission Locale est d’accueillir, de repérer et d’orienter. « On prépare les jeunes à aller vers l’emploi. On travaille par exemple avec le Conseil Régional qui leur permet d’accéder à certaines formations » a-t-elle tenu à préciser même si elle pense que les jeunes doivent accepter ce qu’on leur propose. « On ne plus choisir les emplois qui nous plaisent. Parfois on est obligé de prendre ce qu’on nous propose ».

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Rafik et Frederique Giraud Claude

6000 contrats « aidés » dans les Bouches-du-Rhône

Les habitants des quartiers sont souvent bénéficiaires de contrats aidés qui ont leurs atouts et leurs inconvénients. Si certains apprécient ces contrats aidés c’est parce qu’ils permettent d’avoir un pied à l’étrier, pour d’autres, ils ne font que retarder l’échéance. En effet, une fois que le contrat est expiré et plus renouvelable, certains se retrouvent au point de départ. Les difficultés rencontrées pour le renouvellement des contrats aidés (6000 dans le département) à l’image du Contrat d’Accompagnement à l’Emploi (CAE) mettent souvent les salariés des associations, principaux bénéficiaires de contrats aidés, dans une situation désagréable.

De son côté Moussa Benhamou chargé de mission « Emploi Insertion » à la politique de la ville à Aix explique ce chômage endémique par un manque de formation. De nombreux dispositifs de formation sont présents sur le territoire a-t-il rappelé. L’ADREP, la REP, il y a également des structures d’aide à la création d’entreprises de l’association créée en 1997, Pays d’Aix Initiative (PAI). Les jeunes ont quant eux l’occasion d’effectuer un service volontaire de 4 à 6 mois au service de la collectivité. Ce dernier a également fait savoir qu’un Pôle Ressource Emploi devait bientôt voir le jour. Ce guichet unique devrait faciliter les démarches des demandeurs d’emplois trop souvent obligés de se déplacer auprès de différents acteurs institutionnels situés au quatre coins de la ville pour trouver un emploi.

Le directeur de Pôle Emploi a à son tour fait savoir qu’un nouveau contrat aidé avait vu le jour afin de permettre aux jeunes d’acquérir une première expérience professionnelle. L’objectif est qu’à l’issue de ce « contrat passerelle » d’une durée d’un an dans une collectivité locale, le jeune (16-25 ans) puisse travailler dans le privé. Ce contrat de 6 mois renouvelable une fois établit une condition : « un quart du temps doit être passé en immersion dans le secteur marchand ».

Les pistes à explorer

Nombreux sont ceux qui ont émis le souhait de voir construire un lycée professionnel au Jas de Bouffan. Un lycée accès sur le thème du développement durable ou des médias a proposé un ancien du quartier pour qui le Jas a un potentiel « énorme ». Pour une autre, la construction d’un cinéma pourrait être une solution afin d’ouvrir le quartier vers l’extérieur. Pour démonter les a priori, l’idéal serait que les habitants du Jas trouvent des emplois à l’extérieur et que les gens de l’extérieur viennent dans le quartier » a notamment souligné le directeur de Pôle Emploi. Les entreprises sont aussi visées.

 



 

 

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