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Chantiers de Docks Libres : 10 emplois réservés pour les habitants de la cité Félix Pyat

25 janvier 2014

Après l’occupation du chantier des Docks Libres, face au parc Bellevue, par des jeunes de Félix Pyat réclamant du travail, le 12 janvier, une délégation des habitants et du collectif CPQM a été reçue par le préfet de Région Michel Cadot, le lendemain. Le promoteur Nexity et Le Travaux du Midi qui réalisent l’ouvrage ont du s’engager à fournir dix emplois aux jeunes de la cité. C’est un début, mais ce n’est pas suffisant. Avec une certitude, le collectif, CQPM, se battra pour faire embaucher des jeunes sur d’autres chantiers à venir à Marseille et notamment sur le 3ème arrondissement. Car « Aujourd’hui, la seule façon de se faire entendre, c’est de descendre dans la rue, de gêner une entreprise qui vient s’installer dans une cité et de l’empêcher de travailler » !


 

Retour sur cette « victoire » avec Soraya Larguem, une mère de famille, militante au CQPM, Collectif Quartier Populaire de Marseille sur des questions d’emploi qui a été au côté des jeunes dans cette action.

Est-ce que vous êtes satisfait des dix emplois que vous avez obtenus ?

Soraya Larguem : C’est un bon début, mais c’est peu face à la demande en termes d’emploi qu’il existe à Félix Pyat. Car nous avons reçu une centaine de CV, émanant de personnes qualifiées, sans compter les gens qui continuent à venir nous voir et nous demande du travail. Je n’aurais jamais imaginé qu’autant de personnes soient aujourd’hui en grande précarité comme cela. J’ai pu compter sur les aides précieuses des habitants de la cité, notamment de Nordine Moussa, de Rafiq Selmi, de Guitz, de Bakari Ayouba qui dirige une association à Félix Pyat pour aider des personnes à trouver de l’emploi, à remplir des documents administratifs et de Bakar et Diallo de la SNT qui organisent des concerts dans la cité et également celles de nombreux jeunes. Au niveau du CQPM, nous n’allons pas nous arrêter à une action. S’il faut en faire d’autres, nous en ferons d’autres, pour que les jeunes et les moins jeunes aient un emploi.

Quels sont les contrats proposés aux jeunes ?

S.R : Cette victoire a permis d’embaucher trois jeunes dans l’entreprise Les Travaux du midi, pour des emplois dans le bâtiment. C’est un contrat de douze mois, avec une proposition de formation et de tutorat. Les jeunes doivent rencontrer le chef de chantier la semaine prochaine et débuter leur activité. Par contre, en ce qui concerne les sept emplois qui restent, on attend de voir. Mais le promoteur est, de toute façon, tenu de trouver un emploi, c’est une demande émanant de la préfecture. Aujourd’hui, Les Travaux du Midi ne peuvent proposer des contrats d’avenir, parce qu’ils affirment qu’ils ne savaient pas qu’ils pouvaient y prétendre.

Comment s’est passée la réunion avec le préfet ?

S.R : Le préfet, Michel Cadot, qui est une personne très ouverte et avec qui nous avons eu une réunion très constructive, a mis des moyens pour que la situation se décante rapidement. En préfecture, nous avons pu évoquer des disfonctionnements qui existent dans les cités au niveau de l’emploi, et également de Pôle emploi et de la Mission locale. Nous avons mis en avant le fait qu’il n’existe pas de passerelle entre la cité elle-même et les personnes qui emploient ces jeunes. Sur ce chantier des CV des jeunes de Félix Pyat ont déjà été proposés à l’entreprise, via l’ADAP, mais aucun n’a été recruté. Il y a donc un souci au niveau du recrutement.

Est-ce vous qui avez proposé ces contrats avec un volet qui concerne la formation et le tutorat des jeunes ou est-ce la direction de l’entreprise ?

SR : De notre côté, nous avons expliqué la démarche et ce qu’on attendait. Les Travaux du Midi ont proposé de recruter les jeunes avec une formation et un tutorat. Ces jeunes ont donc une année pour montrer de quoi ils sont capables et peut-être, par la suite, pouvoir être embauchés en CDI. C’est là-dessus que nous souhaitons mettre l’accent. Et chaque mois, nous allons assister à des commissions de suivi des jeunes avec leur employeur. Nous sommes là pour les aider et nous serons le lien entre eux et les Travaux du Midi. C’est très intéressant, parce que ça nous permet d’être en relation directe avec l’employeur et de voir où sont les qualités et les défauts des jeunes et comment ils évoluent.

Que souhaitez-vous pour la suite ?

SR : Aujourd’hui, on aimerait qu’il y ait une plateforme, qui fasse passerelle entre l’emploi et les quartiers. Nous, habitants des quartiers populaires sommes les plus à même d’être un relais pour l’emploi. Nous souhaitons être un acteur de l’emploi et travailler à la transparence, d’être une étape pour essayer de cibler les bonnes personnes.

Pensez-vous que, cette action va faire changer le regard sur les habitants des cités, montrant qu’ils se battent pour trouver un emploi ?

S.R : Ce qui est important c’est que les jeunes qui ont été choisis sont des personnes qui ont des compétences. J’espère que ces jeunes pourront prouver qu’on peut faire partie d’une cité, dite mal fréquentée, et avoir l’envie de réussir et de construire sa vie autrement. C’est une chance pour ces jeunes de montrer une autre image que celle qu’on a d’eux. En plus, les mères de ces jeunes souffrent de voir leurs enfants désoeuvrés. Ces embauches permettent de faire qu’une famille entière soit heureuse.

Dix emplois selon vous sur ce chantier, ce n’est pas assez ?

S.R : C’est déjà bien. Et le problème, c’est que le taux d’embauche de l’insertion (5% d’embauche obligatoire en ZUS et ZEP) a été atteint. Les Docks Libres ont recrutés en tout quinze personnes des quartiers. Nous sommes arrivés trop tard. Mais les prochains chantiers, nous n’attendrons pas qu’ils démarrent, on interviendra avant. Et l’on continuera autant de fois que cela sera nécessaire. Malheureusement, si on est obligé d’en arriver là, on le fera. Aujourd’hui, la seule façon de se faire entendre, c’est de descendre dans la rue, de gêner une entreprise qui vient s’installer dans une cité et de l’empêcher de travailler. Les jeunes ne s’intéressent pas tous à la politique, mais ils y arrivent doucement. Et ils disent qu’ils se sont faits avoir par la droite et par la gauche, et ils ne font plus confiance qu’à eux-mêmes.

L’action sur les Docks Libres n’a pas débordé ?

Ce fut très difficile. Il faut gérer les jeunes. Certaines personnes viennent pour créer des problèmes, il y a toujours des gens qui sont là pour essayer d’envenimer la situation. Ce fut deux jours très intenses. Je suis une femme, et je me suis appuyée sur tout le monde. Moi, je connais les jeunes grâce à mon association « Le meilleur est à venir ». Les jeunes me respectent parce que je me bats pour eux. Mais c’est dommage qu’on doive en passer par là pour se faire entendre.

Vous avez d’autres actions en vue ?

Dans le 3ème arrondissement, d’autres chantiers vont s’ouvrir, si les entreprises n’embauchent pas des personnes des cités, aucun chantier ne pourra commencer. Et cela pourra prendre une ampleur plus grande parce que tout le monde sera au courant. Le sentiment des jeunes est le suivant : « Vous venez chez nous, vous construisez, vous faites de l’argent sur notre dos et, à aucun moment vous n’êtes venus nous voir, et n’avez demandé ce qu’on en pensait, et si on avait les compétences pour participer au chantier ! ». Et ça, c’est très mal vécu par les jeunes.

 



 

 

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