Articles

Accueil > Portraits > Catherine Saby, « charmante » styliste du (mé)tissage des cultures

 

Catherine Saby, « charmante » styliste du (mé)tissage des cultures

9 avril 2008 - Dernier ajout 26 juin 2008

Avec sa marque éthique Saramani, la jeune créatrice de mode explore le mélange des tissus, des coupes, des inspirations, entre Dakar – où sont cousues et en partie conçues les pièces de ses collections -, et Marseille. Fin mars, elle organisait un défilé-apéro dans son atelier show-room, à deux pas de la Plaine.


 

En malinké (langue, proche du bambara et du dioula, parlée dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, dont le Sénégal), Saramani signifie « charmante ». Et tout chez Catherine Saby – de ses fringues à son atelier, en passant par ses enfants et son air paniqué à l’idée de faire l’objet d’une interview – est charmant.
Après de longues études de droit suivies à l’université de Tour, un DEA en anthropologie juridique et un mémoire sur les Kanaks de Nouvelle-Calédonie en poche, elle décide sur un coup de bobine d’emboîter le pas à sa sœur, qui part approfondir ses connaissances en ethnologie à Aix-en-Provence. Elle enchaîne des boulots qui ne la piquent guère et lorsque son premier enfant paraît, elle fait le pari de transformer ce qui n’est qu’un loisir – la couture – en son métier-passion. La créatrice de patrons rêve de devenir sa propre patronne, afin de mieux concilier vie de famille et travail, en toute « indépendance », sans sacrifier sur l’autel de la rentabilité à tout prix l’éducation de ses désormais deux petits (elle en veut quatre).
La styliste en herbe opte pour une solide formation en modélisme, dispensée sur Marseille, et se lance à son compte, en créant une mini collection destinée à la présentation et qu’elle décline sur-mesure. Déjà, Catherine marie tissus africains et matières plus « européennes ». Déjà, ses sapes rencontrent un franc succès. Cependant, aussi bonne couturière soit-elle, elle ne peut décemment pas « rester toute la journée derrière la machine à coudre ». Ses mains agiles sont appelées à en découdre ailleurs, en tressant d’autres liens – toujours sous le signe de la mode – entre deux continents cette fois, le « Premier » et le « Vieux », entre deux villes, Dakar et Marseille.

JPEG - 10.7 ko
La styliste Catherine Saby, dans son atelier, lors de son défilé printemps-été 2008

L’éthique, pas qu’une étiquette

Dakar, Sénégal. Une destination qui ne bottait pas a priori la demoiselle. « Je voulais aller en Afrique depuis longtemps, or je ne trouvais pas l’opportunité, je ne savais pas trop de quelle façon partir. Et puis je voulais partir en Afrique, mais pas au Sénégal, pensant qu’il y avait trop de liens avec la France ». Finalement c’est un peu « par hasard », le temps d’un stage de danse, qu’elle se rend à Dakar pour la première fois à l’été 2004. Là-bas, c’est « la révélation ». A peine rentrée, Catherine s’interroge : « quand est-ce que je repars ? ».
Alors lorsqu’à la vue de son ouvrage son ami Gora, tailleur sénégalais installé sur Marseille, lui propose de partir développer son travail dans la capitale ouest africaine, la jeune femme ne se défile pas. Un peu dans le flou, elle prépare dessins, patrons, prototypes. Dans le même temps, elle monte son association Nord/Sud Créations, qui ourlera le projet, et sa marque Saramani.
En Mars 2005, le grand départ. Gora met Catherine en contact avec Moussa Sow, un tailleur local qui, s’il ne sculpte pas des Hommes en terre comme son homonyme Ousmane, modèle et cisèle du moins ce qui habille ceux faits de chair et d’os. Quoique balbutiant, un réel partenariat s’engage. Et de fil en aiguille celui-ci se mue en étroite collaboration. Une relation équitable, où l’éthique n’est pas qu’une étiquette : « j’ai toujours envisagé notre travail commun comme un partenariat classique, comme il en existe entre deux entreprises européennes par exemple. Seulement, devant les réactions de certains, tantôt me soupçonnant de vouloir exploiter une main-d’œuvre bon marché, tantôt me voyant comme une ONG allant dispenser un savoir français, j’ai préféré apposer la mention « éthique », pour bien expliquer ma démarche », raconte la styliste.
Choix des tissus, des coupes, échanges de savoir-faire et d’inspirations… Catherine et Moussa, bientôt rejoint par deux autres tailleurs, filent le parfait amour de la couture. La première collection sort des ateliers, prend l’avion, atterrit à Marseille. Et rapidement, toutes les pièces trouvent un corps à leur mesure.

JPEG - 72 ko
Des tissus africains, qui servent à la conception de ses créations

Sabymania

D’autres suivent bientôt, au rythme des saisons. Au rythme de l’Afrique parfois. Car il s’agit aussi de trouver des « compromis, afin que les cadences de travail conviennent à tous ». De « s’adapter » aux contraintes de temps, plus prégnantes en France et plus souples à Dakar.
Même si, quand elle passe plusieurs mois à Dakar, Catherine a tendance à trouver ses collections « presque un peu fades » à côté des robes aux coupes audacieuses et des boubous colorés des Dakaroises, elle ne cède pas à l’appel du total look, consciente que ce ne serait que peu portable ici. Du coup, petits hauts, chemises, pantalons, tuniques, jupes – mêlant bogolan et lin, wax ou bazin et coton, couleurs chatoyantes et unies – s’arrachent auprès d’une clientèle de moins en moins confidentielle. Catherine écume les marchés de créateurs, organise des défilés lors d’événements culturels, de festivals, de forums comme à Paris ou à Lyon. A Tours, sa ville natale, des « fashion-addicts » de Saramani attendent même avec une extrême impatience sa venue. Une vraie Sabymania !
Un engouement tel, qu’il a permis il y a un an à Catherine Saby de délocaliser son atelier de chez elle à une boutique située rue du Progrès, à quelques venelles de la Place Jean Jaurès. Elle y a organisé il y a peu un défilé précédé d’un apéritif très convivial, afin de présenter sa toute nouvelle collection. Une « procession » vestimentaire en passe de devenir un quasi rituel. Depuis six mois aussi, Catherine se paye enfin.

JPEG - 30.7 ko
Mannequin d’un jour, portant une robe siglée Saramani

En parallèle, à Dakar, elle a pu louer un local et investir dans des machines à coudre pour que Moussa, dorénavant à la tête de sa propre entreprise, puisse travailler dans de meilleures conditions. Les premiers bénéfices l’ont également autorisée à varier ses œuvres, en offrant à la vente une collection de prêt-à-porter enfant, des sacs, porte-monnaie, linge de lit et autres housses de coussin.
Mais pas de précipitation : Catherine Saby préfère proposer des vêtements de qualité, étoffer sans démesure ses collections, « laisser son affaire se développer tranquillement ». Tout en cherchant d’autres débouchés. Ses créations seront d’ailleurs bientôt sur les cintres de boutiques éthiques ayant pignon sur rue à Marseille, Grenoble et même Paris, et son site internet promet de toucher un public beaucoup plus large. « La chance n’est pas comme un pagne qu’on met et qu’on enlève » [1], elle vient à ceux qui s’en saisissent.

Pour voir (et acheter) les créations de Catherine Saby, vous pouvez vous rendre sur les marchés de créateurs (organisés par exemple deux fois par an sur le Cours Julien) ou tout simplement sur le site internet de Saramani.

Ecouter l’interview de Catherine Saby :

 

 



 

  • Henriette Nhung Pertus : L’exil douloureux de la « Chinoise verte »

    une pensé a vous henriette !! j admire le courage que vous avez eux pour etre encore parmi nous apres avoir vecu les pires chose qu’il puisse exister !!toutes cette haine cette souffrance dont vous avez etait victime !!j’espere que vous avez trouvé une vie tranquille sens peur et sens crainte du lendemain je vous embrasse

    par langer le Mai 2014 à 20h06

 

Autres articles Portraits

 

Articles récents

Articles au hasard