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Caricatures : que cherche t-il ?

21 septembre 2012

Une nouvelle série de dessins de presse publiée par Charlie Hebdo, ravive les tensions et l’éculé débat sur la liberté de la presse dans l’hexagone. Au travers des problématiques soulevées par cette parution, la démarche du journal en question mérite reflexion. Que cherche t il ?


 

Encore une tempête médiatique qui souffle sur le monde musulman. La religion du prophète est devenue depuis quelques années le nouveau marronnier de la presse française. Si ce n’est les grandes enquêtes sur « L’islam est-il compatible avec la république ? », « Pourquoi l’islam fait peur ? » ou « Le monde musulman est-il fait pour la démocratie ? », qui couvrent les unes des journaux, la religion musulmane est toujours à l’honneur dans les pages intérieures, soit au rayon fait divers, soit à la rubrique société. Toujours avec ce parfum de danger imminent, cette tonalité alarmiste qui met en garde le lecteur. Bien entendu il est d’usage de souligner que la véritable religion du prophète est, comme les autres, empreinte de paix de sagesse et de compréhension, mais seulement après en avoir longuement detaillé ses dangers et lourdement insisté sur ses fous de dieu, incultes autant que barbus qui n’ont de cesse de faire saigner le monde pour pouvoir enfin entrer au paradis escortés de 70 vierges. Pas un mot sur ces milliers de fidèles, discrets, et français à part entière, contraints de voir leur foi sans cesse clouée au pilori et jetée en pature au jugement populaire. Oui aujourd’hui l’Islam fait peur, et ce n’est pas la faute à d’obscurs enturbannés ceinturés de TNT, mais à la lente et efficace action des medias, unis en meute à l’assaut du nouvel ennemi, l’intégriste musulman. À l’image de Veronique Genest, qui lance avec aplomb être « comme la pulpart des francais islamophobe ». Certes cette comédienne n’a jamais été nominée aux Oscars ou au Nobel, mais la justification de son discours en dit long sur le travail de sape de notre presse nationale. Car « c’est en regardant la télévision tous les jours » que cette peur a germé en elle. Tout comme ces électeurs qui votent Marine Le Pen, par crainte d’un étranger qu’ils n’ont jamais croisé dans leur quartier ou leur village, mais vu tous les jours à la télévision, plein de hargne et de violence. Stigmatisation. Ton œuvre est en marche et bientôt il sera trop tard pour l’arrêter. On se posera alors la sempiternelle question du « comment en est-on arrivé là ? ». On s’apercevra peut-être que les supports initialement prévus à la reflexion, comme beaucoup considère la presse écrite, n’ont pas eu le recul nécéssaire et ont été pris dans la même frénésie du bouc émmissaire. Ainsi en va t-il de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo. Que cherche t-il aujourd’hui en publiant ces caricatures ? Donner du grain à moudre à une poignée de salafistes puritains, à l’extrême droite et à la nouvelle droite populaire qui ne manqueront pas de se nourrir des actions et de la colère des premiers ?

Il serait temps de s’interroger sur le sens de la caricature, de son opportunité. Un journal, tel que celui précédemment cité, agit-il toujours dans la noble ligne de déontologie journalistique ou répond-il à un sentiment de colère et de vengeance après l’incendie de ses locaux ? Cherche-t-il à bon compte une action de presse dûement indépendante qui montrerait au monde qu’il ne craint rien ni personne ? Frapper toujours au même endroit, quand on en connaît les conséquences funestes, tient à la betise. Ce genre d’action n’apporte rien à la compréhension ou à la solution des problèmes. Il fait montre d’un manque flagrant d’idée, de profondeur intellectuelle et de dicernement. Leurs auteurs en sortent petits, coincés jusqu’à l’étouffement dans leurs certitudes d’un autre temps. Celui de Charlie Hebdo est peut-être venu. Quand la caricature tourne à la caricature de la caricature, le dessin, comme le propos devient dangereux.
Si ce journal était aussi libre de pensée qu’il le prétend, pourquoi ne pas mettre à l’honneur d’autres extrémistes tout aussi dangereux, si ce n’est plus encore ? Quid de la droite dure Israélienne qui impose quotidiennement des souffrances inimaginables à tout un peuple, confiné dans la plus vaste prison à ciel ouvert du monde, au nom, là aussi, d’une religion ? Et nourrit, par là même, la haine de ceux qu’elle écrase impunement ? Lors de la première parution des caricatures de Mohamed par Charlie Hebdo, pourquoi ne pas avoir aussi publié les caricatures catholiques refusées par le journal Danois quelques semaines plutôt ?

Un des dangers que cette partialité entraine, est qu’à nous focaliser sur un ennemi que l’on construit de toute pièce, on en oublie un plus terrible et bien réel : le fascisme, fléau bien de chez nous, qui grandit, mine de rien, jour après jour sur les décombres de la crise et le rejet grandissant de l’autre. Exemple frappant avec la tuerie d’Oslo menée par Breivik, où beaucoup ont eu le culot de mettre en avant la propre thèse du tueur, la montée de la menace islamique, comme justification de la tragédie. On arrive alors au comble de l’absurde et de la mauvaise foi en mettant en garde une société non pas contre des fous furieux animés d’un idéal néo-nazis et passant à l’acte, mais contre d’hypothetiques fanatiques musulmans qui par leur simple présence pousseraient les premiers à l’activisme. Quel que soit le sens par lequel on prenne le problème, les musulmans sont toujours au cœur des conflits. C’est beaucoup reprocher à un ennemi que l’on voudrait numéro un.

Puisque notre pays se targue d’être celui des droits de l’homme, de la tolérance et de la comprehension, arrêtons de stigmatiser une religion, et quoi qu’on en dise pour s’en défendre, ses adeptes. Cessons de voir le monde et les rapports humains à travers le prisme des croyances religieuses. Comme le préconisait Hippocrate, cherchons la cause de la cause. Réfléchissons. Et que la caricature redevienne un dessin qui vaut mieux qu’un long discours plutôt qu’un simple trait d’encre, noire de bêtise.

 

 

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