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Campement de la Porte d’Aix : que font les pouvoirs publics ?

9 février 2011 - Dernier ajout 10 février 2011

Faisant suite à de nombreuses autres, une agression visant des personnes vivant dans un campement de tentes au bout de l’autoroute A7 a eu lieu hier. Un homme a été poignardé en milieu d’après-midi. Alors que nous sommes en pleine période électorale, les dirigeants préfèrent faire l’autruche, attendant la fin des échéances cantonales. Au contraire, le moment serait propice à l’action. Comment des représentants politiques de tous bords peuvent fermer les yeux sur une telle dégradation du climat ? Comment comprendre le peu de volonté de résoudre ces questions, par la mise à disposition d’un terrain ou d’un logement pour les familles concernées ? Comment admettre que des enfants soient témoins au quotidien de ces violences, et eux-mêmes exposés ?


 

Le climat est extrêmement tendu à la Porte d’Aix. Un campement de tentes habituellement occupées par des familles Rrom, installé en retrait de la place depuis plusieurs mois, fait l’objet d’attaques répétées. Des agressions qui se font de plus en plus violentes ces derniers jours. Ainsi, dans l’après-midi d’hier, un homme a été victime de trois coups de couteau, au dos, au thorax et au bras. Ses agresseurs ont pris la fuite à bord d’un véhicule dont la plaque d’immatriculation a été relevée, percutant au passage la voiture d’une femme d’une quarantaine d’années, tandis que le blessé était transporté à l’Hôpital nord.

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Dans la nuit de jeudi à vendredi dernier, des membres d’un autre foyer avaient déjà du faire face à l’intrusion de plusieurs personnes, venues menacer le père de famille d’une lame sous la gorge. Leur leitmotiv : faire partir ces « indésirables », et mettre la main sur les femmes. Deux petites, de huit et douze ans, nous avaient alors fait part de leur effroi. Devant le danger, la famille avait décidé mardi matin de mettre les voiles. Mais pour aller où ? Après avoir erré à la recherche d’un squat, elle a trouvé un terrain isolé, où elle n’a pas obtenu l’autorisation de faire du feu, étant ainsi dans l’impossibilité de cuisiner ou de faire chauffer un peu d’eau pour la toilette. Cette même famille avait déjà connu une première agression lorsqu’elle s’était installée dans un immeuble appartenant à la Ville dans le quartier de l’Opéra, puis une autre il y a quelques semaines - déjà à l’entrée de Marseille : des tentes avaient notamment été brûlées. Ne restait donc hier que quelques individus à la Porte d’Aix.
Sachant pertinemment que l’atmosphère est délétère - un campement de Rroms a récemment été incendié en région parisienne faisant un mort - les pouvoirs publics continuent de nier l’évidence et l’urgence de trouver une solution à cet état de fait. Car d’une part les habitants de la Porte d’Aix semblent exaspérés, et d’autre part il paraît invraisemblable de laisser des familles vivant dans la plus grande précarité subir l’ire de quelques illuminés. Assisterons-nous bientôt à de véritables pogroms sans que cela n’inquiète le moins du monde nos dirigeants ?

Des personnes fragiles, délibérément vouées à la vindicte populaire

Bien sûr, des gens en grande précarité, Marseille en compte des dizaines de milliers. Sans domicile fixe, familles mal logées, vivant sous le seuil de pauvreté. Autant de personnes qui mériteraient que les décideurs se penchent sur leur prise en charge. Ce qui diffère ici, c’est non plus le racisme, mais «  la haine » dont les Rroms sont victimes. Ce que tend à confirmer Kader Atia, directeur de l’Ampil.
Le discours de Grenoble, prononcé par Nicolas Sarkozy à l’été dernier, puis la circulaire incitant au démantèlement systématique de squats, n’ont fait que donner un coup d’accélérateur au ressentiment déjà éprouvé par une partie de la population française à l’encontre des Rroms. Tout un peuple abandonné à la vindicte populaire, sciemment.
Nous avons tenté de joindre les différents acteurs, à tous les niveaux, en charge du dossier. Si la préfecture et la Région n’ont pour le moment pas donné suite, la mairie de Marseille, par la voix de Michel Bourgat, dit avoir déjà tout essayé. « Je trouve scandaleux d’agresser des gens qui sont dans la survie, sous le prétexte qu’ils gênent », compatit l’adjoint au maire délégué à la Solidarité. Michel Bourgat prône la mesure et l’action : « c’est une honte que notre société ne puisse pas avoir une réaction plus intelligente » dit-il, avant d’expliquer que la plateforme à destination des Rroms qu’il avait souhaité mettre en place en accord avec le préfet, s’était heurté au refus de « tout le monde, de droite comme de gauche ».

Un statut quo potentiellement mortel

Pourtant, laisser la situation dans l’état au risque qu’elle ne s’envenime un peu plus encore, serait pure folie. Côté pouvoirs publics, c’est le serpent qui se mord la queue : « si on ne les expulse pas par la force, [les Rroms] ne partent pas. D’un autre côté, s’ils ne partent pas on a tous les gens des quartiers qui nous hurlent dessus. Et puis au bout d’un moment, il y a deux ou trois excités qui s’autorisent le droit de faire un pogrom, on va dire », accorde Michel Bourgat. Et d’expliquer que le terrain où s’est établi le campement à la Porte d’Aix appartient bien à la Ville, mais qu’en l’absence de bâti, aucun arrêté de péril imminent ne peut être pris. Et cette phrase : « que les Rroms posent problème, que les Rroms soient difficiles à vivre, que les Rroms soient intolérables, je comprends les riverains ». Stigmatisant ? Pas du tout... Difficile de nier toutefois les tensions que cela crée dans le voisinage. Changer le regard des gens serait un bon début.

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Ce n’est pas faute - notamment pour le collectif constitué de la Fondation Abbé Pierre, de l’Ampil, de Médecins du Monde ou encore de Rencontres Tsiganes mais aussi d’associatifs de terrain comme Action pour la vie ou Dominique Idir de l’association Artriballes - d’alerter les décideurs et de proposer des solutions. Car les squats sont de moins en moins nombreux et ceux qui subsistent, pleins. Des familles entières ne savent où s’établir à l’abri des regards malveillants. La plupart d’entre elles, contrairement à l’image qui nous est renvoyée, souhaiterait voir leur vie se normaliser, habiter dans des conditions décentes, pouvoir travailler, scolariser les enfants. « S’intégrer », pour user d’un vocable à la mode.
Michel Bourgat, lui comme d’autres, renvoie la balle enfin à des instances supérieures : « la mairie n’a aucune compétence en matière de relogement, ça relève de la préfecture, ça relève de l’Etat, ça relève de l’Europe ». Marseille balaie d’un revers de la main quelque 2 à 3 000 Rroms, espérant sans doute que Bruxelles se saisisse du dossier.
Faudra-t-il un mort, des morts, pour que les pouvoirs publics locaux prennent enfin leurs responsabilités ?

 

 

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