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Camp des Milles, exposition « Max-Pol Fouchet, un poète de la liberté. »

19 décembre 2013

Le camp des milles propose une nouvelle exposition temporaire, qui met en lumière le parcours et la personnalité de « Max-Pol Fouchet, un poète de la liberté », organisé dans le cadre de leur cycle « Créer pour exister ». Né en Algérie, cet intellectuel au parcours multiple, fut poète, fondateur de la revue « Fontaine » qui s’imposa pendant la première guerre mondiale comme un noyau de résistance et également critique littéraire et musical, homme de radio et de télévision et ethnologue. Celui qui côtoya, dans sa jeunesse Albert Camus en Algérie, fut un voyageur à travers l’Inde, l’Afrique noire, l’Amérique Latine et ne cessa d’être e un passeur entre les diverses civilisations humaines.


 

Après l’exposition en septembre dernier « Créer pour résister, des artistes au camp des milles » qui regroupait une cinquantaine d’œuvres de Max Ernst, Hans Bellmer, Ferdinand Springer, Wols que nous avions relatée, le camp des milles poursuit sa programmation culturelle et consacre une exposition au poète Max-Pol Fouchet jusqu’en février 2014.

Conçue de manière chronologique, elle présente des photos, manuscrits et des pièces retraçant les multiples activités de cet homme de lettres qui lutta contre les tyrannies. L’exposition recèle également des documents exceptionnels comme le manuscrit original de "Liberté" de Paul Eluard que la revue « Fontaine » publia en juin 1942.

Le parcours de l’homme est emblématique, d’Algérie en France, en passant par ses voyages dans le monde entier, il ne cessa de défendre des valeurs d’humanisme et de liberté.
Né en 1913 en Normandie, Max-Pol Fouchet s’installe avec sa famille à Alger en 1923. Il rencontre, au lycée, Albert Camus et Jean Grenier, leur professeur de philosophie. Dès l’adolescence, il développe une conscience

politique et fonde en 1930, la section
algérienne des Jeunesses socialistes qu’il dirige. Il s’engage dans le combat politique et participe aux réunions, conférences, manifestations, dans un climat politique où les ligues d’extrême droite sont légions. En 1935, il se rapproche de la revue « Esprit » d’Emmanuel Mounier. Dans ses pages, il élabore une pensée différente sur la colonisation française en Algérie et prône une place accrue pour les musulmans et propose de leur donner les mêmes droits que la population européenne. Il fait ses débuts en littérature et publie, en 1936, le recueil « Simples sans vertu » dans la collection « Méditerranéennes » dirigée par Albert Camus.

La revue Fontaine, une « Résistance en pleine lumière »

En 1939, il fonde et anime la revue de poésie et de littérature « Fontaine ». Au départ confidentielle, son influence reste circonscrite à l’Afrique du Nord. Devant la montée des périls internationaux, il signe des sommaires, reflet des inquiétudes de son temps. Peu à peu, grâce au réseau de la revue « Esprit », il attire des écrivains plus prestigieux et accroit la notoriété de la revue en métropole. Pendant la drôle de guerre, « Fontaine » est censurée. Après la défaite de juin 1940, Max-Pol Fouchet publie un éditorial intitulé « Nous ne sommes pas vaincus » qui rejette l’idéologie de Vichy. En métropole, l’écho est important et des écrivains proscrits par Vichy feront de la revue leur tribune. Dès lors, sous l’occupation, elle deviendra la revue de Résistance intellectuelle française à Vichy et à l’occupant nazi. Elle portera la voix d’écrivains majeurs et engagés comme Antonin Artaud, Max Jacob, Henri Michaux, Jean Rousselot, Pierre Jean Jouve, Jules Supervielle, Aragon ou Georges Bernanos et d’autres. Certains des poèmes les plus connus de la Résistance, tels que le « Cantique à Elsa » de Louis Aragon, « Liberté » de Paul Éluard ou encore les « Poèmes de la France malheureuse » de Jules Supervielle y sont publiés en 1941 et 1942. Son audience et son tirage s’accroît, en moyenne 4000 exemplaires par tirage mensuel. En 1942, un numéro spécial de 300 pages, consacré à la « poésie comme exercice spirituel » est l’un des événements majeurs de la période : 25 000 exemplaires seront vendus. La revue Fontaine se place désormais au cœur de débats français. Mais la lutte contre Vichy et les nazis est quotidienne, certains collaborateurs sont arrêtés, la censure sévit et les affrontements directs avec la presse collaborationniste se multiplient.

A la Libération, Max-Pol Fouchet s’installe à Paris et y transfère progressivement la revue et les éditions qui paraîtront avec des sommaires très étoffés, rassemblant les grandes
figures de la Résistance intellectuelle comme François Mauriac ou Vercors. Les éditions de la revue Fontaine lancent des collections célèbres comme « L’Âge d’or », dirigée par Henri Parisot qui regroupe des textes surréalistes. La revue investit le champ de la philosophie et de la politique et a l’ambition de succéder à la NRF, bien qu’elle soit en concurrence avec d’autres revues de la Résistance intellectuelle, comme « Poésie » de Pierre Seghers ou « Confluences » de René Tavernier. « Les Temps modernes » de Jean-Paul Sartre ou « Critique » de Georges Bataille sont également apparues dans les sphères intellectuelles. Mais Fontaine, victime de mauvaises conjonctures économiques cessera de paraître en 1947. Max-Pol Fouchet écrira : « La Résistance que je souhaitais que Fontaine exprimât, c’était l’éternelle résistance de l’homme contre la tyrannie, sa révolte fondamentale, non chronologique somme toute, contre le mal. Ainsi pensais-je, la poésie gagnerait son
éternité, les hommes de mon temps l’entendraient tel un chant de liberté aussi bien que les hommes futurs, puisque le même combat recommence sans cesse et que la semence du dragon demeure. »

Les années télévision

À la libération, Max-Pol Fouchet voyage dans le monde entier. De retour en France au début des années 1950, il sera l’un des pionniers de la télévision et entend initier les Français à la culture. Il crée ainsi, avec Pierre Desgraupes et Pierre Dumayet des émissions culturelles télévisuelles comme « Lectures pour tous », « Le Fil de la vie » et « Terre des Arts », série de documentaires sur l’art à l’ORTF. Il a le souci constant non pas de vulgariser car « Vulgariser, c’est considérer les autres comme incapables de comprendre une discipline difficile et […] rabaisser la qualité de ce qu’on veut transmettre », écrira-t-il, mais bien de clarifier car cela nécessite un « effort considérable à celui qui veut transmettre une connaissance ». Entre 1954 et 58, ce sera « Le Fil de la vie » qui sera interrompu pendant la Guerre d’Algérie en raison d’une censure préalable qu’on veut lui imposer puis « Lectures pour tous » entre 1953 et 1968, et « Italiques » entre 1970 et 1974 dans lesquelles il intervient pour défendre devant les téléspectateurs des livres souvent difficiles.

Photo 5
Aller vers les hommes

Max-Pol Fouchet fut également grand voyageur, curieux de toutes les cultures. Il immortalise ses rencontres de voyage en Afrique noire, à Madagascar, en Égypte, en Inde, dans les Caraïbes ou au Mexique par des photographies. Pour lui, « la photographie justement permet de fixer de telles rencontres, d’en apporter la preuve, du moins si elle est l’art d’un poète ». Il contribuera, de même que les surréalistes à restituer une place aux Arts Premiers, dans l’histoire de l’art. Il meurt en 1980.

http://www.campdesmilles.org/agenda.html
Ouvert tous les jours de 10h à 19h. Entrée gratuite.

 

 

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