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CIDFF : la place de la femme dans la société, un constat toujours révoltant

8 octobre 2010

La mission première reste l’accès aux droits des femmes. Des juristes informent sur tous les domaines : le droit de la famille, du travail, des étrangers, pénal. Le CIDFF des Bouches-du-Rhône (Centre d’information sur les droits des femmes et des familles) développe deux autres services : accompagnement à l’emploi et le centre de ressources et d’initiatives pour les professionnels. A l’heure de la réforme des retraites, on reparle beaucoup des inégalités à leur encontre. Le mois prochain, le CIDFF phocéen commémore la journée internationale contre les violences faites aux femmes du 25 novembre. L’égalité hommes/femmes n’est pas pour demain. Pessimisme ambiant.


 

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Double journée-Demi retraite : les chiffres sont éloquents. Les femmes perçoivent un montant de retraite inférieur de 38 % de celui des hommes. Elles perçoivent un avantage de droit direct de 50 % inférieur. Les droits directs contribuent à 73 % de la retraite globale des femmes, 95 % de celle des hommes.

Un quart des retraitées ont validé de 10 à 24 ans, les retraités ayant une durée de cotisation inférieure à 25 ans est de 3 %. Pour parvenir au bénéfice du taux plein, 3 femmes sur 10 ont différé leur liquidation du droit à pension à 65 ans. En 2004, 86 % des hommes ont validé une retraite complète contre 44 % de femmes.

« La retraite, résultat flagrant de toutes les inégalités »

Aujourd’hui, les grèves se succèdent contre la réforme injuste des retraites. Les discriminations de sexe sont l’une des revendications fortes des syndicats. « Tant mieux que tout le monde en parle, la retraite est le résultat flagrant de toutes les inégalités » nous dit Mme Body, directrice du CIDFF 13. Or le gouvernement n’a pas l’intention de transiger d’ici le mouvement annoncé plus musclé du 12 octobre. Hier, des concessions mineures ont été validées dans les amendements de l’Elysée, suite aux pressions de la rue. En effet, elles répondent aux demandes du président du Sénat, Larcher et du président du groupe centriste, About. Finalement, la proposition étatique concernerait les mères de 3 enfants nées entre 1951 et 1955. Le maintien du départ à la retraite à 65 ans ne s’appliquerait que sur cinq ans (source Le Monde). Elle serait étendue aux parents d’enfants handicapés suite à une promesse tenue par le président Sarkozy aux associations de personnes handicapées. Ces mesurettes n’éteindront certainement pas la colère des syndicats.

Pourtant, lorsque la femme arrête de travailler pour s’occuper des enfants, possède-t-elle la bonne information ? Connait-elle les conséquences sur ses droits à la retraite ? Est-ce un choix conscient ou contraint ? Autant de questions à se poser. « On lui fait peser le poids moral de l’équilibre et du bien-être de la famille » souligne Catherine Body.

Sans être fataliste, force est de reconnaître que tous les domaines de la vie courante sont frappés du sceau de l’inégalité. « Tout le monde est au courant. On est tous responsables de cette situation. On doit aller plus loin, faire en sorte que les choses bougent » se convainc la responsable. En théorie, on note des évolutions : une charte pour la promotion de l’égalité dans la fonction publique en 2008 ; la solidarité, l’insertion et l’égalité des chances, intégrées au projet de loi de finances pour 2010 ; une campagne 2008/2009 sur l’égalité hommes-femmes et le monde du travail ; la très récente loi sur la féminisation des conseils d’administration des entreprises du CAC40. Les prises de conscience sont claires, mais relativement peu suivies d’effets. «  On rattrape un peu les retards » optimise Catherine Body mais on est très loin du compte.

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A temps partiel, peu rémunérées, plus de précarité

Une femme ingénieur ne fera pas la même carrière qu’un homme de la même profession. L’écart des salaires est en moyenne de 17 % en France. Les promotions et les changements de métier concernent beaucoup plus souvent les hommes que les femmes. L’entrepreneuriat féminin se heurte à des obstacles comme le décrit un rapport du Conseil économique, social et environnemental. En 2008, une enquête INSEE confirme que les femmes subissent davantage le sous-emploi que les hommes. La proportion de salariés à temps partiel est stable depuis 2003 : 16 % dont 83 % sont des femmes !

Le CIDF national multiplie les actions pour inverser ces tendances. A Marseille, le CIDF 13 développe un volet d’accès à l’emploi –agrément de l’Etat. Il s’inscrit dans le cadre du dispositif existant PLIE (plan local d’insertion par l’économique). En parallèle, l’association est engagée auprès du Conseil Général des Bouches-du-Rhône sur le DAE 13 (dispositif d’accompagnement à l’emploi). Cinq postes –soit un quart des effectifs du CIDF Phocéen- sont consacrés à ce processus, destiné au public RSA. Cette action est menée en partenariat avec l’AECD (association pour l’éducation cognitive et le développement), l’ACPM (organisme de formation professionnelle, de conseil à l’emploi) et l’association Le Cana.

« Faire bouger les représentations »

En marge de ces deux activités, une mission lui est confiée sur le droit des femmes et l’emploi. Quels sont les freins à une activité professionnelle pour les femmes ? Comment désamorcer les préjugés ? Comment éviter les petits jobs systématiques dits féminins ? « La société doit faire bouger les représentations. les femmes peuvent être sur un secteur plus porteur, une chance pour leur carrière » explicite Catherine Body. Il est urgent de s’extraire des champs d’activité classique : le socio-éducatif, l’enseignement, le secrétariat, les services à la personne. Les femmes s’enferment bien souvent sur des emplois à temps partiel et peu rémunérés.

Ce travail sur l’élargissement professionnel s’accompagne d’une intervention à tous les niveaux de la chaîne. Par exemple, un conseiller professionnel reçoit un demandeur d’emploi qui sollicite des heures de ménage. « On doit s’interroger, il n’y a vraiment que ça qu’elle peut faire ? On se doit de comprendre d’où viennent ces mécanismes ? » poursuit Mme Body. En amont, l’orientation professionnelle reste encore sexiste, elle distingue des métiers dits pour les filles et pour les garçons. Le problème de garde d’enfants s’avère très souvent un obstacle récurrent. Toutes les femmes n’ont pas d’enfants à garder. Dans le cas contraire, il s’agit de fournir le plus d’informations possibles pour trouver une place en crèche ou un autre mode de garde. La réalité du monde du travail a des répercussions immédiates sur le plan social. Les femmes sont davantage exposées à la précarité. 98 % des familles monoparentales sont des femmes seules. Le CIDF les aide à acquérir des compétences professionnelles pour sortir de la spirale.

Le centre phocéen s’appuie sur des obligations européennes. Les porteurs de projets perçoivent des fonds européens en tenant compte d’une condition sine qua none, égalité homme/femme. « Mais souvent, c’est vite fait » déplore la directrice. Les petites entreprises sont éloignées des objectifs fixés en la matière, en revanche les grandes sociétés avancent.

« Nous sommes dans une démarche de racisme »

La place de la femme dans la société française ne date pas d’hier. Les stéréotypes sont ancrés « les femmes sont inférieures aux hommes. Nous sommes dans une démarche de racisme » commente Mme Body. Quelques pans de l’Histoire méritent d’être soulevés à commencer par le droit de vote ouvert aux femmes en 1945. Elles n’ont le droit de signer un chèque et un contrat de travail que depuis 1962 ! Il fallait auparavant obtenir une autorisation de travail auprès du mari. Ce sont quelques-uns des droits dépendants du mariage, hérités du Code Napoléon. « On sort de là quand même » nous dit révoltée, Catherine Body. Les lois sur l’égalité professionnelle remontent à 1948, mais il n’existe pas de système de répression selon Mme Body.

Néanmoins, sa mission première date de 1981, année de naissance du réseau national, avec l’accès aux droits. Le CIDF Phocéen s’inscrit dans une démarche d’information, non de conseil. A Marseille, la structure compte une particularité dans ses services : le bureau du droit international privé, destiné aux professionnels. Une juriste se consacre à des dossiers complexes, relatifs à des situations de parents mixtes, de personnes étrangères en France ou françaises à l’étranger, d’enfants nés en France de parents étrangers, etc. 450 cas sont traités par an.

Un projet européen autour de la citoyenneté

Le volet citoyenneté revêt son importance. Le CIDF s’investit dans la lutte contre toute forme de violence à l’encontre des femmes. Elle ne se limite pas seulement à la violence conjugale mais aussi administrative et économique. Par exemple, les femmes immigrées en France, dans un contexte de rapprochement familial sont pénalisées sur la question de leurs papiers. Violence économique également au regard de l’isolement de certaines femmes, vivotant de petits jobs.

Cette activité a permis de développer un travail en partenariat avec des associations locales, le Centre social La Garde dans le 13e arrondissement et le Centre La Viste dans le 15e. La démarche est confortée par un projet européen sur deux ans –programme Grundtvig. Des rencontres sont organisées avec des femmes de quartiers défavorisés où l’on aborde « les notions de transition. On est de quelque part, on a un parcours. On peut changer de lieu, de cadre » explique la directrice. Cela signifie « une richesse complémentaire, on se projette dans le futur, on se construit » ajoute-t-elle. Des travaux en atelier d’arts plastiques ont abouti à la réalisation d’une exposition itinérante, thématique des Droits des femmes en France.

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« Difficulté à mettre en place une relation d’égalité »

En parallèle, un deuxième groupe de réflexions, « Perspectives plurielles » s’engage dans une démarche plus théorique. « On croise le regard du Genre (rôle social que l’on donne à l’homme et à la femme), la racialisation et la classe sociale » explique la responsable. Ces trois éléments jouent dans le parcours d’un individu. Le groupe est à la recherche d’outils à décliner au plus près du terrain. Notamment, l’éducation populaire, selon Mme Body, serait une idée fabuleuse à défendre. Les gens « ont autant à apprendre et à entendre. Ils ont la difficulté à mettre en place une relation d’égalité ».

La société doit combler ses retards dans les inégalités Homme/Femme. Des avancées peuvent paraître judicieuses telle la discrimination positive. Pourtant « elle ne doit pas être une politique en soi ». Ou encore, « le quota peut être un mal nécessaire dans la parité. Il permet d’avancer mais n’est pas une solution ».

Dans l’immédiat, le grand public a rendez-vous le 25 novembre avec la journée mondiale de la lutte contre les violences faites aux femmes –grande Cause Nationale 2010. Début novembre, le CIDF, organisateur de l’événement local aux Docks des Suds présentera ses actions durant le mois dans les Bouches-du-Rhône. En attendant un monde meilleur.

CIDF Bouches-du-Rhône/Phocéen, 5 rue Moustier, 13001 Marseille, tél 04 96 11 07 99, site

L’association est aussi un centre Ressources en Genre PACA (information, documentation en mainstreaming de genre – approche intégrée de l’égalité entre les femmes et les hommes).

 



 

 

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