Articles

 

Burkina

28 septembre 2012

Soleil de plomb, chaleur écrasante. Cet été caniculaire en rappelle d’autres, lointains. Août opère une dilatation du temps et de l’espace. L’esprit s’égare dans un passé mouvant où les souvenirs reviennent, humides et chauds. Une piste sableuse, des espaces démeusurés, rampants sous le soleil. Des instants irréels de rencontres improbables, des sourires rayonnants… La route réapparait alors, vivante, là, dans ma mémoire. Elle poursuit son cours vers le Benin, où je l’avais laissée, deux ans plus tôt, aux portes du Burkina Faso, dernier pays avant celui de mon père et la fin du voyage.


 

Avant de reprendre la route, de petites précisions s’imposent, chers lecteurs. En effet, plus de deux ans se sont écoulés entre les premières parutions publiées dans la rubrique « un marseillais à la recherche de ses racines » et celle-ci. Cela ne tient pas du hasard. Il y a une raison, que je vous livre à l’instant avec mes plus plates excuses. À l’époque, après avoir quitté les Dogons sur la falaise de Bandiagara, commenca un long temps sans l’électricité qui dura quasiment jusqu’au départ de la ferme de mon père, et notre retour, toujours par la route, pour la France. Heureusement, un groupe électrogène est arrivé dans la famille pour éclairer les fêtes de Noël. Je pus retranscrire sur l’ordinateur des notes rédigées sur papier. Mon intention étant de mettre tout cela au propre et de les publier dès rentré. Hélas, dans le tourbillon que fût le retour, combiné aux diverses éxigences de la vie, le projet dût etre mis entre parenthèse. Mais au bout d’un moment, le temps qui s’écoule peu vite devenir un obstacle. Le doute germe, « cela à t-il encore un sens de publier après tant de mois d’interruption ? », avant de se résigner. Mais un sentiment dérangeant persiste. Quelque chose manque indéniablement. Quelque chose n’a pas été fait. Et un jour de septembre, après un été chaud et immobile, une proposition d’Ahmed, l’irremplacable directeur du journal, réveille le projet. Le passé, au présent se resoude. Le voyage peut reprendre. Mais je me dois de réitérer mes excuses à toutes celles et ceux qui ont suivi avec interêt ce périple et sont restés, bien malgré moi, en attente, deux ans, aux pieds de la falaise de Biandiagara.

JPEG - 104.9 ko

L’entrée au Burkina ne déroge pas au circuit habituel de passage de frontière. Présentation et enregistrements succesifs auprès des différentes administrations, Gendarmerie, Douanes, Armée et Police, chaucune située de part et d’autres de la route. Mais il règne, ici, une ambiance d’heure creuse d’un dimanche apres midi paisible et routinier. Au point que les jeux de boules de pétanques, soigneusement rangés aux cotés de rangers à l’entrée du bureau d’un jeune et jovial fonctionnaire de police, semblent murmurer d’impatience contenue.
Une fois les démarches effectuées, nous prennons la direction de la petite ville de Kantchari, à l’extrême est du pays. En roulant bien, nous devrions y être en deux nuits et trois jours. Nous allons, sur les conseils d’un oncle de ma compagne, à la rencontre d’une association de la Drôme, « les amis de kantchari », qui œuvre dans l’éducation et parraine un lycée d’enseignement général. Ma première réaction est plutot sceptique. L’expérience des associations en Afrique me laisse la plupart du temps un goût amer, à l’image de ces 4x4 rutilants d’ONG sillonnant les rues de Bamako, de leurs directeurs logés en hotel quatre étoiles, et de ces écoles privées tournées vers l’occident, pétries de bonnes intentions mais si peu à l’écoute des réalités des habitants, de leur culture et de leurs aspirations. Mais je decouvrirais vite, une fois sur place, que cette association se distingue de beaucoup d’autres, tant par son mode d’action que par le dévouement de ses membres.

D’emblée, le Burkina Faso, le pays des hommes intègres, en langue vernaculaire confirme sa réputation d’acceuil exemplaire et de douceur de vivre. Peu après la frontière, dans un petit maquis, (sorte de buvette, restaurant), un vieil homme, souffrant de cataracte, drappé dans un large boubou sombre, nous paye à boire pour saluer notre arrivée. C’est un ancien combattant de l’armée française qui a, entre autres, participé à la libération de la Provence lors de la dernière guerre. Vingt ans de service sous le drapeau tricolore ! À ses côtés, un adulte rigolard et bedonnant, sirotant une bouteille de bière grand format, doit l’emmener à l’hopital pour subir l’opération qui lui rendra la vue. Une moto chinoise « Jupiter », grise de poussière, les attend devand la terrasse. L’ambiance est chaleureuse, la bière fraiche. Le pays se distingue de son géant voisin, le Mali, par la quiétude de ses habitants. Partout, des petits bars au nom charmant : « dancing des amis », « la causette », « buvette l’endurance ». Des consommateurs toujours prets à engager la conversation, à prendre le temps de découvrir son voisin. Le temps est autre. Et le vélo ne doit pas y être étranger. Car, la bicyclette est le moyen de locomotion le plus rependu, et comme pour la Hollande, cette facon de se déplacer doit être pour beaucoup dans l’art de vivre. Le vélo est partout. Même à la television, les publicités vantant le cycle sont plus nombreuses que celles pour les voitures et les motos. Il en ressort des villes plus calmes, respirables où la cohue habituelle des grandes agglomerations africaines n’a pas cour. La place du vélo est telle que le pays partage avec la France une passion sportive inédite, le cyclisme. On peut voir sur les routes, des coureurs, en cuissard et Tshirt moulant, la tête dans le guidon, avaler avec acharnement, chaleur et kilomètres. En doublant deux sprinters coller l’arrière d’un camion filant à plus de cinquante kilomètres heure, je me dis qu’il y a peu avant de voir l’un d’entre eux remonter un jour les Champs Elysées…

Au premier bivouac, au bord d’un marigot, un paysan rentrant des champs, après avoir partagé notre thé, m’emène faire la connaissance de notre voisin pour la nuit, un crocodile timide qui plonge dans l’eau boueuse à notre approche. Si sa présence impressionne, il m’assure, par geste que nous n’avons rien à craindre de lui mais que la baignade reste déconseillée. Avant de s’en retourner à son village, l’homme fait un détour par la forêt et nous offre une belle plaque de miel fraichement recoltée à la torche. Du miel sauvage, épais et sombre aux arômes boisés. À la nuit tombée, deux adolescents nous rendent visite. Tous les adultes de la communauté voisine sont à la mosquée pour l’office du soir. Curieux, ils ont revêtu leurs beaux habits et bravé leur timidité pour pratiquer avec nous le français qu’ils apprennent à l’école. Leur façon de parler, très académique, riche, aux mots choisis et imagés, ferait la fierté des plus exigeants professeurs de l’hexagone. Au petit matin nous reprendrons la route pour Kantchari, mais pour l’heure nous glissons dans un sommeil paisible, heureux d’être au pays des hommes intègres, veillés par un crocodile timide que j’imagine nager dans les eaux calmes de la nuit.

JPEG - 115.5 ko

Après Fada Ngourma, nous laissons le ruban d’asphalte qui ouvre vers le Sud et la frontière d’avec le Bénin pour celui de l’Est, qui mène deux cents kilomètres plus loin, à la commune rurale de Kantchari. L’atmosphère change peu à peu au fil de la route. Les nombreux feux de brousse, malgré les panneaux rappelant leur interdiction, noircissent le paysage et donne à l’ensemble un air de désolation et d’abandon. Les habitations, rares, sont toutes semblables, de petites huttes en terre et toit de paille, serrées les une contre les autres comme les membres d’un clan. Pas de buvette au nom charmant, pas de couleurs vives. L’air est sec, la chaleur toute-puissante. On se sent loin, très loin de tout. Ici sévissent les redoutés « coupeurs de routes » qui détroussent à la kalashnikov les voyageurs. Nous roulons, les sens aux aguets, en s’interrogeant sur la ville que nous allons trouver au bout de la nationale.

JPEG - 110.1 ko

L’après-midi touche à sa fin quand nous arrivons à Kantchari et soudainement l’espace se repeuple, la vie humaine fleurie. La ville est essentiellement de terre ocre avec de petits bâtiments de brique, sans étage, aux toits de tôle ondulée. Une large route mène jusqu’à la gare routière, des bus rallinants le Niger et le centre du pays. Le lycée où nous nous rendons est situé un peu à l’extérieur, au bout d’une piste sableuse et linéaire. Dimanche se meurt doucement sur l’établissement désert. Nous nous présentons à un homme, en tenue de sport soignée, qui s’emploie, non sans élegance, mais avec énergie et méthode, à extraire de la terre de son jardin. C’est Monsieur le proviseur, friand d’œufs frais, denrée rare en cette région nous explique-t-il, qui s’aménage un petit poulailler. Notre arrivée tombe à point nommé, Monique et Pierre Bertaud, les membres fondateurs de l’association qui parraine l’établissement, arrivent de France en milieu de semaine. Bien que nous soyons de parfaits inconnus, il nous propose de les attendre ici, dans l’enceinte même du lycée, logés dans la bibliothèque, seule pièce à être raccordée à l’électricité. Une telle proposition ne s’accepte pas sans réticence. C’est un honneur rare, qui nous donne l’étrange sentiment d’être de haut fonctionnaires royaux en tournée d’inspection. Mais le proviseur, qui n’a manifestement pas l’habitude de voir ses décisions remises en question, insite. Il est vrai que dresser une tente, même petite, dans la cour d’un lycée n’est pas du meilleur effet. Nous aurons ainsi quelques jours pour faire connaissance avec l’établissement, le travail mené par l’association et la petite ville de Kantchari.

 

 

Autres articles Med’in France

 

Brèves Med’in France

  • Septembre 2015

     

    Un migrant somalien décide de rentrer chez lui en découvrant Tourcoing ! (C’est de l’humour)

    Il s’appelle Kévin* (nom modifié pour l’article), il a 27 ans. Il met en garde tous ses compatriotes qui veulent venir dans le Nord de la France, et en particulier à Tourcoing. Il s’est installé dans la cité tourquennoise il y a trois jours, aux abords du Parc Clémenceau. Il y a installé une petite hutte faite de toile et de quelques panneaux de bois récupérés aux alentours. « J’avais lu des brochures sur internet qui disaient que c’était une ville très jolie. Elle a quatre fleurs au classement des villes et villages fleuris, ça compte quand même » raconte Kévin, accroupi sur le sol. « Je voulais fuir la Somalie et je me suis dit : c’est là-bas qu’il faut aller ! Bah on s’est bien foutu de ma gueule.« (...)

     

  • Août 2015

     

    Coup de gueule du Président de l’ADRA

    Dans un communiqué de Presse, le Président de l’ADRA "Algériens des deux rives et leurs amis" M.Yougourthen Ayad, condamne l’article paru le 16 août dans le quotidien algérien El Shourouk et qui qualifie les algériens issus de l’immigration d’irrespectueux envers les lois leur pays d’origine. Ayad Yougourthen Président de l’ADRA Cet article haineux publié par le quotidien "Echourouk" et qui généralise d’une manière légère le comportement des visiteurs algériens est inadmissible. La communauté nationale établie à l’étranger voue un amour sans condition pour son pays d’origine. Ceci n’est absolument plus à prouver et ce n’est pas une presse diffamatoire, donneuse de leçons en patriotisme qui peut s’octroyer (...)

     

  • Juillet 2015

     

    La Fête de l’AÏD Al-FITR est fixée pour vendredi

    Selon le site de la Grande mosquée de Paris Ce jeudi 16 juillet 2015 – correspondant au 29 Ramadhan de l’année 1436/H, « Nuit du Doute », réunie à la Grande Mosquée de Paris, la Commission théologique de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris présidée par son Recteur, le Docteur Dalil Boubakeur, en présence d’imams, de personnalités musulmanes, de responsables associatifs de mosquées et des membres du Bureau exécutif du Conseil français du culte musulman (CFCM), informe les musulmans de France que : La Fête de l’AÏD Al-FITR est fixée au Vendredi 1er CHAWWAL 1436 de l’Hégire, correspondant au VENDREDI 17 JUILLET 2015. Pour cette occasion l’équipe de Med in Marseille présente ses voeux à la communauté (...)

     

  • Juillet 2015

     

    Vas-y Marion, c’est Bon

    Dans la chaleur de l’été la belle Marion Maréchal nous voilà Le Pen a lancé mais pas trop fort sa campagne des régionales. Elle a fait cela en territoire blanc en évitant les réserves aux autochtones halés qui peut-être n’auraient pas aimé son discours inaugural. Elle a parlé du Pontet, personne ne sais où cela se trouve, elle peut y cultiver son côté maquisarde, ici Marion, les français parlent aux français, ta gueule Mohamed. Parce que la walkyrie est vache et pas qui rit. A côté son grand-père est un gauchiste pur jus d’orange, le Pontet étant pas loin de là, il y a soixante dix ans elle aurait pu être souris grise, la jolie gretchen, une charlotte Martel sans peur et sans reproche pataugeant dans de la (...)

     

  • Juillet 2015

     

    Une larme dans le pastis

    Le grand Charles s’en est allé. Pas le général s’est fait depuis longtemps, mais le Pasqua, le SAC à affaires des Hauts de Seine, celui que grugea le jeune Sarkozy en lui fauchant la mairie de Neuilly. Le terrorisateur des terroristes, l’exterminateur d’Oussekine. Même le président y est allé de sa pleurniche protocolaire comme Vals d’ailleurs. Enfin messieurs un peu de retenue. Ce grand Charles là n’était pas avec le FN l’adepte du ni-ni mais plutôt du oui-oui. Après des années de barbouzeries au service du gaulois où il s’occupa de l’OAS, puis des communistes de toutes obédiences enfin du racket, d’extorsions de fonds, et d’attaques à main armée. Il quitta prudemment le SAC de peur s’y retrouver enfermé en (...)

     

  • Juin 2015

     

    Youpi ! C’est la reprise

    1,2% l’Insee dit Youpi ! C’est la reprise. Hollande c’est maintenant....maintenant...enfin il a Gayet...! Gagné je veux dire au débarquement. Et les ménages consomment.... du Nutella. Pour boucler la boucle, les armes à feu sont toujours en libre circulation ?! "Ça tue !" dit Obalbasse (Obama). "Ah bon ?!" Répondent en cœur les Yankees. Sarko le reconnaît : "C’est une grosse fuite d’eau" les migrants....Moi je dis c’est pour compenser la grosse fuite de pétrole...demandez par exemple à Total et de matières premières...demandez à Areva. C’est pour compenser l’APD liée....C’est pour compenser ce que perdent ces territoires...je n’ai pas dit pays....ces territoires STRATEGIQUES de la France. Allez ! Prenez leur (...)

     

  • Juin 2015

     

    Pierre Stambul co-président de l’Union Juive Française pour la paix réveillé à 1h30 par le Raid

    Le RAID essaie de tuer RAID les opposants au sionisme ou comment le co-président de l’Union Juive Française pour la Paix finit en slip capturé par notre unité d’élite comme un terroriste retranché et armé tout cela dans le quartier difficile du Bd d’Haïfa dans le 8ème arrondissement de Marseille. Voilà comment s’est retrouvé un pionnier de la lutte pour le boycott des produits israéliens à 1h30 ce matin, payant sa solidarité avec le peuple palestinien. Pierre Stambul, professeur de son métier, homme de paix et de dialogue est-il la nouvelle victime de l’activiste Grégory Chelli, alias Ulcan, mercenaire farceur peut-être à la solde du Mossad ou de quelques officines peut catholiques qui joue au zorro pour (...)

     

  • Septembre 2014

     

    Traque aux chômeurs par François Rebsamen : la solution pour faire baisser le chômage vue par le gouvernement !

    Le ministre du travail François Rebsamen vient d’inventer une solution pour faire baisser le chômage. ! Eliminez les faux chômeurs…. C’est beaucoup plus facile que de faire baisser le chômage. Ce matin, mardi 3 septembre 2013 sur Itélé, il déclare : « En France, 350 000 emplois ne trouvent pas preneurs ». Et poursuit : « Je demande à Pôle Emploi de renforcer les contrôles pour être sûr que les gens cherchent bien un emploi », Et si ce n’est pas le cas, « il faut qu’il y ait, à un moment, une sanction », « c’est négatif, pour ceux qui recherchent des emplois, d’être à côté de personnes qui ne cherchent pas d’emploi ». Cette mission de contrôle nécessite un « état d’esprit différent, des convocations et des (...)

     

  • Mai 2014

     

    La rentrée scolaire est prévue pour le 2 Septembre 2014

    Le ministre de l’Education, Benoît Hamon, a précisé ce vendredi le calendrier de la prochaine rentrée scolaire. Les élèves ne débuteront pas leur année le 1er septembre mais le mardi 2 septembre. Ce qui évitera aux enseignants de faire leur pré-rentrée en fin août.

     

  • Avril 2014

     

    Lettre ouverte à mon collègue Manuel Valls par Fréderique Dutoit

    Cher Manuel, Tu nous refais le coup de la dette publique. Mais saches qu’« Une rengaine, c’est un air qui commence par vous entrer par une oreille et qui finit par vous sortir par les yeux », Raymond DEVOS. Tu nous dis que « Nous ne pouvons pas vivre au-dessus de nos moyens. Il faut casser la logique de la dette qui nous lie les mains ». Et tu veux réduire celle-ci de 50 milliards par des économies d’ici 2017 en diminuant les dépenses de 18 milliards pour l’Etat, 11 milliards pour les collectivités locales et 21 milliards pour la protection sociale dont 10 milliards d’euros sur les dépenses de l’assurance-maladie et 11 milliards sur la gestion du système social. Conséquences, presque toutes les (...)

     

Articles récents

Articles au hasard