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Bienvenue à Salvador de Bahia #5

20 juin 2014 - Dernier ajout 25 juin 2014

Me voici depuis quelques jours à Salvador de Bahia. Arrivé apres un vol assez court, j’ai joué au touriste nanti et réservé un taxi dans l’aéroport. Je ne connaissais pas du tout cette ville, bien plus grande que Recife, et qui occupe le troisième rang, par la taille, au Brésil. Ce que j’en savais n’engageait pas à la confiance. Tous ceux qui m’en avaient parlé n’avait que deux mots à la bouche : « muito perigoso » très dangereux…


 

La nuit tombe, je n’ai aucune idée du lieu où se trouve l’auberge de Mestre Lua rasta, chez qui j’ai prévu de descendre. Le chauffeur de taxi m’apprend que le quartier est interdit au véhicule car exclusivement piéton et qu’il ne pourra pas me déposer devant la pousada (auberge). Puis Il agite sa main droite en claquant des doigts et me lance : « muito perigoso » ! Je soupire en regardant le soir tomber derrière la vitre tintée du taxi. Je vais devoir déambuler avec mes sacs à dos et ma guitare, de nuit, dans un quartier aux ruelles étroites, au milieu de drogués dégénérés par le manque, la faim attisée par la vue d’un touriste tout frais, chargé de promesses. Un père Noël égaré dans les travées d’un orphelinat du XIXe siècle une nuit du 24 décembre…
Je n’ai pas pu joindre Mestre Lua avant de partir, mais j’avais noté son numéro de téléphone. Le chauffeur le voit sur mon carnet (où j’avais également écrit son adresse au cas où mon accent aurait rendu impossible la localisation), et décide de l’appeler pour en savoir plus. Le premier numéro ne répond pas… Quant au second, bonne nouvelle : l’auberge se situe au bord du Pelorihno ! Le taxi peut alors me déposer juste devant la porte où m’accueille une ravissante et pétillante jeune femme. C’est la fille du propriétaire, absent pour le moment car en voyage avec sa femme en Afrique de l’Ouest. Je suis seul dans l’auberge. C’est la basse saison, personne n’est attendu avant un bon moment, « a casa et minha casa ! »

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Rue du Pelorinho

Il y a ici, une heure de décalage avec Recife et une poignée de degrés en moins. J’ai quitté l’été pour l’automne ! Le ciel postillonne un crachin gras tous les matins et le vent qui se lève par rafale ne parvient pas à chasser radicalement l’épaisse couche nuageuse qui flotte sur la ville.

Bahia est une ville étrange qui ne répond aucunement à l’idée que je m’en faisais d’elle.
Tout d’abord c’est une mégapole. Ensuite, le Pelorihno, quartier le plus ancien de la ville, classé patrimoine mondial de l’humanité, est à Salvador ce que Montmartre est à Paris. Juché sur une colline, c’est LE quartier des Artistes. Mais bien avant cela c’est LA capitale de la Culture Noire. Cette dernière règne en Reine toute-puissante sur les rues aux maisons colorées, sur le vent qui s’y engouffre et sur les pavés disjoints aux arrêtes saillantes, conçus à l’époque pour éviter la fuite des esclaves qui s’en allaient pieds nus. Je ne sais pas s’il existe au monde un endroit de cette taille autant dévoué à la cause de la culture Afro ! Il est palpable, ici, O combien a été longue et acharnée la lutte pour être libre et reconnu. La bataille n’est certes pas encore terminée, mais, là, sur cette colline dominant la ville, la Culture Noire savoure à pleines papilles la joie intense d’être enfin considérée, il en transpire même une fierté non feinte. Revanche de l’histoire, ce quartier aujourd’hui phare culturel, doit son nom au grand mât de bois sur lequel étaient attachés les esclaves pour y êtres fouettés et torturés.
Une multitude d’associations sont installées dans le quartier, travaillant sur tous les sujets possibles, culture, musiques, insertions, éducation… Jusqu’à l’association « gay de Bahia » qui ne craint pas d’afficher fièrement son ruban rouge. La plus puissante, et aussi la plus ancienne, est la fameuse « Associacao de Olodum ». Fer de lance de la lutte pour la reconnaissance de la « Négritude », active depuis les années 70 elle est incontournable aujourd’hui.
Tous les arts sont représentés ici, peinture, théâtre, cinéma, capoeira, musique… Et percussions ! Dès les premières heures de la matinée, les rythmes déferlent des fenêtres des Académies pour inonder les rues, sans relâche jusque tard dans la nuit où les concerts prennent le relais des cours de la journée. Des rythmes, encore des rythmes, toujours du rythme !

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Rue du Pelorinho lever du soleil

Mais, il y a toujours un mais, si Bahia est la ville la plus africaine du Brésil ce n’est pas que dans sa culture et dans sa couleur de peau.
Elle l’est aussi dans sa misère. Ici plus qu’ailleurs elle crie ouvertement famine. Ce n’est pas tant qu’elle y est plus rependue, les favelas qui fleurissent dans tout le pays en témoignent. Mais le flux des visiteurs étrangers, friands de culture, de folklore, d’histoire et d’authenticité, draine forcément toute une armée de miséreux. Alors le contraste entre des rues joliment rénovées, patiemment entretenues, des restaurants et boutiques pour touristes à des prix prohibitifs, le tout baignant dans une fine atmosphère culturelle et les êtres en haillons quémandant un real pour manger ou boire un verre, est saisissant. D’autant que la plupart des mendiants n’ont pas 15 ans… La nuit, ils sont nombreux à dormir à même le trottoir, parfois glissés dans un gros sac en plastique en guise de duvet. Ils font peur, bien sûr, particulièrement quand ils louchent sur la jolie montre en métal autour du poignet, ou le gros appareil photo pendant autours du coup. Difficile, pour un touriste, de se fondre dans la masse et donc d’échapper aux sollicitations de toutes sortes. C’est aussi l’Afrique et ça surprend. En revanche, les mendiants ne semblent pas se faire pourchasser par les commerçants ni trop violentés par la police. Je n’ai pas noté de mépris particulier envers eux, ce qui est tout à l’honneur du quartier.

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Bahia vue mer

En arrivant je pensais repartir aussitôt. Les marées de touristes, déferlant des bateaux de croisière géants ancrés pour quelques heures dans le port, me masquaient l’authenticité de cette ville mythique. Mais c’était sans compter que c’est avec le temps, que les choses se dévoilent, lentement.

- Carnet de voyage au Brésil de Gaël Assouma :

- Nuit de fête au Brésil

- NOUVELLES d’un voyage au BRESIL

- Récife, premiers pas, premiers contacts.

- Le pays de la canne.

- ZUMBI

 

 

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