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Biennale de l’immigration : la région plonge dans sa mémoire

10 septembre 2011 - Dernier ajout 12 septembre 2011

Terre de migrations, l’histoire de la Provence ne peut se dissocier de celle de ces populations venues de divers horizons. Afin de se remémorer les évènements phare de ce passé, la région accueille jusque décembre prochain, la première biennale régionale sur l’histoire de l’immigration, initiée par le Réseau pour l’Histoire et la Mémoire des Immigrations et des Territoires (RHMIT), en collaboration avec la Direction régionale de la jeunesse des sports et de la cohésion sociale (DR JSCS) et les Archives des Bouches-du-Rhône. 65 manifestations se dérouleront d’ici la fin de l’année dans 19 villes de PACA. A travers cette initiative, le réseau entend faire connaître la richesse des parcours migratoires qui ont façonné l’histoire et le patrimoine de notre région et forgé les mémoires.


 

De très longue date, à commencer par le VIe siècle avant JC, l’histoire de la région s’est imbriquée avec celle des migrations. Le brassage des populations constitue un élément fondamental de cette histoire. Un lien que le RHMIT compte bien raviver et honorer durant cette première biennale, intitulée « Mémoire en chantier ». Une mémoire constamment en construction et qui ne cesse de s’étoffer au fur et à mesure de l’arrivée de nouvelles vagues d’immigrants, poussés au gré du vent vers les rivages de la Méditerranée. Retour sur l’apparition des processus d’immigration et d’intégration, analyse de la dimension régionale de ces mouvements, réflexion sur les territoires, « la biennale entend faire connaître et reconnaître au grand public la diversité des parcours de cette population, dans une optique de cohésion sociale », souligne Jean Chappellet directeur régional de la Jeunesse et des sports.

A travers des manifestations culturelles et des journées de débat sur diverses thématiques, la biennale doit favoriser les échanges et « valoriser les réflexions qui participent à la reconnaissance des immigrations et des territoires comme partie intégrante de l’histoire ». Un travail qui ne peut se faire aujourd’hui qu’avec le concours des associations, note Yvan Gastaut, historien à l’université de Nice : « Aujourd’hui, quand on fait l’histoire de l’immigration, on regarde de plus en plus le corps social et ses composantes et on s’en inspire. On ne peut plus faire l’histoire de l’immigration en ignorant ce qui se fait dans les associations. Elles nous apportent matière et axes de réflexion au même titre que les fonds d’archives ». Des paroles confirmées par Samia Chabani de l’association Ancrage, qui rappelle également l’importance de donner une visibilité aux actions entreprises par ces associations qui œuvrent toute l’année pour une meilleure connaissance de cette histoire.

Faire émerger la diversité des parcours

« En deux siècles, les migrations ont pris une telle ampleur dans la région qu’elles font partie intégrante des réalités économiques sociales et culturelles de ce territoire aux multiples facettes », met en avant Yvan Gastaut. « A travers la biennale, on veut faire émerger ces réalités », ajoute Ramzi Tadros de l’association Approches, Cultures et Territoires. Expositions, spectacles, conférences, la biennale se veut un instrument pour mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui. Un travail réalisé en s’appuyant sur les archives de la région.

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Cette mémoire, les associations tentent aussi de la restituer aux populations migrantes. « Avant, ce travail de captage, de prise de témoignage, était souvent perçu comme un pillage », fait remarquer Ramzi Tadros. « Aujourd’hui, on essaie de transmettre des savoirs sur les migrations, mais aussi de se mobiliser pour une restitution citoyenne, à travers des balades urbaines ou patrimoniales », ajoute Samia Chabani.

Une histoire récente mise de côté

Les harkis, la construction navale à Port-de-bouc, l’arrivée des immigrés à la Seyne-sur-Mer, la notion de réfugié, la biennale balaye de multiples thèmes gravitant autour de l’immigration et fait référence à des épisodes plus ou moins connus, comme le rappelle Ramzi Tadros : « On a par exemple une exposition autour des travailleurs indochinois contraints de venir travailler en France et à qui ont doit l’émergence des rizières de Camargue ». Immigration italienne, puis installation de populations venues des rives sud de la Méditerranée, afin d’assurer le développement économique local, puis arrivée d’ Indochinois, de migrants d’Afrique subsaharienne, de Grecs ou de Scandinaves, pour Jean Chappellet, « toutes les franges de la population doivent reconnaître l’apport de ces vagues d’immigration successives ».

Des vagues d’immigration en perpétuel mouvement et renouveau, difficile alors de ne pas interroger aussi l’histoire plus récente des migrations chinoise, bulgare, roumaine ou comorienne qu’on regrettera de ne pas trouver parmi cette biennale. « Cette immigration récente n’a pas encore fait l’objet d’études de terrain, les associations n’ont pas encore fait émerger leur parole, il est plus facile de travailler sur une population qui a une histoire, un ancrage dans la ville », répond le directeur régional. Processus en devenir, la mémoire commune de la région ne semble en tout cas pas prête de flancher, au regard de ces nouvelles arrivées qui façonnent à chaque fois un peu plus le visage de la région. Un phénomène qui offre à la biennale de nombreuses autres matières à réflexion, dans les années à venir.

 

 

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