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Berthet, l’art de buller pour avancer

2 mars 2011

A 34 ans, Berthet est dessinateur, illustrateur et auteur de BD. Originaire de la cité des 4000 à la Courneuve, il a mis du temps à exploiter son coup de crayon et c’est finalement en prison qu’il lui laissera libre cours. Après quatre ans de détention, il sort début 2010 le crayon affuté et des idées plein la tête. Il enchaîne alors expos, projets artistiques et débats avec les jeunes des quartiers pour évoquer son parcours. A l’occasion du festival « banlieusards et alors ? », rencontre avec un mec qui ne bulle pas tant que ça.


 

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Dans le cadre du festival « Banlieusards et alors ? » organisé par l’association « Culture de Banlieue », Berthet était à Saint Denis pour une rencontre avec des collégiens de Saint-Denis et de la Courneuve. Il était accompagné de l’écrivain Rachid Santaki (« les anges s’habillent en caillera »), de Tall Moussa, le concepteur de la nouvelle street-drink Doz et d’Aurélie Lumon, journaliste et animatrice radio à génération Fm. L’idée de ce petit collectif ? Proposer aux jeunes des quartiers d’autres modèles que les sempiternels rap et foot. « Proposer un modèle, c’est un bien grand mot. Je ne me considère pas comme un modèle, je me suis construit et j’ai appris de mes expériences, bonnes ou mauvaises » explique l’artiste. Mais il était important pour lui de partager avec ces jeunes son parcours. « Je reviens de loin. Si j’avais dû parier sur mon avenir, jamais je n’aurai pu imaginer que je me retrouverai là, face à des mômes, à leur parler d’éducation, de passion, de rêve, de choix de vie ». Car Berthet célèbre tout juste sa première année de liberté après 4 ans de détention pour braquage. « Je suis venu leur dire qu’il ne faut rien lâcher et s’accrocher à sa passion. Même et surtout dans les pires moments, comme moi, en prison. Leur dire que tout est possible, à condition de bosser pour ». Gamin, Berthet a déjà un bon coup de crayon, mais il ne l’exploite pas. « Fallait pas être rêveur. L’artiste, c’était pas vraiment l’exemple dominant de réussite autour de moi. Alors très vite, j’ai pris une autre voix. Celle de l’argent facile, si on peut parler de facile quand ça te coûte quatre ans de ta vie » lance-t-il, grinçant.

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L’Evasion

En juin 2011 sortira le premier album BD de Berthet, « L’évasion », aux éditions Indeez. Une sorte d’auto-portrait en noir et blanc, au cœur de l’univers carcéral. Un thème dur, mais baignant dans un fluide glacial d’humour et adouci par la tendresse du personnage. Les planches ont été dessinées à 90% en prison. « Mais je me suis réservé les 10 dernières pages pour la sortie, histoire de clôturer le parcours, de boucler la boucle » explique le dessinateur, qui a produit plus de 500 dessins en deux ans derrière les barreaux. « A la base, c’était vraiment un exutoire. Un moyen de m’évader, de passer à autre chose, j’étais ailleurs », se souvient Berthet. Matons, infirmières, co-détenus, il s’inspire de ce qui l’entoure, de ce qu’il vit au quotidien entre les murs de sa cellule.

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Le séjour en prison

Berthet rentre en prison pour braquage en 2002. Il prend 8 mois. « Je n’avais pas été pris en flagrant délit et je n’ai jamais assumé mes actes. J’avais 25 ans, je me foutais de tout, j’avais pas compris le sens de tout ça. Je suis sorti, j’ai recommencé », lance-t-il. Cette fois, c’est le flagrant délit. En 2006, il prend 4 ans. « A la trentaine, ça a tourné dans ma tête, je me suis dit que j’allais pas faire des conneries toute ma vie. J’ai décidé de sortir de ce trou en ayant avancé. En ayant fait quelque chose de mon temps », se souvient l’artiste. A sa sortie, Berthet a son Bac et un BTS en poche. « En prison, j’ai suivi plein d’ateliers d’écriture, de poésie, de dessin. J’ai redécouvert que je savais dessiner, je l’avais bien enfoui. Dans mon quartier, c’étaient plutôt mes conneries qui me valorisaient » déplore-t-il. Au fil des ateliers, il finit par se faire remarquer et expose ses planches en 2006 à Issy-les-Moulineaux dans le cadre de l’exposition « talents cachés ». Les réactions sont bonnes, l’expérience est renouvelée trois fois de suite. Il vend même. Faire sortir des dessins sur la prison de la prison, un exploit ? « C’est vrai que c’est inhabituel. Mais la dose d’humour a surement aidé, également peut-être un certain flou entre fiction et réalité. Et puis je n’ai pas sorti direct ma planche sur le suicide. J’y ai été crescendo » explique Berthet. Une reconnaissance et des ventes qui l’aident à croire en lui-même et à mieux vivre son séjour en prison aussi. « En taule, j’avais un fort soutien des détenus. Même les mecs les plus durs kiffaient ce que je faisais, me demandaient de les dessiner, de leur créer un personnage dans l’histoire. Et puis aux yeux des surveillants aussi, le dessin m’humanisait vachement. Ça m’a beaucoup aidé » analyse le dessinateur.

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La consécration

La cerise sur le gâteau a été le prix « Transmuraille » du festival de BD d’Angoulême. Berthet est alors choisi par un jury de pros « lauréat 2009 », alors qu’il est toujours en prison. « c’est là que le défilé des éditeurs a commencé. Ils venaient me voir en prison. Au début, tu sais pas comment réagir, alors j’ai tout de suite voulu m’entourer des bonnes personnes., j’ai pris un manager direct, celui du rappeur Sefyu » se souvient le dessinateur. Il sort de prison le 2 février 2010, ses planches sous le bras. Au mois d’octobre, il les expose à Wild Stylerz Gallery au Faubourg St Honoré, rassemblés sous le titre « un goût de liberthet ». Un beau bout de chemin parcouru depuis les murs des 4000, les conneries et les barreaux. A 33 ans, Berthet se paie une exposition perso à deux pas des Champs Elysées. TF1 lui met le grappin dessus, bientôt suivis par la déferlante médiatique habituelle. Pour lui, c’est parti.

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Les aventures d’Abigaelle

« L’évasion » est aussi pour Berthet un moyen de tourner la page, et de ranger le tome « prison » sur l’étagère. De passer à autre chose. Et son petit trésor du moment, c’est Abigaelle. « C’est mon schtroumph, c’est mon tintin » lance-t-il en riant. S’il a grandi à la cité des 4000 à la Courneuve, Berthet ne veux pas focaliser le récit sur un lieu identifié. Ses dessins plantent le décor d’une banlieue comme une autre, à vocation universelle. « En lisant les aventure d’Abigaelle, des jeunes du 77, du 93, du 91 peuvent se dire « c’est chez moi ». Et surtout, je dessine aussi pour ceux qui ne connaissent pas la banlieue », explique l’auteur. Car c’est un peu aussi la situation de départ d’Abigaelle, une petite nana qui vient de la campagne, qui débarque à Paris pour aller à la fac et qui se retrouve à vivre en banlieue. « Elle arrive là avec beaucoup de préjugés en tête et elle découvre une réalité plus complexe que ce qu’elle croyait. Ses amies s’appellent Nadia et Fatou, elles sont super mignonnes –à la différence d’Abigaelle- et s’assument en tant que jeunes femmes du quartier », détaille-t-il. En prenant ce personnage étonnant, Berthet évite le poncif du mec de banlieue à capuche, qui tient le mur et qui deale. « Je voulais dessiner la banlieue, mais pas à travers les yeux d’un wesh-wesh. Là c’est une nana qui tient les rênes, et qui découvre le quotidien de banlieue avec son caractère bien trempé et sa gueule de ouf », s’amuse l’auteur, avant de terminer : « Abigaelle me permet aussi de faire un lien entre monde rural et banlieue, c’est quelque chose à creuser. le monde rural accuse lui aussi beaucoup de clichés médiatiques, qui sont ancrés dans les mentalités ».

En attendant la sortie de « l’Evasion » en juin et des aventures d’Abigaelle à la fin de l’année, Berthet expose ses dessins sur le thème de la prison à la galerie 3F, Place des Abbesses. Une pépite à découvrir…

 



 

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