Articles

Accueil > Actualités > Baumettes : des détenus initiés à l’expression visuelle

 

Baumettes : des détenus initiés à l’expression visuelle

27 octobre 2011

Depuis deux ans, Pierre, membre de l’association Lieux Fictifs, dispense des ateliers audiovisuels à la prison des Baumettes, à Marseille. Avec lui, les détenus s’initient à l’image, apprennent à filmer, écrire, monter pour le canal interne de la prison. A la clef, des reportages sur les problématiques carcérales diffusés en interne. Une façon de former des détenus à la caméra et surtout à l’image pour prendre des distances avec la télévision qui est le seul reflet de la société en milieu carcéral.


 

JPEG - 14.3 ko

Fondé en 1984, par Caroline Cacavalle et Joseph Césarini, deux réalisateurs indépendants, Lieux Fictifs, a, dès le début, crée un atelier vidéo dans la prison des Baumettes. Puis, au fil du temps, la réflexion des deux artistes sur la télévision en prison les a amenés à monter une véritable chaîne "Télé Vidéo Baumettes" » sur le canal interne de l’établissement pénitentiaire. En 1989, ils rencontrent le cinéaste Renaud Victor et deviennent ses assistants sur le tournage d’un film documentaire « De jour comme de nuit », tourné en détention. Aujourd’hui c’est Pierre qui anime l’un des ateliers audiovisuels pour l’association, sous forme d’un « atelier de formation et d’expression visuelle et sonore », une dizaine de jours par mois. Avec lui, huit détenus s’initient, sur 6 mois, à l’image sous toutes ses formes qui vont de l’écriture au tournage.

Premier volet de ses interventions : la programmation et la réalisation d’émission d’information interne sur le Canal interne, la chaîne interne aux Baumettes, qui présentent des sujets sur des problématiques carcérales. « J’encadre les groupes de personnes détenus avec lesquelles on travaille. Je les forme à la réalisation d’une émission, c’est-à-dire de l’écriture au montage pour des sujets qui sont ensuite diffusés au reste de la population carcérale ». Pierre précise : « On a deux sessions de formation par an, de mars à juillet. De septembre à décembre, c’est sur la base du volontariat. On organise des recrutements, ca nous ne disposons que de 8 places, or ils sont quasiment 2000 aujourd’hui aux Baumettes ». Le critère principal pour le choix des participants est « L’hétérogénéité du groupe, en terme d’âge, de parcours de vie, de nationalité, c’est important qu’il y ait différentes influences qui puissent former un groupe, nous avons à la fois des prévenus et des condamnés ». Le passé des détenus n’intervient pas dans leur décision : « Comme les associations qui interviennent en prison, nous sommes indifférents au passé pénal et nous ne connaissons pas forcément les affaires de personnes en face de nous. C’est assez général par rapport aux personnes qui interviennent en prison. Car le détenu est déjà souvent ramené à sa condamnation, or il n’est pas que cela, certains dans la vie civile avaient un métier au même titre que tout le monde. L’idée est peut-être de ne pas refermer. » analyse l’intervenant de l’association

JPEG - 11.9 ko

Préparation à la sortie de prison

Une première partie théorique est un préalable pour expérimenter les différentes étapes d’une production audiovisuelle. « On leur apprend le maniement de la caméra, la lumière, la construction d’un cadre ». Puis, la partie pratique, la plus longue, consiste à « connaître l’outil technique certes, mais aussi de pouvoir l’adapter à différentes situations ».

Exemple de création : une émission sur la préparation à la sortie de prison que Pierre échafaude en ce moment avec les détenus. « On a réfléchi ensemble aux différentes thématiques à aborder, puis on décide des intervenants à inviter pour les interviews. Il y a un travail d’écriture type reportage qui est mis en place. Ensuite on invite les personnes ; en général des intervenants intérieurs, comme par exemple l’intervenant du pôle emploi. Les détenus filment eux-mêmes les entretiens, posent des questions, prennent le son. » Pour finir, ils montent les rushes. » Entre deux entretiens, les détenus s’initient aussi à des saynètes de fictions qui viendront ponctuer et introduire les reportages. Ils se mettent alors en scène.

Education à l’image

Second volet de la formation, l’éducation à l’image qui est tout aussi capitale pour Pierre. Il s’en explique : « La place de la télévision en prison est immense. Le reflet de la société extérieure passe par la télévision dans ce lieu clos. A mon avis, Il est important de donner quelques clefs de compréhension de la construction des images » Et d’insister sur « la mise à distance de l’image » : « Expliquer comment on compose un cadre, pourquoi on place telle personne plutôt à droite ou plutôt à gauche avec quelques notions de cinéma comme le point de vue, les valeurs de plans…Faire comprendre comment le cinéma, l’audiovisuel est un prisme, un outil et non une fin en soi, un outil qui permet de parler de quelque chose de manière différente selon la façon dont on l’utilise. Tout ceci permet aux détenus d’avoir une certaine mise à distance. J’essaie d’arriver à les mettre plus dans une position de spectateurs actifs. J’interroge aussi pourquoi on me montre telle chose et pourquoi on me le montre de cette manière »

Des détenus jury du Festival du documentaire

En aval de cette action, une quarantaine de détenus ont pu participer, de leur lieu de détention, au Festival de documentaire de Marseille (FIDmarseille) en juin dernier. Plus encore ; ils ont eu la possibilité de visionner, lors d’une véritable projection cinéma organisée dans la salle polyvalente de la prison, huit films en compétition. A la clef : ils ont même décerné un prix très officiel, le Prix Renaud Victor du Festival, au film « Les trois disparitions De Soad Hosni » de Rania Stephan, un documentaire sur l’une des plus grandes stars égyptiennes du grand écran. Traités en véritables jurys, les détenus ont reçu la visite de 5 réalisateurs venus présenter leur film. Jean-Pierre Rehm, le délégué général du Festival a même fait le déplacement ; ce « qui a renforcé la notoriété du prix », explique Pierre

JPEG - 10.3 ko

Cette projection avec le FID, grande première l’an dernier, où les détenus ont pu se familiariser avec un cinéma différent qui est rarement diffusé et qu’ils n’ont pas l’habitude de voir a fait l’objet d’une lente préparation. Elle couronnait le volet « Education à l’image » que proposait Pierre toute l’année. L’idée de ces ateliers est en effet, de leur donner une formation qualifiante certes, mais aussi d’insuffler « une véritable pédagogie de l’image ».

Interrogé sur les difficultés de travailler avec ce type de public, Pierre estime qu’il est nécessaire « De trouver un bon équilibre entre le travail qu’on mène en détention, ce pourquoi on se rend dans ce lieu là et d’arriver à être concentré là-dessus, sans oublier la particularité du lieu dans lequel on évolue. On n’est pas dans un collège, dans un lycée ou dans un atelier à l’extérieur. Il faut arriver à sentir jusqu’où on peut aller. Une personne avec laquelle on a très bien travaillé le lundi, peut arriver le lendemain assez mal, parce qu’un parloir s’est mal passé par exemple. Il faut parvenir à la concentrer à nouveau sur le travail, tout en prenant en compte ces difficultés-là. »

Mais les bienfaits pour les stagiaires en prison sont nombreux. « Les détenus me disent souvent, lorsqu’ils suivent la formation que cela leur permet de se lever le matin avec un but. C’est comme aller au travail » explique Pierre « La prison c’est du temps pour les détenus, et ce temps il est toujours plus intéressant d’en faire quelque chose. C’est bien de donner la possibilité aux gens de d’aller vers autre chose, et par le biais d’une activité créatrice de pouvoir peut-être se ré-envisager » .

Côté débouché pour les détenus, Pierre ne leur fait rien miroiter. « Même si quelques-uns voudraient bien continuer à l’extérieur, je leur rappelle qu’il faut toujours être conscient de la difficulté d’évoluer dans ce métier- là. » Cependant, certains détenus, après cette formation, ont pu travailler dans l’audiovisuel, notamment pour une compagnie de théâtre. Un ancien détenu a même rejoint l’association.

 



 

 

Autres articles Actualités

 

Brèves Actualités

  • 17 octobre

     

    La ville de Marseille a voté un plan à 1 milliard d’euros de reconstruction des écoles, par des partenariat public-privé

    Un plan massif, à un milliard d’euros, pour reconstruire les écoles de Marseille Régulièrement épinglée pour le délabrement de certaines écoles publiques, la ville de Marseille a voté lundi un plan massif de reconstruction d’un montant d’un milliard d’euros, via des partenariats public-privé (PPP) contestés par l’opposition. "Le projet que nous nous apprêtons à lancer est considérable, c’est un véritable plan Marshall qui n’a aucun équivalent ni dans l’histoire de la ville de Marseille ni dans aucune autre ville", a vanté le maire (LR) Jean-Claude Gaudin, devant le conseil municipal. Le plan prévoit la destruction de 31 établissements obsolètes des années 1960, et leur remplacement par 28 nouvelles écoles, (...)

     

  • 16 octobre

     

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité à Marseille lance une pétition

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité lance une pétition en ligne, avec une lettre ouverte à Jean-Claude Gaudin " Nous nous sommes mobilisés pour vous apporter les preuves de ce triste constat à travers le Livre Noir de Marseille : Etat des lieux de chaque quartier de la cité. Vous y observerez les rats que côtoient les usagers chaque jour. Ils s’attaquent aux câbles des voitures et pénètrent chez nous. Leurs cadavres trainent dans les rues et dans les parcs….Leur prolifération est vectrice de maladie comme la leptospirose…La gale et la teigne sont revenues dans nos parcs et nos écoles !" (...)

     

  • 9 octobre

     

    Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry, lundi 9 oct

    Lundi 9 octobre 2017 Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry Pour la troisième journée consécutive les personnels ont décidé d’exercer leur droit de retrait, les conditions de sécurité n’étant toujours pas assurées, ni pour nos élèves, ni pour nous. Dans un communiqué, les professeurs et personnels, leurs sections syndicales, FSU, CGT, FO, SUD, CFDT précisent :"Vendredi, la direction académique a dit réfléchir à la possibilité d’affecter à l’année 4 ou 5 AED supplémentaires sur notre lycée pour la vie scolaire. Il y a urgence ! Nos élèves doivent pouvoir reprendre les cours au plus vite, dans des conditions de sécurité restaurées. Il nous est insupportable d’être une nouvelle fois (...)

     

  • 6 octobre

     

    Lycée Saint exupéry, les enseignants font valoir leur droit d eretrait, suite à des violences

    DROIT DE RETRAIT AU LYCEE SAINT-EXUPERY DE MARSEILLE "La rentrée chaotique du lycée continue … En grève le 5 septembre, les personnels dénonçaient déjà les conditions de travail fortement dégradées suite à la perte de 30 contrats aidés (CUI), assurant notamment l’encadrement des élèves et l’entretien des locaux. De façon prévisible, les 10 postes reconduits n’ont pas suffit à assurer la sérénité du travail dans l’établissement. Depuis un mois seulement, les incidents se multiplient, les actes de violence sont récurrents :- 315 exclusions de classe- 6128 absences d’élèves- 490 passages à l’infirmerie- 9 évacuations par les pompiers … Suite à une bagarre d’une violence extrême ce mercredi, l’ensemble des (...)

     

  • 4 octobre

     

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13, Marseille. dimanche

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13 Un repas de soutien au collectif Al Manba , soutien migrant-es 13 ; est organisé aux jardins partagés de l’Annonciade, quartiers nord, les Aygalades, à partir des récoltes. Discussions, musique, buvette, chaleur humaine par Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba dim 12:00 · Chemin de la Mûre, 13015 Marseille Page FB Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba

     

  • 4 octobre

     

    Recours au Conseil d’Etat , contre le gel des contrats aidés

    Emplois aidés : La justice va-t-elle suspendre le gel décidé par le gouvernement ? TRAVAIL Le Conseil d’Etat examine mardi 03 octobre, un recours déposé par des élus écologistes et plusieurs associations contre la remise en cause des contrats aidés décidée par l’exécutif... http://www.20minutes.fr/economie/2143331-20171003-emplois-aides-justice-va-suspendre-gel-decide-gouvernement

     

  • 25 septembre

     

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées.

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées Depuis plusieurs semaines, des agents des musées dénoncent dans des courriers anonymes des passe-droits, voire les emplois fictifs dont bénéficieraient d’autres agents. La Ville a décidé de diligenter une enquête interne de l’inspection générale des services. A lire sur marsactu https://marsactu.fr/avis-de-tempete-dans-les-musees-de-marseille/

     

  • 25 septembre

     

    Selon la porte-parole de l’ONG Oxfam, Manon Aubry, avec les réformes fiscales engagées, "le gouvernement offre 24 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux plus riches".

    Réforme fiscale : "Les plus riches bénéficieront d’une hausse de revenus 18 fois plus importante que les plus pauvres" note Oxfam Selon la porte-parole de l’ONG Oxfam, Manon Aubry, avec les réformes fiscales engagées, "le gouvernement offre 24 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux plus riches". L’ONG de lutte contre la pauvreté Oxfam publie lundi 25 septembre, un rapport critique sur le projet de loi de finances 2018, intitulé Réforme fiscale : les pauvres en paient l’impôt cassé. Selon le rapport, les ménages les 10 % plus riches bénéficieront "d’une hausse de revenus au moins 18 fois plus importante que les 10 % les plus pauvres", alors que les 10% les plus riches possèdent déjà "56% des richesses (...)

     

  • 20 septembre

     

    CONTRE LA SUPPRESSION BRUTALE DES CONTRATS AIDES, RASSEMBLEMENT unitaire DEVANT LA PREFECTURE LE MERCREDI 20 SEPTEMBRE A 13H.

    Depuis la rentrée, l’annonce par le gouvernement de la fin programmée de tous les emplois aidés a réactivé la colère dans l’éducation, premier employeur de ces contrats. Les associations de parents d’élève se sont jointes à l’intersyndicale 1er degré en cette rentrée car elles sont bien conscientes des difficultés tant sur le plan humain que dans la dégradation de l’accueil des familles dans les écoles où les AADE sont devenues indispensables au bon fonctionnement. Le second degré de l’éducation, touché aussi par ces suppressions se joindra aussi à notre action le mercredi 20 septembre à 13h devant la Préfecture, à Marseille et l’action s’élargit en interprofessionnel. L’intersyndicale a demandé à être (...)

     

  • 14 septembre

     

    Emmaüs Pointe Rouge lance une collecte de dons pour les migarnts

    La Collecte de dons alimentaires pour les migrants de la Vallée de La Roya, est ouverte. départ du camion lundi 16 octobre. Le camion d’Emmaüs partira le lundi 16 octobre. Voir sur le site emmaus-pointerouge.com

     

Articles récents

Articles au hasard