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Bains des 5 avenues : la beauté made in Marseille

2 septembre 2011

Respirez, vous êtes aux Bains des Cinq Avenues, un havre de détente, de hammam, de soins en tout genre. Un lieu ou interfèrent Orient et Occident, tenu par une arménienne, heureuse d’être une femme aussi libre en France.



 

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La sensation du toucher, le corps, le massage, l’esthétique, Nelli, les a appris sur le tard, à plus de trente ans. « Je n’avais jamais pensé qu’un jour je ferais cela ». Avec son prénom francisé, Nelli est la chef d’entreprise de son institut de beauté-hammam : les Bains des Cinq Avenues, dans le IVe arrondissement de Marseille. Née en plein système communiste, aujourd’hui entrepreneuse, tel un sphinx, Nelli a eu plusieurs vies. Et sa dernière est ici dans la cité phocéenne où elle se plaît. De celle d’avant, on ne sera que peu de choses. Elle vient d’Arménie, du village Achatarak qui est presque devenu une ville aujourd’hui, a travaillé dans le domaine médical, puis est partie en France.

« Vous allez rire, les Français n’aiment pas que je le dise, mais lorsque j’avais 7 ans, j’adorais Mireille Mathieu qui passait en Arménie. J’avais un rêve : parler le français ». Aujourd’hui elle s’exprime très bien, avec juste le tout petit accent qui fait tout son charme.

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Nelli est une battante, forte femme sous visage de velours et gestes doux. « La première fois que je me suis dis que je pouvais faire ce métier était lors d’un travail de restauration que j’ai eu. A côté du restaurant où je travaillais comme serveuse à Marseille, existait un centre de massage ayurvédique. Le parton qui possédait les deux m’a formé aux massages. Et j’ai beaucoup aimé, donner du plaisir aux autres, les détendre. Ensuite j’ai suivi une formation d’esthétique pure ». Pour ouvrir les Bains des Cinq Avenues, elle a sollicité des financements bancaires. «  J’ai frappé à plusieurs portes, la chambre des métiers, la chambre de commerce. Mais c’est le CPEM, Centre de Promotion de l’Emploi par la Micro-entreprise qui m’a le mieux orienté. » Pour bénéficier de prêt à taux zéro, elle a dû monter un dossier, qui a été refusé dans un premier temps, au motif d’emplacement « pas assez commercial », selon les experts. Mais elle a finalement obtenu gain de cause.

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Esthéticienne et psychologue

De son nouveau métier, Nelli dit qu’il est polyvalent «  souvent mes clientes me disent qu’au lieu d’aller voir un psy, elles viennent chez moi faire un hammam ou un soin ! ». C’est vrai qu’ici tout respire la sérénité, l’hommage aux soins, au bien-être, à la féminité. Mélange d’Orient et d’Occident, le lieu est particulièrement réussi. Il fleure bon l’esprit de sa propriétaire, le voyage. Istanbul ! Le mot est donc lâché. « Etonnant pour une Arménienne ! », sourit-elle. Mais, elle a une passion pour cette ville : « tout est là-bas ». C’est des hammams stambouliotes qu’elle s’est inspirée pour imprégner de sa propre patte le monde des soins marseillais. «  J’ai visité énormément de hammams à Istanbul, touristiques ou plus typiques. J’ai observé les produits qu’ils utilisent, la manière dont ils les utilisent. J’y affectionne particulièrement l’art de l’accueil. » Elle a aussi puisé dans la capitale économique turque pour sa décoration. Tadelakt pour le hammam et chaux ocre pour la boutique-accueil.

Car aux Bains des Cinq Avenues, tout est pensé dans le détail, l’accueil, le soin, la décoration. «  Ce que je recommande le plus comme soin est le soin complet du visage. On ne fait pas simplement un soin du visage, on ne lâche pas le client pendant une heure, on lui masse également les pieds ». Ici donc, on oublie les soucis du quotidien pour des minutes de relaxation. Elle y vend aussi des produits cosmétiques, des parfums, des parfums d’ambiance, le tout avec un goût certain. « Je suis très difficile avec les produits, J’ai arrêté de vendre des produits bio. Ils ne me convenaient pas. Je regarde leurs effets, mais aussi leur texture, s’ils s’étalent bien » Si je pouvais je fabriquerais moi-même mes produits. En Arménie, les femmes se confectionnent elle-même leur soin. Une recette efficace est un mélange de concombre, jaune d’œuf et miel. Je ne peux pas la faire dans mon salon, à cause des problèmes d’allergie possibles ». Sans cesse en quête d’excellence pour ses clients, elle s’oriente aujourd’hui plus volontiers sur les produits Tadé qui propose des recettes de soins en provenance de tous les continents. « Je travaille beaucoup avec le savon d’Alep qui traite les problèmes de peau, comme le psoriasis. » Dans sa boutique, elle propose des coffrets avec des huiles, des savons, des produits à base de rose de Damas, de jasmin, de coriandre ou de lait d’ânesse… On trouve aussi du Khassoul (sorte d’argile), du savon noir, le kessa (gant pour le hammam). Et elle est particulièrement satisfaite de sa toute dernière trouvaille : des cosmétiques à base de produits issus de la Mer Morte, qui selon elle sont les meilleurs. Vous l’aurez compris, l’endroit est irrésistible pour les coquettes qui ont ici tout sous la main pour se faire une beauté totalement « made in Marseille ». Le hammam reste le coeur du lieu. Gros avantage, il est mis à disposition individuelle. « Nous respectons l’intimité et l’envie de chacun, le hammam est accessible seulement sur rendez-vous. Nous réglons alors la température à la demande ».

Hammam, institut de soin, boutique, les clientes et clients ont été rapidement conquis. Aujourd’hui l’affaire tourne bien. Les hommes viennent de temps en temps pousser la porte. « Nous avons un système de chèque cadeau, les hommes nous connaissent plutôt par ce biais ».

Sa fille de 19 ans fait désormais partie de ses employés. « J’ai pensé faire une franchise, mais je ne peux pas me dédoubler ! »

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En Arménie, pas d’égalité entre les hommes et les femmes

Son ancienne vie, elle ne veut pas en parler, aujourd’hui elle est ici à Marseille, libre comme elle ne l’a jamais été. « Je suis divorcée et en Arménie, une divorcée est une femme misérable. Il n’y a aucune égalité entre les hommes et les femmes là-bas. On ne le montre pas, mais les rapports entre les hommes et les femmes sont très durs. Je suis en colère contre les femmes de mon pays qui ne se révoltent pas contre les hommes. Elles subissent, elles sont sans cesse surveillées par leur mari. Les hommes, je comprends qu’ils ne bougent pas. Ils préservent la loi du plus fort. Mais les femmes, elles, perpétuent tout cela sur leurs filles. Là-bas pour se marier, il faut être vierge, les femmes font des études. Mais elles ne travaillent pas après. Les traditions pèsent trop. Comme cela a été le cas pour moi. » Nelli a coupé avec cette éducation. Sa fille, élevée ici, l’a été dans la liberté la plus totale. Presque trop même, à son goût. Car, retour inattendu, Jemma, 19 ans, ancienne élève du lycée longchamp qui débute un BTS d’esthétique en alternance paraît plus traditionnaliste que sa mère ! Revenant souvent dans le village natal de sa mère, Jemma a su tisser de forts liens avec sa partie d’origine et est moins « radicale » que son aînée.

Sa mère, elle, est très heureuse d’avoir réussi son projet sans l’aide d’un homme, ni de sa famille : « Au moins ici, à Marseille, j’ai réussi toute seule. Je n’ai aucune famille à Marseille. Je voulais aller dans un endroit où je n’avais pas d’attaches pour vivre. Ici j’étais une femme divorcée et j’ai pu profiter pleinement de la vie ! Pour ma mère réussir c’est avoir une vie familiale, elle voulait que je remarie. Ce n’est pas ma conception ». Conflits de générations, entre tradition et modernité de l’éducation, Nelli est tout cas a choisi son camp et avec succès.

Belle réussite en effet pour cette femme aussi libre qu’intelligente.

 



 

 

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