Articles

 

BIL’IN, DETERMINEE.

22 octobre 2013

Départ pour Bil’in. Ecrire devient difficile, je n’ai pas de mots. La ville, de la Freedom Street au Martyrs
Square, est pleine de cicatrices, comme un visage ridé où s’écrit chaque jour un peu plus les luttes et les
épreuves. Le mur était ici, tout près. La manifestation hebdomadaire, la lutte pacifique et les recours
juridiques ont porté leurs fruits. Il a reculé un peu, même si la colonisation s’intensifie.


 

Nous sommes devant la tombe de Bassem (manifestant tué par une grenade lacrymogène), quand une voiture mégaphone poussiéreuse invite à manifester après la prière. Bil’in, la déterminée, qui jamais ne cesse la lutte. J’ai lu et vu pas mal de choses, mais jamais je n’avais ressenti cela, juste fouler ce lopin de terre avec mes baskets à 5€, avant toute l’agitation violente, un fracas profond de larmes et de mots qui ne sortent pas. Il fait chaud mais le vent est léger, ça apaise. La soif me tiraille. Nous faisons marche arrière pour retourner au village rejoindre le groupe de manifestants.

Pas énorme le groupe, il se forme avec les quelques internationaux et les palestiniens à la sortie de la mosquée. Joli vendredi du mois de juin. Un petit garçon avec un oeil semi fermé et un regard magnifique
tente nous vendre des breloques estampillées Palestine. Il est certain que j’aurais cédé, mais nous n’avions pas été au change, pas de shekels. Juste les séquelles d’une journée qui t’apprends 1000 ans, les séquelles
d’instants intenses et bouleversants. Nous entrons dans la salle de réunion : un appartement frais couvert de photos et d’affiches, la porte plusieurs fois forcée ressemble à une plaie. Roy, un militant israélien de l’association Anarchists against the wall débarque avec ses longs cheveux
blonds, son bleu de travail gris aux grosses poches chargées de bouteilles d’eau. Il nous explique quelques règles de sécurité : ne pas courir, faire attention aux grenades lacrymogènes, comportement à adopter en
cas d’arrestation. Les types d’armes utilisées à l’encontre des manifestants : Les grenades lacrymogènes assassines, les bombes assourdissantes, les balles en caoutchouc également meurtrières, les jets d’eaux usagées d’excréments et d’urines, les arrestations arbitraires de palestiniens, et très rarement d’internationaux. Nous nous mettons en marche.

Le chemin est long, les roches calcaires se dérobent sous nos pieds, à l’horizon, toujours des oliviers. Les premiers relents lacrymogènes arrivent, sans que nous ne voyions d’où ils proviennent. Déjà, chez les
occidentaux, la panique surgit. Suivre tant bien que mal les voix qui nous indiquent le chemin, ne pas courir, ne pas s’embourber dans la caillasse glissante. La marche reprend. Vue panoramique. Le mur, à une
distance certaine, et derrière lui une colonie immense, une grande ville moderne, des travaux de construction, et, sur un amas bétonné, des colons provocateurs brandissent leur drapeau. Les tirs sont incessants, des échos qui résonnent comme dans les films à gros budget. L’avancée se poursuit.

Une lourde porte s’ouvre dans le mur. L’armée israélienne pénètre le territoire palestinien, un blindé et
des hommes armés. Ils ont pris deux hommes cette fois-ci. Arrestations dont nous resterons sans
nouvelles. Mouvement de recul. L’un des manifestants me montre un drapeau, une proposition de
drapeau pour la fédération israélo-palestinienne, au milieu de la violence et des cris. Nous fuyons. Ils
avancent vers le village, continuent à tirer en direction de jeunes palestiniens qui dévalent une pente. Le
feu démarre, et englouti un olivier. De retour vers les habitations, trois petites filles nous observent. Que
peut encore leur offrir leur enfance ?

 

 

 

Articles récents

Articles au hasard