Articles

Accueil > Marseille Provence, capitale européenne de la culture 2013 > Averroès, le chaînon manquant entre Orient et Occident ?

 

Averroès, le chaînon manquant entre Orient et Occident ?

5 novembre 2013

Les Rencontres d’Averroès visent à favoriser l’expression d’une pensée ouverte et critique sur la Méditerranée du XXIème siècle, « Loin des fractures consenties et des guerres entre les cultures et les civilisations, supposées inexpiables ». A travers tables rondes, expositions, ateliers, les Rencontres d’Averroès, en hommage au penseur médiéval Abu’l-Walid Muhammad Ibn Rouchd, questionnent, depuis 20 ans l’identité méditerranéenne. Elles se tiennent à Marseille du 28 novembre au 1er décembre prochain et proposent cinq tables rondes passionnantes et de haute voltige intellectuelle.


 

JPEG - 29.5 ko
Averroès

Créées et conçues par Thierry Fabre, produites et organisées par espace culture Marseille, les Rencontres d’Averroès fêteront, en 2014, leurs vingt ans.
Pour Thiery Fabre qui est également programmateur au Mucem, les Rencontres ont été fondées pour s’opposer au fait que « La Méditerranée ne fait plus vraiment rêver, mais peur », que « le temps de la détestation est entrain de réapparaître » et que « La Mort méditerranée » nous pend au nez. Elles sont, en tout cas, un lieu de rencontres et de débats d’idées sur la Méditerranée. On peut cependant reprocher aux Rencontres de se dérouler sur une seule partie du territoire marseillais, la manifestation aura lieu au parc Chanot, en occultant, comme souvent tout le Nord de la ville, là où le terme Méditerranée prend tout son sens multiple.

JPEG - 17.2 ko

Les Rencontres d’Averroès ont été impulsées par la personnalité et l’œuvre du philosophe arabo-andalou Averroès, Abu’l-Walid Muhammad Ibn Rouchd en arabe. Né à Cordoue (Espagne) en 1126 et mort à Marrakech en 1198, Averroès « symbolise la pensée rationnelle dans l’islam médiéval ». Pour le spécialiste Alain de Libera, il est également l’« un des pères spirituels » de l’Europe.

Influencé par les textes d’Avicenne et d’Aristote, on considère qu’il fut un passeur entre les diverses cultures du monde méditerranéen. Il étudie le Coran, les traditions, le droit musulman mais aussi la grammaire, les mathématiques et l’écriture. Il s’intéresse également aux disciplines profanes telles que la philosophie, la médecine, la physique et l’astronomie. Il devient grand Cadi à Séville, écrit des livres de droit et devient Médecin de l’émir Almohade à Marrakech en 1182. Rattrapé par l’autorité religieuse musulmane qui est contre l’esprit philosophique et l’exile comme hérétique en ordonnant que ses livres soient brûlés, il doit fuir en Andalousie en 1197. Il enseignera, à la population à majorité juive de Lucena. Il refuse l’obscurantisme et le fanatisme religieux et entend séparer la raison et la foi. Ces doctrines philosophiques essaimeront dans le monde chrétien médiéval. Les réflexions d’Averroès seront condamnées par l’Eglise dès 1240.

JPEG - 29.2 ko
La Mosquée de Cordoue

En parallèle des conférences, de nombreuses manifestations artistiques jalonnent les Rencontres. Pour l’ouverture, des chants du « cante jondo », chant andalou, âme du flamenco, seront interprétés par le compositeur Manuel de Falla et mêlés aux mots du poète Federico Garcia Lorca. Samedi 30 novembre, le chanteur Rachid Taha sera en concert. Dimanche premier décembre, Sonia Wieder-atherton proposera son « odyssée pour violoncelle et chœur imaginaire » avec des chants égyptiens, berbères, byzantins, corses, syriens, andalous. Au Palais des arts, les lectures d’auteurs méditerranéens seront données comme « La Maison » d’Arzé Khodr, jeune auteure libanaise. Une performance de Yalda Younes et Gaspard Delanoë nommée « Problème technique » ainsi que des documentaires sont également proposés.

Origine identitaire de l’Europe

Les Rencontres organisent des tables rondes sur des thématiques variées « en prenant le temps de l’échange et de la compréhension » et sont un « moment où il est possible de se parler et de rechercher les termes de la concorde là où règne la discorde ». Si la programmation est pointue, la hauteur des débats avérée, le public est au rendez-vous chaque année. Depuis leurs débuts, elles ont permis d’échanger sur les thèmes de l’identité, de la ville, des femmes dans la cité, du colonialisme, des monothéismes, des libertés, de la richesse et de la pauvreté, de l’écologie, du tragique, de l’islam. Pour les 20 ans des Rencontres, cinq tables rondes, précédées de conférence sont organisées. La première intitulée « Athènes, Cordoue, Jérusalem. Héritage partagé ou dénié ? » sera un débat passionnant sur les origines identitaires de l’Europe. Et évoquera l’héritage méditerranéen de l’Europe et la tentation actuelle de penser l’Europe uniquement sous le prisme « d’un occident purifié, héritier unique de la Grèce blanche ». Avec Ali Benmakhlouf, professeur de philosophie à l’Université de Paris Est Créteil, Barbara Cassin, philosophe, spécialiste de la Grèce ancienne, Joseph Chetrit, chercheur en sciences humaines et professeur à l’université d’Haïfa, José Gonzalez Alcantud, professeur d’anthropologie sociale à l’université de Grenade et académicien et le philosophe, et le spécialiste de l’histoire de la philosophie médiévale, professeur au collège de France, Alain de Libera.

JPEG - 6.6 ko
le philosophe Alain de Libera, l’un des fondateurs des Rencontres

La seconde, « La Méditerranée, continent liquide ou ensemble fracturé », reviendra sur la construction théorique du terme « monde méditerranéen ». La troisième, abordera la question du féminin et du masculin et des relations entre hommes et femmes. Une quatrième table ronde « Entre Europe et Méditerranée, paix impossible ou/et guerre improbable ? » évoquera l’état « des conflits aujourd’hui et des relations Europe, Pays méditerranéen ». La cinquième table ronde éclairera la question de la place des arts et des artistes « La Méditerranée créatrice, l’art dans la cité ».

Les Rencontres ont essaimé à l’étranger. A Alger, une unique édition a eu lieu, intitulée Rencontres Ibn Rochd sous la houlette des éditions Barzakh. A Cordoue, ce fut les « Encuentros Averroes », organisées par la Casa Arabe et à Rabat, « Sous le signe d’Ibn Rochd » en est à sa 4ème édition. En 2014, à Beyrouth seront également organisées des « Moutaka Ibn Rochd ».

Si l’évènement a pris de l’ampleur au fil des ans, il s’est étoffé, d’une manifestation en direction des jeunes, « Averroès Junior », dans le cadre scolaire, qui est suivie par 3000 élèves sur l’année. A travers films, expositions, journées découvertes, ateliers, il vise à prendre conscience « de l’univers méditerranéen ». Côté budget, MPM a alloué 240 000 euros pour ces Rencontres.

 

 

Autres articles Marseille Provence, capitale européenne de la culture 2013

 

Articles récents

Articles au hasard