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"Attention, ne laissons pas se banaliser l’idéologie raciste..."

30 avril 2012

Je ne suis pas une femme politique, ni même un quelque autre leader d’opinion, je suis juste une mère de famille qui a eu un haut le cœur le 22 avril au soir, en découvrant les résultats de Marine Le Pen.
Qu’est-ce qui justifie direz-vous, d’exprimer publiquement ma réaction émotionnelle ?


 

Et bien au-delà de l’émotion, je sais par expérience que quand un gouvernement stigmatise une partie de sa population et que la police opère dans un climat sécuritaire, les victimes innocentes sont nombreuses, beaucoup trop nombreuses et cela me fait peur, terriblement peur. C’est pourquoi, moi simple mère de famille, j’en appelle à notre responsabilité à tous.

Je pense qu’il est grand temps que tous, les élites, les intellectuels, les enseignants, les gens comme vous et moi qui connaissons aussi l’histoire disions :
« Attention, ne laissons pas se banaliser l’idéologie raciste et les idées pour le moins stigmatisantes qui entretiennent le racisme et risquent de nous mener au fascisme. »
Oui, il y a urgence à répondre autre chose que « le vote FN exprime la souffrance du peuple ».

On nous dit : « nous condamnons le vote FN, mais il faut aussi comprendre que les gens d’en bas souffrent » « Ceux des classes populaires ne sont pas forcément racistes, mais ils ont peur de l’avenir, il faut entendre ce désespoir des Français … »

Mais qui sont les gens du peuple, qui sont les classes populaires qui souffrent ? Si ce n’est aussi et grandement les hommes et femmes, jeunes, moins jeunes et vieux stigmatisés dans les discours du FN, ciblés dans les politiques sécuritaires, harcelées par les administrations, parfois tués lors des contrôles de police … Voudrait-on aujourd’hui en plus les jeter à la vindicte populaire, en faire les victimes expiatoires d’individus malades, haineux et manipulables à loisir que la France a déjà malheureusement été capable de produire.

La classe populaire française est-elle à ce point naïve ou déjà trop haineuse pour se laisser ainsi diviser ?

Qui sont ces gens d’en bas qui souffrent, qui sont ces Français - n’en déplaise à Marine Le Pen - qui souffrent ? Ce sont tous les bas salaires et les précaires, les jeunes éternellement stagiairisés, les femmes partout discriminées, ceux qui ne peuvent plus se soigner, ceux qui ne peuvent plus se déplacer de leurs quartiers relégués au-delà d’une certaine heure, s’instruire et se cultiver en toute liberté, résider dans le quartier de leur choix, disposer de lieux de vie agréables … et parmi ceux-là, ceux qui souffrent davantage sont ceux qui subissent la discrimination la plus éhontée en raison de leur couleur ou de leur patronyme…

Alors il serait temps de regarder de près les vrais responsables de cette souffrance. Et c’est ce que ne font pas tous ceux qui disent sur un ton faussement compatissant « ils ne font pas le bon choix, mais cela exprime un sentiment d’abandon qu’il faut prendre en compte… »

Nous ne sommes pas dupes !
On nous la fait depuis trop longtemps !


Mais ne nous contentons pas de n’être pas dupes, il est de notre responsabilité maintenant de mettre en lumière chaque fois que c’est possible que ceux qui nous divisent sont eux-mêmes les responsables de la souffrance des Français d’en bas.

On nous dit, « Les Français qui se lèvent tôt en ont marre de travailler pendant que d’autres gagnent autant qu’eux sans travailler … » Et ceux qui gagnent, ou volent mille fois plus en exploitant les uns et les autres, de ceux-là qui en parle ? Et ceux qui ne demandent qu’à travailler et à qui l’on en préfère toujours un autre qu’eux, de ceux-là qui en parle ?

Certes, quand la classe populaire est aussi désorganisée et même atomisée, il est beaucoup plus facile de faire de son voisin arabe le bouc émissaire de toute la société et le responsable de sa misère particulière que de … réfléchir … tirer les leçons des vingt dernières années et décider de mener la lutte en se solidarisant.
Oui, c’est plus facile quand on est confronté aux difficultés quotidiennes de céder aux chants des sirènes et ce n’est pas nouveau.

Mais ce qui me révolte c’est de constater que les élites aussi cèdent à la facilité avec leurs explications de mauvais experts improvisés, excusant le peuple qui souffre, qui par le vote FN exprime des peurs à prendre en considération.
Ne laissons plus passer ces analyses socio psychologisantes stupides, comme si les discours politiques assénés et les incriminations insidieusement diffusées n’étaient pour rien dans cette manipulation des esprits.

Comme depuis toujours, nous devons à chaque occasion, dénoncer les tentatives de division et réaffirmer nos intérêts communs, mais nous avons aussi un autre plan à déjouer, car la nouveauté est que maintenant Marine Le Pen, elle-même fustige le grand capital.
Ne nous laissons pas duper là-dessus non plus. Son discours anti-système est aussi une manière de se rallier les voix d’électeurs moins sensibles au thème de l’immigration.
Ne nous y trompons pas, son seul but est d’avoir le pouvoir pour ensuite gérer les choses à sa manière, et, soyons certains que même les ouvriers français les plus blancs, ne profiteraient d’aucune redistribution du grand capital qu’elle aurait à sa botte.

Exprimer nos analyses, informer à chaque fois que c’est possible, est une nécessité.
Résistons maintenant tant qu’on peut encore le faire facilement, avant que nous soyons moins nombreux à être capables de résister courageusement à la manière de nos grands-pères.

Je ne veux pas ici être alarmiste, mais rappelez-vous l’histoire … La crise économique, financière et sociale aigue, concomitante à la fabrication du bouc émissaire. Un bouc émissaire sur lequel pèsent aujourd’hui les mêmes accusations que dans les années 40. Rappelez-vous récemment, la façon de traiter la population Rrom, les lois anti psychiatriques, le recul du pouvoir judiciaire au profit d’une gestion administrative … Et dites-vous que si un gouvernement de droite avec des centristes et des transfuges de gauche, a pu imaginer de destituer des Français de leur nationalité, on peut être sûr que Marine Le Pen ne s’en priverait pas.
Face au départ de Raymond Aubrac qui a rejoint sa femme il y a peu, je me dis qu’il nous revient de maintenir présentes ces figures de la conscience, d’écouter encore S. Hessel et ses compagnons et de prendre toute la mesure de notre responsabilité pour éviter une nouvelle infamie.

 

 

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