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Après-midi de solidarité avec les Rroms au Docks des Sud : le temps de l’action.

7 septembre 2010

Nous étions présents aux côtés des nombreuses associations (Fondation Abbé Pierre, Médecins du Monde, Rencontres Tziganes, la communauté Emmaüs de la pointe rouge, l’Ampil, l’association Art Tribal, le festival Latcho Divano et le secours catholique), dimanche après-midi, pour échanger sur les permanentes discriminations dont sont victimes les Rroms depuis, et c’est triste de devoir le constater, des siècles ; et pour réagir face à la vague de très officielle discrimination à leur endroit…


 

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L’après-midi avait pour point d’orgue le spectacle de grande qualité de la compagnie Mémoires Vives, « Samudaripen » (génocide en langue Romani), qui retrace la campagne d’extermination nazi telle qu’elle fut subie par les Rroms durant la seconde guerre mondiale, et au cours de laquelle le tiers de la population Rrom européenne fut décimée.

Comme cela fut répété à plusieurs reprises à l’occasion des diverses interventions, le but est d’éviter à tout prix que l’histoire ne continue à bégayer, spécialement depuis le virage sécuritaire pris par le gouvernement français.

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L’après-midi a débuté par la projection, après une première série de témoignages, du film « De squat en squat » réalisé par Dominique IDIR, puis s’est poursuivie par de nouveaux témoignages, avant d’enchaîner avec le spectacle de la compagnie Mémoires Vives, pour se finir par un moment d’échange avec les personnes présentes.

Les deux moments phares de l’après-midi, la projection du film et le spectacle « Samudaripen », furent édifiants.

Le documentaire , en nous invitant à les rencontrer, met en lumière sans équivoque les constantes difficultés rencontrées par les Rroms.

Difficultés pour survivre.

Difficultés pour trouver un abri (on ne peut pas parler de logement concernant les squats dans lesquels ils sont contraints de trouver refuge).

Difficultés pour mettre leurs enfants à l’école, quand ils en ont la possibilité.

Difficultés pour trouver à manger.

Difficultés pour tout…

On prend peu à peu la mesure de l’ineffable rejet perpétuel dont ils sont victimes.

L’écrasante majorité des réactions des citoyens de toutes origines à leur égard soulèvent le cœur.

Mais comme ils font montre d’une belle volonté de s’en sortir, malgré tout ! Ils semblent quelque part inébranlables, et se serrent les coudes, semblant toujours voir une fin heureuse là où nous ne voyons que le fracas des maux sans fins qui s’abattent sur eux.

Ils ne tombent pas dans un fatalisme coupable dans lequel aucun d’entre nous ne manquerait pourtant de tomber, face à de telles montagnes d’insolubles problèmes.

Et le pire, ce ne sont pas ces enfants qui ne peuvent plus aller en classe car ils se font caillasser sur le chemin, ce ne sont pas ces gens qui sont obligés de s’en aller, de se cacher car la bêtise collective a trouvé une nouvelle légende urbaine insultante à colporter à leur sujet.

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Non, le pire, c’est que les intervenants qui prirent la parole après le film parlèrent du moment où furent tournées ces images (en 2008) comme d’un « temps béni », où les choses n’allaient finalement pas si mal en comparaison avec ce qui se passe actuellement.

Car depuis, il y a eu le virage sécuritaire du gouvernement.

Et les divers intervenants, qu’ils soient de Médecins du Monde ou d’autres associations, d’enfoncer le clou.

Car ces Rroms d’habitude si courageux, et même joyeux lors des expulsions au moment du tournage du documentaire, ne parviennent maintenant même plus à contenir leur désespoir.

Les intervenants connaissent bien ces populations, les côtoient depuis de très nombreuses années, et c’est la première fois qu’ils voient les hommes pleurer de désespoir lors des expulsions.

Des femmes, quant à elles, apprend-on avec effroi, menacent de s’immoler par le feu avec leurs enfants, ne voyant plus d’issue à leur situation…

On peine à mesurer l’ampleur du désastre, et le réveil est violent.

La situation actuelle est d’une urgence terrible.

L’urgence, tel fut le maître mot.

Cette rencontre s’est organisée dans l’urgence, en réponse à la politique de stigmatisation sécuritaire qui découle du tristement célèbre discours tenu à Grenoble, fin juillet, par Nicolas Sarkozy.

Et c’est l’urgence de la situation dans laquelle se trouve actuellement la communauté toute entière des Rroms qui a été soulignée par tous les intervenants.

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Le représentant de Médecins du Monde a égrené des chiffres terribles, dont on retiendra notamment l’espérance de vie : entre 50 et 60 ans (pour mémoire, on est entre 77 et 84 ans en France…). On laisse ces gens dans une misère digne des bas-fonds de l’Angleterre du 19ème siècle. Comment avons-nous pu laisser faire ça depuis si longtemps ?

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C’est le résultat de la longue liste de politiques discriminatoires dont sont victimes les « gens du voyage ».

Du carnet de circulation qu’ils sont obligés de faire viser très régulièrement comme des repris de justice auprès d’un commissariat, pratique digne de la France de Vichy ; à l’interdiction qui leur est faite de travailler qui les empêche de pouvoir s’insérer correctement dans la société, tout est fait pour les marginaliser.

Le temps est venu d’agir, et aucun d’entre nous ne doit plus se complaire dans l’égoïste indifférence qui caractérise les timides réactions de la majorité d’entre nous.

Pour agir, il faut cependant savoir. Savoir où l’on va, et savoir de quoi, de qui l’on parle.

Et c’est ce qui frappe, que ce soit lors de la projection du documentaire « De squat en squat » de Dominique IDIR, ou lors du spectacle de la compagnie Mémoires Vives.

On ne sait rien des Rroms.

L’ignorance des citoyens et des gens au pouvoir est abyssale concernant ces populations, favorisant la propagation des plus absurdes rumeurs évoquées plus haut, chacune toujours plus ridicule que la précédente, nos concitoyens y trouvant la raison de se conduire de façon toujours un peu plus irrespectueuse vis-à-vis de ce peuple, qui est pourtant riche d’une histoire pluriséculaire en Europe et d’une culture unique.

Ce qui s’est passé dans les quartiers nord, avec le lynchage duquel ont réchappé de justesse quelques malheureux gitans, il y a quelque temps déjà, est un terrible exemple de ce que la bêtise et l’intox peuvent engendrer.

Et si l’on n’y prend garde, le glissement peut se faire bien plus rapidement qu’on ne le pense.

L’horreur organisée peut revenir insidieusement si on laisse les valeurs de notre pays se faire piétiner par et dans l’indifférence quasi générale.

On pourrait bien y perdre notre âme.

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Le très réussi spectacle, mêlant Hip Hop, Slam et Jazz Manouche, donné par la compagnie Mémoires Vives fut là pour nous le rappeler de façon flamboyante et efficace. Car la constatation des dérives coupables vis à vis des Rroms dont nous sommes tous responsables -on a les élus qu’on mérite- ne doit pas éclipser la beauté plastique du spectacle « Samudaripen » en lui-même.

Extrêmement abouti, que ce soit musicalement ou visuellement, il nous met en face de ce qu’ont subi les Rroms lors de la seconde guerre mondiale, et nous apprend de nombreux faits qui ne sont pas mis en exergue ailleurs. Ainsi furent-ils déportés jusqu’en 1946, soit un an après la libération, par exemple…

La musique et les extraits vidéos, habilement entremêlés, se fondent en un avertissement qu’il nous faut tous entendre, avant qu’il ne soit trop tard.

Ne perdons pas notre humanité.

La suite des évènements ne dépend que de nous, et c’est une lourde responsabilité…

Des initiatives devraient découler rapidement, à la fois de la manifestation de samedi et de cette après-midi informative au Dock des Suds.

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Les divers intervenants ont insisté par ailleurs sur le fait que n’importe qui peut venir en aide à ces familles, en aidant à localiser les squats (les signalant aux associations), et en réglant toute une myriade de problèmes, simples pour nous, qui leur sont pourtant insurmontables (lire une lettre de la Police, et leur expliquer qu’il ne faut surtout pas signer, car ils accepteraient alors d’être expulsés, par exemple).

La simple présence de quelques personnes à une expulsion change radicalement l’attitude des autorités à l’égards des Rroms lors de cette dernière, ont-ils insisté.

Il faut agir, « car si l’on laisse passer ça, ça va faire très très mal, ce sera un cassage de solidarité historique dans notre pays ».

Ne perdons pas notre âme. Réagissons !

Un extrait du spectacle : http://www.youtube.com

 



 

 

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