Articles

Accueil > Actualités > Amérique du Sud : l’alternative de l’économie sociale et solidaire

 

Amérique du Sud : l’alternative de l’économie sociale et solidaire

25 janvier 2013

Le mouvement coopératif en Amérique latine était la thématique des 8e Rencontres solidaires des 17 au 19 janvier, de l’ASPAS (association Solidarité Provence Amérique du Sud), à la Maison de la Région à Marseille. Des initiatives se multiplient notamment en Argentine : les textiles Pigüé, l’imprimerie Chilavert, Tupac Amaru de Jujuy ou encore l’hôtel Bauen. Peut-on en tirer des enseignements en France ?


 

L’économie sociale et solidaire représente-t-elle un avenir en Amérique latine et également en France ? Est-ce la meilleure solution ? Concrètement, la reprise d’une entreprise en difficulté par des salariés peut s’effectuer dans quelles conditions : comment négocier avec l’ancien propriétaire ? Depuis plusieurs années, le Conseil régional PACA engage une coopération décentralisée avec l’Amérique du Sud. « Nous avons besoin d’approfondir ces modèles-là » souligne Michèle Tregan, conseillère régionale déléguée à l’emploi, l’économie sociale et solidaire. Elle illustre ses propos avec le cas de « Fralib » à Gémenos. Dans le cadre des Rencontres solidaires, la délégation sud-américaine devait justement leur rendre visite samedi dernier.

Un continent en transition

« En Amérique latine, c’est un continent entier en train de basculer avec toutes ses différences. Nous sommes devant un danger réactionnaire » expose Eduardo Meneses, politologue, coopérant en Equateur. Au Venezuela, le pays vit une situation critique avec la victoire d’un Chavez, rongé par la maladie. La personnalisation du pouvoir montre la fragilisation de ces pays. Les récents coups d’Etat au Honduras et au Paraguay confirment cet état de fait. Les choses bougent, la transition démocratique est palpable.
Un socialisme du XXIe siècle se redéfinit. Davantage de pays tendent vers un processus démocratique : on parle de dialogue interculturel, de bien-vivre, de révolution citoyenne.

Révoltes populaires

Les dictatures militaires des années 70 ont laissé place aux régimes néolibéraux des années 90, balayant les conquêtes sociales des années antérieures. Ce contexte préfigure début 2000, des révoltes citoyennes. On assiste à des assemblées populaires, des occupations d’usines. Une « pensée sociale » se met en marche même si encore actuellement, ces mouvements de progrès ne sont pas toujours suffisamment accompagnés. Les politiques ultralibérales sont dénoncées, et au centre des problèmes, dans les pays occidentaux depuis 2008. « Ces alternatives sont présentes en Europe : l’Espagne, la Grèce » fait remarquer Andrés Ruggeri, anthropologue, directeur de programme à l’université de Buenos Aires (Argentine), « on est devant une crise mondiale de la démocratie ».
Si en Europe, on dénonce de plus en plus les rôles négatifs que jouent les multinationales sur le marché de la mondialisation, l’Amérique latine souffre davantage de leur toute-puissance. Concernant les multinationales agroalimentaires, «  2 % contrôlent 85 % des terres cultivables » argumente Gustavo Zaracho, politologue, Paraguay. L’exploitation outrancière des ressources minières est aussi évoquée : on parle d’une « malédiction de l’abondance » nous dit Eduardo Meneses.

L’exemple de la coopérative Chilavert

De cette complexité culturelle, politique, économique naissent des innovations sociales. C’est le cas de « Chilavert », des universitaires participent à l’expérimentation.
2002, cette maison d’édition argentine ne paie plus ses salariés depuis deux mois. Trahis, ils se rebellent. Peu à peu, ils s’organisent et mettent en place une coopérative. Ils décident de poursuivre la production malgré une présence policière devant les locaux. L’aventure est risquée, les ouvriers sont dans l’obligation de livrer clandestinement leur production. Les gens du quartier deviennent complices. Au fil du temps, la coopérative fait son chemin. Elle œuvre beaucoup dans le social : l’atelier est ouvert sur l’extérieur. « Chilavert » accueillent des jeunes en stage par exemple. Les acteurs de cette initiative ont su développer des compétences non valorisées initialement.

La coopérative en France : 10 % des emplois

En région PACA, on recense 220 entreprises pour environ 3 000 salariés. Le secteur industriel représente près de 25 % du mouvement coopératif. Le secteur du bâtiment est de même ordre d’importance. La mécanique reste un domaine capital dans la région. Toutefois, les coopératives se tertiarisent de plus en plus dans les services. Les SCOP (sociétés coopératives et participatives) répondent au mieux à l’activité de services. Quant aux SCIC (sociétés coopératives d’intérêt collectif), elles s’appuient sur le modèle italien sans connaître le même succès. La culture française reste attachée encore au statut de l’association.
On estime qu’une coopérative sur deux va survivre à cinq ans. Le profil type du créateur ou repreneur d’une entreprise solidaire est un demandeur d’emploi ou un salarié en perte d’emploi (80 à 90 %).
Par le passé, le mouvement coopératif a connu des hauts et des bas. Depuis 2008, il est frappé de plein fouet par la crise.
Michel Famy, directeur de l’Union régionale des SCOP soulève plusieurs problématiques à son développement. Première raison est le relais incertain intergénérations : des chefs d’entreprises de plus de 65 ans ne trouvent pas de jeunes repreneurs et sont confrontés à la fermeture.
La problématique financière est évidente. L’apport de 5 à 10 % du capital est souvent très difficile à honorer pour le créateur ou le repreneur. Même si des outils de financement sont proposés. Le capital disponible ne doit pas franchir le seuil d’un million d’€, somme insuffisante pour la reprise d’une PME. « L’union des SCOP a une force de frappe limitée » déplore M. Famy. Autre frein est l’aspect culturel, rien n’est vraiment organisé dans le domaine éducatif, « personne ne parle des SCOP à l’école » fait observer M. Famy.
Le mouvement stagne depuis 2005, « l’euro très fort fait du mal sur le marché mondial » ajoute le directeur de l’Union régionale. Néanmoins, il garde espoir avec l’instauration d’une nouvelle politique gouvernementale. En effet, Benoît Hamon, ministre délégué à l’économie sociale et solidaire projette un doublement des effectifs des SCOP à 5 ans via la mise en œuvre de règles simples et surtout informatives sur leur existence. M. Famy reste persuadé que « nos valeurs vont dans le sens de l’économie moderne ». L’avenir nous le dira…

ASPAS, 76 rue Perrin-Solliers, 13006 Marseille, tél 04 91 48 78 51, aspas-marseille.org

 



 

 

Autres articles Actualités

 

Brèves Actualités

  • 6 novembre

     

    Projet de loi sur la Sécurité Sociale adopté : 4,2 milliards de restrictions demandés

    L’Assemblée nationale a adopté, mardi 31 oct 2017, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018. La gauche de l’Hémicycle a voté contre, dénonçant une attaque sans précédent contre le système de protection sociale. https://www.humanite.fr/le-budget-de-detricotage-de-la-securite-sociale-ete-vote-644835

     

  • 6 novembre

     

    Violences sexuelles faites au femmes, plan d’urgence demandé à Macron

    VIOLENCES SEXUELLES - Louane, Alexandra Lamy, Tatiana de Rosnay... 100 femmes demandent à Macron "un plan d’urgence contre les violences sexuelles" Elles sont les premières signataires d’une pétition en ligne pour en finir avec les violences sexuelles. "Ces violences ne sont pas une fatalité. Elles peuvent cesser". Une centaines de personnalités féminines de la société civile, artistes, comédiennes, réalisatrices, écrivaines, journalistes, médecins... ont signé une tribune adressée au président Emmanuel Macron dans le Journal du dimanche ce 5 novembre, demandant "un plan d’urgence contre les violences sexuelles". Cet appel, initié par des militantes féministes, dont Caroline de Haas, a également été (...)

     

  • 30 octobre

     

    Concert de musique arabe et européenne en soutien à SOS Méditerranée dans le cadre du festival d’Aix-en-Provence

    La série de concerts solidaires exceptionnels inaugurée en 2016 au profit de SOS MEDITERRANEE, se poursuit cet automne, sur l’initiative de Bernard Foccroulle, directeur du festival d’Aix-en-Provence et organiste, et membre du comité de soutien de SOS Méditerranée. Le prochain concert aura lieu - Vendredi 17 Novembre à 20h45 - Eglise St Jean de Malte à Aix-en-Provence "Les couleurs de l’Amour et de l’Exil" Concert de musique arabe et européenne Bernard Foccroulle Orgue Alice Foccroulle Soprano Moneim Adwan Chant et Oud Compositions de Francisco Correa de Arauxo, Alessando Grandi, François Couperin, Dietrich Buxtehude, Bernard Foccroulle, Abou Khalil El-Kabani, les frères (...)

     

  • 17 octobre

     

    La ville de Marseille a voté un plan à 1 milliard d’euros de reconstruction des écoles, par des partenariat public-privé

    Un plan massif, à un milliard d’euros, pour reconstruire les écoles de Marseille Régulièrement épinglée pour le délabrement de certaines écoles publiques, la ville de Marseille a voté lundi un plan massif de reconstruction d’un montant d’un milliard d’euros, via des partenariats public-privé (PPP) contestés par l’opposition. "Le projet que nous nous apprêtons à lancer est considérable, c’est un véritable plan Marshall qui n’a aucun équivalent ni dans l’histoire de la ville de Marseille ni dans aucune autre ville", a vanté le maire (LR) Jean-Claude Gaudin, devant le conseil municipal. Le plan prévoit la destruction de 31 établissements obsolètes des années 1960, et leur remplacement par 28 nouvelles écoles, (...)

     

  • 16 octobre

     

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité à Marseille lance une pétition

    MARSEILLE POUBELLE LA VIE Collectif citoyen contre l’insalubrité lance une pétition en ligne, avec une lettre ouverte à Jean-Claude Gaudin " Nous nous sommes mobilisés pour vous apporter les preuves de ce triste constat à travers le Livre Noir de Marseille : Etat des lieux de chaque quartier de la cité. Vous y observerez les rats que côtoient les usagers chaque jour. Ils s’attaquent aux câbles des voitures et pénètrent chez nous. Leurs cadavres trainent dans les rues et dans les parcs….Leur prolifération est vectrice de maladie comme la leptospirose…La gale et la teigne sont revenues dans nos parcs et nos écoles !" (...)

     

  • 9 octobre

     

    Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry, lundi 9 oct

    Lundi 9 octobre 2017 Droit de retrait reconduit ce jour au lycée Saint-Exupéry Pour la troisième journée consécutive les personnels ont décidé d’exercer leur droit de retrait, les conditions de sécurité n’étant toujours pas assurées, ni pour nos élèves, ni pour nous. Dans un communiqué, les professeurs et personnels, leurs sections syndicales, FSU, CGT, FO, SUD, CFDT précisent :"Vendredi, la direction académique a dit réfléchir à la possibilité d’affecter à l’année 4 ou 5 AED supplémentaires sur notre lycée pour la vie scolaire. Il y a urgence ! Nos élèves doivent pouvoir reprendre les cours au plus vite, dans des conditions de sécurité restaurées. Il nous est insupportable d’être une nouvelle fois (...)

     

  • 6 octobre

     

    Lycée Saint exupéry, les enseignants font valoir leur droit de retrait, suite à des violences

    DROIT DE RETRAIT AU LYCEE SAINT-EXUPERY DE MARSEILLE "La rentrée chaotique du lycée continue … En grève le 5 septembre, les personnels dénonçaient déjà les conditions de travail fortement dégradées suite à la perte de 30 contrats aidés (CUI), assurant notamment l’encadrement des élèves et l’entretien des locaux. De façon prévisible, les 10 postes reconduits n’ont pas suffit à assurer la sérénité du travail dans l’établissement. Depuis un mois seulement, les incidents se multiplient, les actes de violence sont récurrents :- 315 exclusions de classe- 6128 absences d’élèves- 490 passages à l’infirmerie- 9 évacuations par les pompiers … Suite à une bagarre d’une violence extrême ce mercredi, l’ensemble des (...)

     

  • 4 octobre

     

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13, Marseille. dimanche

    Fête de l’Automne soutien au Manba, migants 13 Un repas de soutien au collectif Al Manba , soutien migrant-es 13 ; est organisé aux jardins partagés de l’Annonciade, quartiers nord, les Aygalades, à partir des récoltes. Discussions, musique, buvette, chaleur humaine par Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba dim 12:00 · Chemin de la Mûre, 13015 Marseille Page FB Collectif Soutien Migrants 13 / El Manba

     

  • 4 octobre

     

    Recours au Conseil d’Etat , contre le gel des contrats aidés

    Emplois aidés : La justice va-t-elle suspendre le gel décidé par le gouvernement ? TRAVAIL Le Conseil d’Etat examine mardi 03 octobre, un recours déposé par des élus écologistes et plusieurs associations contre la remise en cause des contrats aidés décidée par l’exécutif... http://www.20minutes.fr/economie/2143331-20171003-emplois-aides-justice-va-suspendre-gel-decide-gouvernement

     

  • 25 septembre

     

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées.

    La Ville de Marseille lance une enquête sur des « comportements supposés répréhensibles » dans les musées Depuis plusieurs semaines, des agents des musées dénoncent dans des courriers anonymes des passe-droits, voire les emplois fictifs dont bénéficieraient d’autres agents. La Ville a décidé de diligenter une enquête interne de l’inspection générale des services. A lire sur marsactu https://marsactu.fr/avis-de-tempete-dans-les-musees-de-marseille/

     

Articles récents

Articles au hasard