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Alliance méditerranéenne, un regard pur sud

26 juin 2008

Le Forum des Autorités locales et Régionales de la Méditerranée qui s’est tenu à Marseille durant deux jours s’est achevé avec maintes promesses et beaucoup d’espoirs. D’aucuns soutiennent que ce fut une réussite, voire une rencontre historique entre riverains méditerranéens, d’autres plus sceptiques attendent de voir la suite des évènements pour se prononcer. Des interrogations demeurent en suspens notamment pour les représentants régionaux et locaux des pays arabes. Sans détour, ni langue de bois, « le sud a besoin du nord », pour reprendre les paroles d’une chanson mais, sous certaines conditions …


 

Lors de son élocution dans l’hémicycle de l’hôtel de Région, la ministre d’Etat aux droits de l’Homme Rama Yade qui lisait le discours présidentiel confié par les soins de Nicolas Sarkozy alors en Israël pour tenter de relancer le processus de paix israélo-palestinien a pris le soins de préciser que la nouvelle Union pour la Méditerranée (UPM) actuellement en pourparler, « ne sera pas un Processus de Barcelone bis ». Elle a également affiché tout son optimisme pour un partenariat égalitaire entre les différents pays méditerranéens se laissant même aller par moment au rêve d’une civilisation « pan méditerranéenne » façon XVI e siècle européen. Abus de langage, rêve nostalgique d’une impossible union ou projet de civilisation, quel visage est-on en train d’esquisser pour cette région ?
Une question brûlante qui demeure sur toutes les lèvres du côté des Régions de la rive sud de la Méditerranée. Une façon d’afficher également pour les représentants des autorités locales et Régionales de cette partie de la Méditerranée à leur tour, un certain pragmatisme politique.

M. Hussen Adly, Gouverneur de Qalyubiya (Egypte) témoigne :
« De manière générale, l’idée d’un tel forum est une très bonne chose car c’est la première fois qu’un vrai pas est fait pour réaliser des partenariats entre les Régions. Il faudrait, pour donner plus de consistance à cette volonté politique que les projets de développement commencent rapidement ; qu’une commission spéciale soit crée en ce sens pour montrer l’importance de cette initiative ». D’un point de vue géopolitique M. Hussen émet néanmoins des réserves :
« Pour qu’un projet d’union méditerranéenne voit le jour, il faut d’abord résoudre le problème israélo-palestinien. Il ne faut pas non plus que ce soit une raison masquée pour éloigner la Turquie de l’UE ».

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M. Abdallah Saad : Maire de Bkassine (milieu) et M. Bouakl Saïd : Maire de Jezzine (droite)

Une conception et des idées largement partagées par les différents représentants libanais alors présents, notamment par M. Bouakl Saïd Maire de Jezzine :
« La coopération entre les Régions méditerranéennes est une chose très importante mais il faut qu’il y ait un équilibre et une égalité dans les relations nord-sud. Malgré les difficultés, il faut aller de l’avant pour que ce projet se concrétise. J’insiste sur deux problèmes qu’il faut absolument résoudre : celui de l’adhésion de la Turquie à l’UE et surtout, le conflit israélo-palestinien ».
M Yousseh Jabahi, Maire de Saïda, va dans le même sens :
« Au niveau du projet lui-même, tout le monde s’accorde à dire que c’est quelques chose de positif mais il faut voir la suite qui lui sera donnée car il y a des conditions incontournables : le problème israélo-palestinien et l’adhésion de la Turquie à l’UE ».

M. Saad Abdallah, Maire de Bkassine tout en rejoignant ses compatriotes évoque également des problèmes internes concernant le Liban :
« L’union des pays et régions de méditerranée est une nécessité mais sous les conditions déjà évoquées (la Turquie et la Palestine). Les choses d’un point de vue national n’avancent pas comme elles devraient. Il faudrait peut-être plus de pression de l’extérieur pour que les choses s’accélèrent. Il y a un véritable problème de délégation au niveau du pouvoir et les régions en pâtissent, il faudrait que cela change ».

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M. Yousseh Jabahi : Maire de Saïda (gauche), M. El Husseini Abdul Mohsen : Maire de Tyr (droite) et M. Zogaib Assad : Maire de Zahlé (derrière)

Ces recommandations, ces doléances, ces réserves seront-elles entendues lors du sommet pour les pays de la méditerranée le 13 juillet prochain à l’Elysée ?
A voir l’optimisme affiché lors de cette journée du 23 juin de Mme. Rama Yade venu recueillir les propositions de tous les méditerranéens pour les remettre au Président de la République, tout porte à croire que les choses évolueront dans le bon sens ; mais c’est là peut-être compter trop hâtivement sans les sérieuses réticences de l’Algérie, le problème du Sahara occidental, ou encore la libre circulation des personnes évoquée par le Maire de Marakech, M. El Jazouli lors du forum.
Aussi, après la récente élocution du président Nicolas Sarkozy à la Knesset où il a souligné qu’ « il ne peut y avoir de paix sans l’arrêt de la colonisation ainsi que la nécessité d’une Jérusalem comme capitale de deux Etats, Palestinien et Israélien », il apparaît évident que le devenir d’une Méditerranée pacifique, féconde, riche et prospère se joue en grande partie du côté de sa rive sud, à moins que nous repartions à nouveau pour une nouvelle « Mare Nostrum ».

 

 

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