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Ali Djessas : « Ils n’étaient gentils qu’avec ceux qui ne maitrisaient pas la langue française et qui ne connaissaient pas les lois »

7 juillet 2010

Elle semble être lointaine l’époque où le travail ne manquait pas, où le chômage était quasi nul et où la force de travail de la main d’œuvre immigrée était plus qu’appréciée. Ali Djessas s’en souvient parfaitement. Ce natif d’Annaba a fait parti de ceux qui ont migré vers la France pour travailler dés le début des années 70. De petits boulots en petits boulots, il a fini par devenir un mineur chevronné, un métier à risque qu’il appréciait malgré tout. Retraité depuis 9 ans, cet homme de caractère, nous confie avec nostalgie ces années intensives au cours desquelles il a dû apprendre « à ne pas se laisser faire », à une époque où les étrangers maghrébins n’étaient pas entièrement considérés. Fier de son parcours, il nous raconte son histoire.


 

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Ali Djessas

Savoir prendre son destin en main et « ne pas se laisser faire ». Tel était le crédo adopté par Ali Djessas, ancien travailleur immigré fier aujourd’hui de son parcours teinté de persévérance et de courage. Agé de 64 ans (bien qu’il ne les fasse pas), Ali Djessas est né le 13 janvier 1946 à Annaba, une ville située à l’extrême nord-est de l’Algérie, entre le fleuve Seybouse et la frontière tunisienne. Là bas, ses journées furent rythmées par les vendanges, les récoltes chez des français d’Algérie. De petits boulots en petits boulots, Ali Djessas récoltait 8 francs par jour pour 8 heures de travail autant dire qu’ « on était tout le temps endetté » se souvient-il. N’ayant plus envie de poursuivre dans cette voie là, il s’est alors engagé dans l’armée à l’âge de 20 ans mais n’y restera pas plus d’un an, la dureté du service militaire n’était pas à son goût. Il choisit donc de s’inscrire au bureau de la main d’œuvre en Algérie pour tenter sa chance en France, à l’époque le Général De Gaulle appelait en masse la les travailleurs immigrés choisis après avoir passé leur visite médicale. Ayant eu la lucidité de mettre de l’argent de côté, 25 000 francs de l’époque, il a pu se payer le voyage qui allait le conduire vers une tout autre vie. Il débarque donc à Marseille en 1967 en compagnie de nombreux autres travailleurs venus gagner leur vie à la sueur de leur front.

« Le travail était libre. Il n’y avait pas de contrats. On pouvait travailler un jour, deux jours, une semaine, un mois, deux ans mais il faillait savoir gérer tout ça pour ne pas se retrouvait sans boulot » explique Ali Djessas qui a dû apprendre à naviguer entre chaque opportunité. « C’était la belle époque. Tout le monde travaillait » tient-il à préciser.

[...] « Certains ne savaient pas qu’ils avaient droit à une prime »

A Aix-en-Provence, il était devenu nettoyeur de vitres puis camionneur sur le port de Marseille ensuite employé par la SNCF pour s’occuper des chemins de fer, galvaniseur dans une société du traitement de fer à la Valentine .... et enfin ouvriers dans des chantiers colossaux à Sainte Marthe (Marseille) où il a fait partie de ceux qui ont creusé les tunnels et construit les égouts de Sainte Marthe jusqu’au quartier de la Rose. Certes, ces années ne furent pas de tout repos. Il a été souvent confronté au mépris et au dédain de certains employeurs qui n’aimaient que les immigrés dociles. N’ayant pas sa langue dans sa poche, il l’a maintes fois fait remarquer à ces derniers. « Ils n’étaient gentils qu’avec ceux qui ne maitrisaient pas la langue française et qui ne connaissaient pas les lois. Souvent, ils n’embauchaient pas ceux qui avaient l’air de ne pas se laisser faire et de connaitre les rouages administratifs. Certains ne savaient pas qu’ils avaient droit à une prime » fait-il savoir. S’il dit ne pas avoir été victime de ce mode de recrutement, il dit avoir été témoins de certains comportements irrespectueux. En effet, lors d’un chantier à Simiane, un travailleur immigré qui ne maitrisait pas du tout la langue française se faisait insulter par son employeur, croyant qu’il discutait avec lui avec respect et gentillesse.

Si Ali Djessas ne maitrisait pas non plus la langue française, il a persévéré malgré les freins multiples qui ont pu se dresser face à lui au cours de sa carrière. Après avoir effectué de nombreux métiers, il a fini par vouloir devenir mineur de fond dans la ville de Gardanne. Deux ans après avoir déposé un dossier d’embauche auprès des gestionnaires de la mine, qui recrutaient le plus souvent des personnes issues de familles de mineurs, il a été appelé en 1978 afin d’effectuer un stage d’apprentissage indispensable face aux conditions de travail imposées par la mine. C’est en effet le manque de personnel qui lui a permis d’être embauché.

« La mine, elle, ne pardonne pas »

Ali Djessas découvre alors un métier à risque où les explosions et les éboulements furent l’une de ses plus grandes craintes. « Au début, j’avais la trouille. Il n’y avait pas un jour où il n’avait pas de blessés sans compter les accidents qui ont provoqué la mort de nombreux mineurs » confie-t-il. « Un jour un bloc de pierre est tombé sur un flexible, mon chef m’a demandé de le décoincer. J’ai refusé car c’était la mort assurée. Face à son énervement, je lui ai aussitôt évoqué mon idée de monter un syndicat dans l’optique de dénoncer certaines conditions de travail, il s’est aussitôt calmé et a souhaité qu’on s’arrange. Je lui ai alors dit : « je n’ai besoin de rien, je veux juste qu’on me laisse tranquille ». En effet, si Ali Djessas avait le tact de se faire respecter il n’en était pas de même pour les autres mineurs qui auraient accepté malgré le risque. « Ce qui coûte le plus cher c’est le flexible ou c’est moi, lui ai-je demandé. » En effet, Ali Djessas n’a pas oublié les nombreuses fois où il a failli perdre la vue ou un doigt. « Un jour, j’ai reçu un flexible dans l’œil » se souvient-il encore avec effroi. « C’était rare qu’un type dans la nuit n’était pas blessé. La mine, elle ne pardonne pas » souligne-t-il.

Si les inconvénients du métier furent nombreux, les avantages le furent tout autant avoue-t-il. En effet, « les visites chez le médecin et le dentiste étaient gratuits, on nous logeait avec nos familles gratuitement et on ne payait ni factures d’eau, ni chauffage » se souvient-il. Des avantages que les mineurs marocains du Nord Pas-de-Calais n’ont pas bénéficié et qu’ils réclament aujourd’hui. En effet, certains ayant cru par exemple signer une prime de licenciement, ont en réalité, sans le savoir, signer l’abandon de leurs droits à vie : les avantages en nature.

Aujourd’hui, Ali lui, mesure sa chance. Il n’a pas rencontré les mêmes difficultés et il s’en satisfait, bien qu’il soutienne les mineurs marocains du Nord de Calais dans leurs revendications. Il fût d’ailleurs présent avec l’association « Contacts » lors des premières Rencontres Nationales des Luttes de l’Immigration organisées à Aniche (Nord) en novembre 2009 par l’Association des Mineurs Marocains du Nord Pas-de-Calais (AMMN).

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Smail Gouasmi (un des fondateurs de l’association Contacts et Ali Djessas)

En 23 ans de carrière dans les mines de Gardanne, il avoue avoir aussi rencontré des difficultés pour dialoguer. Ne maitrisant pas la langue française, il ne savait pas écrire le nom des pièces à changer favorisant ainsi le dialogue oral « même si parfois j’avais honte car je ne savais même pas acheter du pain. Je m’en suis sorti malgré tout. Je ne me suis pas laissé faire. Sinon il ne m’aurait pas respecté » conclut-t-il.

Retraité depuis l’âge de 55 ans, Ali Djessas, père de 4 enfants qui ont pris leur envol, écoule désormais des jours heureux parce qu’il a « su saisir sa chance et su réfléchir lorsqu’il le fallait ».

 



 

 

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