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Albert Camus, l’expo malgré tout !

22 octobre 2013

Si une grande expo consacrée à l’écrivain Albert Camus n’a finalement pas eu lieu dans le cadre de MP13, la bibliothèque de la Mejanes-Cité du livre d’Aix-en-Provence a produit tout de même une programmation rassemblant exposition-parcours, cinéma, spectacles et conférences sur le grand écrivain intitulé « Camus, citoyen du monde » jusqu’au 5 janvier 2014. Celui qui publia « L’Etranger » en 1942 écrivait dans « L’Homme Révolté », « Dans la lumière, le monde reste notre premier et notre dernier amour » est resté célèbre pour sa création littéraire qui oscille entre la Révolte et l’Absurde. Deux postures face au monde qui peuvent éclairer notre monde contemporain.


 

Au-delà des polémiques, que suscite encore, on l’a vu récemment, le personnage de Camus, né en Algérie et défendant une position pas assez tranchée pour beaucoup sur la colonisation française, il reste l’œuvre…. immense d’un écrivain. Albert Camus aurait eu cent ans en 2013, et cette année capitale aurait du lui rendre hommage quitte à dévoiler sa part d’ombre et ouvrir des débats. Pourtant, il n’en est rien, le sujet Camus, reste dans une région tiraillée par des radicalités alourdissantes, un sujet hautement inflammable ! Pour s’immerger dans la pensée et les mots de Camus, l’exposition de la Méjanes propose un parcours thématique jalonné de créations numériques. Des mots, cent-cinquante citations de Camus en tout, sont mis en scène donc, à travers des vidéos. Mots, à qui on a associé des images, de la musique, des voix.

Le visiteur de l’expo suit un marquage au sol qui lui fait franchir 10 étapes correspondant à dix thèmes importants qui ont marqué l’œuvre du prix Nobel ; lieu, amitié, métier, jeu, langage, guerre, histoire, pensée de midi, amour, royaume. Chaque temps de la visite est agrémenté de photographies, de manuscrits et documents. Sur un grand écran passent de manière aléatoire des mots et phrases de Camus sur fond d’images originales. Le tout est mis en son avec musiques et textes lus par Francis Huster.

L’Exil et le Royaume

Sur le chapitre « Lieu », chacun pourra découvrir ou redécouvrir les endroits importants dans la vie de Camus. Entre « L’exil et le Royaume », du titre de l’une de ses plus belles nouvelles, Camus connaîtra de nombreux lieux. « Son Algérie natale reste la référence ; ailleurs il se sent en exil, sauf dans des endroits privilégiés comme l’Italie, la Grèce, Lourmarin (Luberon) où il s’installe en 1958 – et dans certains lieux de vie comme le stade et les plateaux de théâtre. Quant au désert et à la mer, ils demeurent pour lui des « royaumes ».

L’amitié

L’amitié est l’un des aspects que traite l’exposition. Que ce soit ses amis de cœur à qui Camus reste fidèle toute sa vie ou des amitiés plus intellectuelles ou artistiques, les relations qui ont compté pour lui sont évoquées. Comme les amis du Théâtre de l’Équipe ; les Jaussaud, amis de jeunesse ; des journalistes et des écrivains algériens ; le poète résistant René Leynaud ; les grands amis, comme René Char ou Louis Guilloux, Michel et Janine Gallimard et Pascal Pia ; et des anonymes. Les affinités littéraires telles que les écrivains : Jean Grenier qui fut son professeur de philosophie ou le peintre Balthus sont également relatées. Sans oublier les artistes que Camus admirent comme Dostoïevski, Herman Melville (créateur de Moby Dick), Tolstoï, Kafka, Nietzsche, Cervantès ou Piero della Fran¬cesca.

Trouver le vrai Langage

Autre thème exploré par l’exposition, le langage. Le rapport au langage est, pour Camus constamment sujet à questionnement. Issu d’un milieu populaire, la belle langue est l’objet de toutes ses fascinations. « Devenu écrivain, il n’aura de cesse de trouver ‘ ce vrai langage ‘ qui ‘ parlerait à tous pour le bien de tous’ tout en dénonçant les nombreuses perversions du discours ». « Il faut parler le langage de tous pour le bien de tous », écrit-il dans une lettre de 1955 à Charles Poncet. La langue le fascine et il s’en méfie aussi, ainsi dénonce-t-il toutes les manipulations possibles par les mots. « Camus analyse de près les pièges du malentendu mais aussi les pouvoirs bienfaisants de la parole ». On le voit dans ses manuscrits, où il reprend les phrases et cherche les mots justes, son travail d’écrivain est immense.

L’amour

L’amour est l’autre grande préoccupation de l’écrivain. « Il ne pouvait faire plus ni être autre, et le seul amour qui eût tout sauvé était un amour où il eût été accepté tel qu’il était », écrit-il dans ses carnets en 1950. On verra au fil de l’exposition que Camus conjugue le verbe aimer à sa manière. Dans son recueil de nouvelles « Noces à Tipasa », il déclare « le droit d’aimer sans mesure ». L’amour, c’est d’abord l’amour de la vie, celui des amants, celui du lien entre une mère et son fils. Et il s’interroge aussi le couple et le rapport entre les hommes et les femmes.

L’évènement Camus, citoyen du monde a été porté par quatre spécialistes d’Albert Camus : Marie-Sophie Doudet, maître de conférence à l’IEP d’Aix-en-Provence, Pierre-Louis Rey, professeur émérite à la Sorbonne nouvelle, Agnès Spiquel, professeur émérite à l’Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis et Maurice Weyembergh, professeur de philosophie à Bruxelles. Leur propos est mis en scène par Yacine Aït Kaci, artiste, spécialiste des arts numériques.

Camus, homme du peuple

Jusqu’en janvier 2014, de nombreux évènements autour d’Albert Camus sont programmés à la Méjanes. Ainsi une rencontre intitulée « Camus, homme du peuple » avec Marie-Sophie Doudet, évoquera, le 25 octobre prochain, le destin d’Albert Camus, enfant d’origine modeste devenu Prix Nobel de littérature. « Né dans la pauvreté, Albert Camus a toujours affirmé qu’il y avait été heureux. Il n’oublia jamais ses attaches originelles. Les hommes et les femmes du peuple habitent toute son œuvre et justifient ses engagements ». Dans la foulée, une projection du film « L’Espoir » de Peskine, d’après l’œuvre de Malraux est prévue.

Le 7 novembre, l’émission télé de France 5, « La Grande librairie » animée par François Busnel, prendra place à la bibliothèque Méjanes. Le 8 novembre, une table ronde animée par Antoine Spire sur le thème « Alexis Léger, Albert Camus et l’Europe », reviendra sur la position des deux écrivains soit Alexis Léger, alias Saint John Perse et Albert Camus sur l’Europe et notamment sur la réconciliation franco allemande d’après guerre. Avec Henriette Levillain, professeur à Paris IV, Agnès Spiquel, Marie-Sophie Doudet, et Georges-Henri Soutou, historien. Le 18 décembre à 16H, un documentaire d’archives « Amour de vivre : Albert Camus » de I. Fournel sera projeté à la Méjanes. Un spectacle pluridisciplinaire (théâtre, vidéo, poésie, photo) « Nord-Sud », mené par la Compagnie Alzhar, d’après « Le Premier homme » d’Albert Camus, analyse la portée de l’œuvre de l’écrivain auprès de lecteurs issus de cultures diverses. Le 12 décembre prochain.

Programme des évènements

citedulivreaix.com

 

 

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