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Alaa El Aswani : un écrivain au cœur de la révolution

31 octobre 2011

Du 16 septembre au 21 octobre, le théâtre de Nanterre-Amandiers proposait « J’aurais voulu être Egyptien », une adaptation du roman « Chicago » de l’auteur égyptien Alaa El-Aswani. Connu pour son premier gros succès en occident : « l’immeuble Yacoubian », l’auteur, grain de sel de la dictature depuis de nombreuses années, activiste de la révolution, est aujourd’hui l’un des écrivains les plus influents d’Egypte. Plongée guidée dans l’Egypte d’hier, d’aujourd’hui et de demain.


 

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Chicago, le roman d’Alaa El Aswani publié chez Actes Sud en 2007

Alaa El Aswani est grand, le visage rond et les traits durs, il parle aussi bien français qu’anglais, et est complètement accro à la nicotine. Le dentiste du Caire est au théâtre de Nanterre-Amandiers pour la représentation de la pièce « J’aurais voulu être égyptien », adaptée de son roman « Chicago ». Il est en permanence entouré de lecteurs fidèles qui lui tendent fébrilement un livre et un stylo. « Chicago », c’est un roman publié en 2006, en pleine ère Moubarak, un roman qui raconte l’exil d’une poignée d’égyptiens à Chicago, qui raconte aussi les aspirations démocratiques des jeunes égyptiens, leur rage, leurs rêves, qui raconte aussi la reproduction coriace d’un système bureaucratique et répressif. Chicago, c’est aussi une plongée dans l’Amérique de l’après 11 septembre, c’est aussi une série d’histoires d’amour impossibles qui dévoilent les méandres des relations humaines avec en toile de fond les conflits religieux, les oppositions politiques, le racisme, le sexe. Un livre magnifique, polyphonique, polymorphe, diablement prémonitoire du printemps égyptien.

Comment un livre aussi contestataire a-t-il pu être publié dans l’Egypte de Moubarak ? Le combat a été long : « En Egypte, il y a trois possibilités. Soit vous êtes très connu et fidèle au régime, soit vous avez les bons contacts, soit vous êtes obligés, pour vous faire publier, de passer par la maison de publication du gouvernement. C’est ce que j’ai dû faire, et j’ai été refusé trois fois, en 90, 94 et 98. Pour chaque roman, je finissais par payer moi-même une édition de 500 exemplaires, pour les amis et les critiques. Le paradoxe c’est que je finissais par être très connu et apprécié, mais sans lecteurs ». L’un de ses premiers romans était écrit à la première personne. Son personnage était frustré par la situation en Egypte, et l’attaquait virulemment, à coups de « Je m’en fous de l’Egypte, des égyptiens, de notre histoire ». Alaa El-Aswani présente alors le roman à la maison de publication du gouvernement : « Pour censurer, il faut avoir une dictature intelligente. Le fait est que le régime de Moubarak n’était pas très intelligent. Les gens du régime étaient bien plus ennuyés par mes articles de presse que par mes romans, car ils ne lisaient pas la littérature. La corruption amène des gens bêtes à des fonctions cruciales dans l’édition. Alors je suis arrivé à la maison de publication, et un employé m’a dit :

- je ne publierai jamais ce roman, car vous insultez votre pays
- Mais ce n’est pas moi, c’est mon personnage
- Mais, vous avez écrit ce roman, oui ou non ?
- Oui, mais je ne suis pas responsable des opinions de mes personnages. Si un de mes personnages est voleur, vous n’allez pas m’arrêter tout de même ?
- d’accord, je vous publie si vous écrivez en préface que vous n’êtes pas d’accord avec les opinions de votre personnage

Je voulais vraiment publier ce roman. Je me suis dit, allons-y à fond, ça fera scandale. J’ai écrit : Moi, Alaa El-Aswani, je tiens à dire que je ne suis absolument pas d’accord avec mon personnage, ce Monsieur n’est vraiment pas une bonne personne, et en réalité, je me fous de lui. J’ai tendu le paragraphe à l’employé de la maison d’édition, et il m’a dit : Ok, comme ça c’est bien, je publie. Malheureusement, peu de temps après, quelqu’un de plus intelligent m’a rappelé, et m’a dit que les deux premiers chapitres devaient sauter, sinon rien ».

Après trois refus, l’auteur pense à rendre son tablier. Il se lance tout de même, comme un dernier plaisir, dans l’écriture de « l’immeuble Yacoubian », en 2000, en se disant qu’il le tirerait comme d’habitude à 500 exemplaires sur ses fonds propres. C’est là que la roue du destin s’arrête : une maison d’édition privée, d’avant-garde, lit le manuscrit et accepte de le publier. « C’était très courageux car le roman balançait pas mal sur la société égyptienne de l’époque. Au bout de deux semaines, je reçois un coup de fil : la première édition était déjà épuisée. Et ce succès a protégé le roman » se souvient l’auteur. Aujourd’hui, « l’immeuble Yacoubian » s’est vendu à un million d’exemplaires dans le monde arabe et à peu près autant dans le reste du monde, traduit en 34 langues.

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Alaa El-Aswani lors d’un débat organisé en septembre au théâtre de Nanterre Amandiers en partenariat avec l’Institut du Monde Arabe

Un écrivain politique ?

Les romans d’Alaa El-Aswani ont tous en toile de fond l’Egypte de Moubarak. Mais quand un lecteur lui dit que son roman lui a permis de se rendre compte de la dictature égyptienne, l’auteur affiche un regard triste. « On n’a pas besoin de lire un roman pour connaitre la dictature de Moubarak. Dans mes romans, comme dans la littérature en général, l’élément contextuel, politique, n’est pas le plus important. C’est l’élément humain qui compte, qui rend la littérature intemporelle et universelle. Si vous lisez Dostoïevski, vous ne vous intéressez que peu aux problèmes politiques de la société russe du 19ème siècle. C’est dépassé, ce n’est plus utile. Par contre, encore aujourd’hui, on peut le lire et voir qu’il y a la vie dedans, des personnages qui ressemblent à des gens avec qui on travaille, avec qui on vit. Mais l’élément contextuel fait toujours plus de bruit. Ce qui est important dans mon roman, c’est de percevoir l’influence humaine de la dictature, de se rendre compte à quel point les gens sont déformés, à quel point ils souffrent sous une dictature. Alors, à chaque fois qu’il y aura une dictature, le roman sera utile », explique Alaa El-Aswani.

La Fontaine en Egypte

En plus de ses romans, Alaa El-Aswani écrit depuis 2 ans dans la presse égyptienne. Des articles très durs ayant tous la même chute : « la démocratie est la solution ». Une réponse aux frères musulmans qui disent, face à la dictature, « l’islam est la solution ». En 2010, la pression était incroyable. Chaque mardi, jour de publication des articles de l’auteur au Caire et à Beyrouth, le Général de la Sécurité d’Etat appelait le rédacteur en chef pour le menacer. « Le régime sentait que quelque chose se passait. Je n’ai pas été arrêté, mais j’étais sans cesse ennuyé, menacé. Alors je me suis mis à écrire des histoires avec des animaux, un peu comme La Fontaine. La première était l’histoire d’un vieil éléphant, qui voulait que son petit éléphant prenne sa suite comme responsable de la forêt. Mais seuls les ânes, les animaux les plus bêtes, acceptaient, car le petit éléphant était bête, irresponsable, il n’arrêtait pas de jouer avec l’eau. Cette fois-là, le Général a demandé : Mais qu’est-ce qui se passe avec El Aswani ? Le petit éléphant, c’est Gamal Moubarak, c’est le fils du Président ! Alors le rédacteur en chef lui a dit « Ecoutez, c’est une histoire d’animaux, c’est tout. D’ailleurs ça m’étonne beaucoup que vous la compreniez comme ça. L’éléphant c’est l’éléphant, et il a un petit éléphant, c’est tout ».

Le 25 janvier, Alaa El-Aswany est en train d’écrire quand la révolution éclate. Il arrêtera d’écrire pendant six mois : « J’étais toujours dans les rues ou dans les réunions. L’écrivain doit participer à la société, il n’est pas dans son bureau à chercher l’inspiration. Il doit rester dans la rue avec les gens. Je ne suis pas un homme politique, je reste toujours écrivain. Mais c’était mon rôle de participer à la révolution. C’est une pratique de l’écriture sous une autre forme, la défense des valeurs humaines. Je ne pouvais pas rester à la maison quand des gens se battaient pour la liberté », se souvient l’auteur. La révolution l’emporte en trois semaines. Pacifiquement. « Mais c’était très dur, ils nous ont tués. Dès le 28 janvier, les tireurs isolés étaient déployés. J’ai vu des gens tomber morts devant moi. J’ai vu la nuit le cercle rouge du viseur se balader sur les tempes. J’ai vu l’armée parallèle de la Sécurité d’Etat torturer des femmes, des vieillards ».

Un réveil égyptien ?

Alors peut-on parler de réveil de l’Egypte ? Il est clair qu’alors que des changements politiques ont lieu partout dans le monde, le Maghreb et le Proche-Orient rivalisent d’immobilisme depuis 50 ans. Cependant, pour l’auteur, réveil n’est pas le mot juste : « La dictature, la machine d’oppression était énorme. Mais il y a eu, au fil des années, une accumulation de résistances, souvent invisibles depuis l’Occident. A l’automne 2005 par exemple, le grand combat des juges égyptiens pour l’indépendance de la justice. Le refus d’une juge de superviser des élections qu’elle disait truquée. Au printemps 2008, une grande grève, lancée sur Facebook, et un régime qui perd le contrôle. Et puis, l’activisme de nombreux écrivains, militants, intellectuels contre la dictature. On se réveille quand on dort. Pour moi, l’Egypte n’était pas endormie ». Alain Gresh, rédacteur en chef du Monde Diplomatique, abonde dans son sens : « La révolution en Egypte est le résultat de luttes quotidiennes peu médiatisées. Notamment des grèves ouvrières depuis 2005. Les Egyptiens et les Tunisiens ont montré, pour la première fois, qu’il était possible de renverser un dictateur sans bain de sang. Huit mois plus tard, l’Egypte est toujours dirigée par l’armée. Malgré la rapidité de la victoire révolutionnaire, il est impossible de sortir de 50 ans de dictature et de construire en quelques mois une démocratie parfaite. En Europe, cela nous a pris deux siècles, et nos démocraties sont loin d’être parfaites »

Le 11 février, les révolutionnaires décident de se reposer sur l’armée pour faire transition démocratique. L’armée qui soutient traditionnellement le peuple et qui a refusé à maitnes reprises de tirer sur les manifestants. Aujourd’hui, la situation n’a pas évolué et la peur s’installe, en redécouvrant que le corps militaire n’a pas vraiment la conscience révolutionnaire : « Je pense que la révolution a fait une erreur en se reposant sur l’armée. Mais la révolution a le droit de se tromper. Elle doit maintenant rebondir » lance l’auteur.

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Alaa El-Aswany au théâtre de Nanterre Amandiers

Moubarak, « rempart de l’islamisme », et après ?

Les gouvernements occidentaux de droite ont soutenu Moubarak jusqu’au dernier moment. « Moubarak est utile pour l’Occident » lance Sarkozy. Si bien que la conférence de Charm el cheikh se transforme en anniversaire de Moubarak, ce leader sage et éclairé. Selon Alaa El-Aswani, l’Occident entretient un discours colonialiste puissant à l’égard du monde arabe : « C’est un discours du type : la démocratie, c’est pour nous les blancs, mais vous, est-ce que vous la méritez ? On a vraiment des doutes. Etudiez là un peu, ou encore mieux, contentez-vous d’un dictateur sage. La démocratie, c’est la justice, la liberté, l’égalité. Des principes d’humanité. Des peuples seraient moins préparés pour ça ? En auraient moins besoin ? Des peuples qui auraient donc moins d’humanité que d’autres. Ça s’appelle le racisme ». Pourtant, l’Egypte a toujours été précurseur en matière de libertés dans le monde arabe. C’est elle qui a accueilli le premier parlement, la première constitution après la révolution de 1919, ainsi que le premier gouvernement élu du monde arabe. Pour l’auteur, le dilemme Moubarak/fanatiques au pouvoir est inopérant : « En Occident, on ne connait pas l’Islam, on confond tout ça. Les torts sont des deux côtés : les médias occidentaux amalgament beaucoup, mais nous ne faisons pas d’effort pour se présenter de la bonne manière, pour expliquer. Mais les gouvernements occidentaux ne peuvent pas soutenir la dictature de Moubarak en tant que barrière à l’islamisme, et en même temps pactiser avec l’Arabie Saoudite ! » Dans un article du 4 février publié dans le Guardian, Noam Chomsky annonçait déjà que les Etats-Unis résisteraient jusqu’au bout à la révolution égyptienne, incapables d’accepter l’idée d’une Egypte indépendante. Pour le penseur, le soutien à la dictature de Moubarak relevait bien plus d’accords économiques bilatéraux et d’avantages réciproques que d’une pseudo protection contre l’islamisme.

L’influence du Wahhabisme

Au fil des pages de « Chicago », l’islam est toujours là, en filigrane, et les personnages ont tous avec lui des rapports très différents. Mais aujourd’hui, qu’en est-il de l’islam politique en Egypte ? Alaa El-Aswani nous explique : « Il y a 20 ans, j’ai lu les trois religions principales, et j’ai vu qu’elles portaient les mêmes principes. J me suis dit que les problèmes venaient des différentes interprétations possibles. La religion chrétienne a amené des valeurs humaines de tolérance et d’amour, mais l’Eglise a mené l’Inquisition et les croisades. De même, je ne pense pas que tuer des enfants à la bombe d’uranium, comme Israël a fait au Liban en 2006, ait quoi que ce soit à voir avec la religion juive. En 1899, grand penseur égyptien islamique, Mohammad Abdou, a libéré l’esprit égyptien, il a libéré la femme, la démocratie, l’art. Aujourd’hui, les femmes combattent pour conduire les voitures, mais en 1932, elles étaient pilotes ! . L’Egypte a toujours tenté de transmettre la tolérance dans les pays aux interprétations de l’islam plus fermées. Mais après 73, à cause de l’augmentation du prix du pétrole, les pays pétroliers ont acquis une force incroyable, surtout l’Arabie Saoudite. Des millions d’égyptiens ont été obligés d’aller y travailler. Alors l’Egypte a été infectée par le wahhabisme, l’interprétation ultra rétrograde de l’islam qui limite les libertés. L’argent saoudien contrôle les médias, la presse. Des chaines de télé sont dédiées à la présentation des idées wahhabites. En Egypte, les salafistes se sont développés. La plupart des mosquées dans les pays occidentaux sont construites avec l’argent saoudien, et proposent donc un enseignement wahhabite de l’islam, ce qui mène à des burqa dans la rue. Ça n’a rien à voir avec la tolérance de l’interprétation égyptienne. L’Arabie Saoudite, régime qui date du 14ème siècle où il n’y a pas de différence entre le budget du roi et celui de l’Etat, s’est bien entendue positionnée contre les révolutions arabes, et spécifiquement égyptienne. Ils se sont sentis menacés. Ils voient les changement démocratiques comme une menace pour toutes les familles royales du golfe ». Récemment, le premier ministre turc Erdogan est venu au Caire. Leader d’un parti islamique dans un état laïc, il a fait scandale auprès des frères musulmans en faisant l’éloge de la laïcité. Mais pour Alaa El-Aswani, l’Egypte a toujours été un état laïque : « Dès Mohammed Ali, l’Egypte était laïque. Dans la constitution de 1923, la religion a été séparée de l’Etat. Et même sous Nasser, qui était socialiste. La première fois qu’on dit, en Egypte, que l’islam peut faire Etat, c’est en 1928 avec les frères musulmans, mais ils n’ont pas de succès. Aujourd’hui, ils demandent un Etat civique avec un background islamique. Je ne sais pas ce que ça veut dire. Un Etat civique, c’est un Etat civique. Les salafistes, eux, sont plus clairs. Ils réclament un état islamique, et se demandent bien à quel jeu jouent les frères musulmans. Pour moi, c’est une façon de masquer la réalité : leur souhait d’un Etat religieux. Dans un état civique, on ne peut pas accepter d’avoir plusieurs catégories de population, en fonction de la confession. Tous doivent avoir les mêmes droits ». Mais pour Ali El-Aswani, l’Egypte ne pourra jamais accepter un Etat fanatique. Malgré leurs chaines de télévision et les millions investis chaque jour, les salafistes ne trouvent pas d’échos parmi la télévision : « dénoncer un auteur qui parle de bars dans ses romans, proposer de cacher les visages sur les monuments pharaoniques, tout cela est trop pour une identité égyptienne qui est stratifiée. Avant d’être arabes musulmans, nous étions égyptiens pendant plus de 40 siècles ».

Egypte/Israël, des relations tendues

Dans « Chicago », Alaa El-Aswani a choisi une histoire d’amour impossible pour représenter les relations entre l’Egypte et Israël. Nagui, jeune poète égyptien révolutionnaire, tombe amoureux de Wendy, jeune femme juive travaillant à la Bourse de Chicago. Leur idylle sera passionnée, sublime, pure, mais finalement broyée par la peur, la suspicion, l’intolérance et la répression politique. L’Egypte révolutionnaire qui voudrait aimer Israël mais qui s’en voit détachée par le contexte politique ? L’écho avec l’actualité est quelque peu frappant. Il y a quelques semaines, six soldats égyptiens se faisaient abattre par Israël, puis au Caire, l’ambassade d’Israël se voyait attaquée par des manifestants. Alaa El-Aswani commente : « Les israéliens ont tué 6 militaires égyptiens en violant nos frontières au moment où notre gouvernement était en situation de faiblesse. Le premier ministre israélien, Netanyaou, a dit qu’il ne s’excuserait jamais pour ces actes. Je trouve cela incroyable, et en cela je comprends la colère égyptienne. Par rapport à l’attaque de l’ambassade d’Israël au Caire, je ne l’approuve bien évidemment pas, mais l’armée présente des preuves que des gens ont été payés pour faire ça. Je connais moi-même tous les leaders de la révolution égyptienne et ceux qui ont attaqué l’ambassade n’en font pas partie. Ils ont aussi attaqué, en même temps, le ministère de l’intérieur et brulé le département de sécurité. Pour moi, c’est l’œuvre de la contre révolution, qui a voulu détruire l’image de la révolution, détruire l’image de la nouvelle Egypte en la montrant incapable de protéger les ambassades étrangères sur son sol ». D’ailleurs, le jour de l’attaque, le vendredi 9 septembre, était un jour important pour la révolution. De grandes manifestations avaient lieu contre la politique de l’armée, contre notamment les jugements de civils devant des tribunaux militaires. Des millions d’égyptiens étaient dans la rue. « Je me souviens que je me suis dit : cette journée ne peut pas se finir sans problème. L’attaque a eu lieu, les manifestants ont été décriés, trainés dans la boue par les médias, et l’armée a perpétué l’état d’urgence » souligne Alaa El-Aswany, avant de balayer de la main la question religieuse : « Les juifs ont longtemps été des égyptiens comme les autres : ils ont participé au service militaire, à la révolution de 1919, le secrétaire du leader de la révolution était juif. Les businessmen juifs égyptiens ont aidé à bâtir une économie égyptienne indépendante. La question n’est pas celle de la religion. Les fanatiques se situent des deux côtés, tenant d’ailleurs le même discours, essayant de pousser le conflit vers le religieux. Mais Israël pourrait être hindou que leur politique envers les palestiniens serait tout aussi décriée. Seuls les fanatiques s’opposent à Israël comme Etat juif. Même les frères musulmans refusent ce positionnement. Je pense que c’est le moment pour Israël de faire la paix avec le peuple égyptien, et pas avec les dictateurs. Le gouvernement égyptien, quel que soit son background, ne créera pas de problèmes avec Israël : la dernière chose dont nous avons besoin, aujourd’hui en Egypte, c’est de créer des problèmes avec nos voisins. L’Egypte est dans une situation catastrophique, Moubarak l’a détruite et la reconstruction prendra des années ».

Depuis la victoire de la révolution, Alaa EL-Aswani s’est remis à écrire, entre deux dévitalisations de molaires. Il sortira, courant novembre « Chroniques d’une révolution » chez Actes Sud. Ses romans « l’immeuble Yacoubian », « Chicago », « J’aurais voulu être égyptien » sont disponibles en français. Des romans à croquer à pleines dents.

 



 

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