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Afrique, en toutes indépendances ? Enfin presque...

22 janvier 2011 - Dernier ajout 26 janvier 2011

Hier soir avait lieu à la Maison du peuple kurde la première partie des rencontres organisées par Lectures du monde et Peuple et culture, autour du thème des indépendances africaines, cinquante ans après. Le point de départ : le onzième numéro de la revue Riveneuve Continents, consacré à l’Afrique, en toutes indépendances. Une trentaine de textes écrits par douze auteurs, originaires de onze pays différents. Entre lectures de nouvelles et poésies et projection de film, Antoine de Gaudemar - rédac’ chef de la publication -, et Antoine Tshitungu Kongolo - écrivain - ont donné leur point de vue sur un demi-siècle de (semi) liberté. Ce soir, la conférence se poursuit, à partir de 19h.


 

Deux Antoine pour deux conférences. Hier à la Maison du peuple kurde, la soirée était consacrée au cinquantenaire des indépendances africaines. Une conférence organisée par les associations Peuple et culture et Lectures du monde, qui se poursuit ce soir, et qui réunissait autour du numéro 11 de la revue Riveneuve Continents* intitulé Afrique, en toutes indépendances Antoine Tshitungu Kongolo, écrivain originaire du Congo Kinshasa ayant participé à l’œuvre collective, et Antoine de Gaudemard, rédacteur en chef de la revue mise à l’honneur.
La projection du documentaire « Lumumba, la mort du prophète », réalisé en 1991 par Raoul Peck sur l’assassinat de Patrice Emery Lumumba, figure de l’indépendance congolaise et héros national, devait prolonger le débat. Mais avant cela, avec Andrée Vidal qui animait la discussion, les deux invités (ils devaient être trois, cependant Monique Agenor, auteur d’origine réunionnaise, n’a pu se rendre sur place) ont livré leur vision des indépendances africaines, plus spécifiquement de l’aire francophone sortie du joug colonial français ou belge il y a un demi-siècle. Le tout, entrecoupé de lectures de textes tirés de l’ouvrage.
«  Il nous a semblé naturel en 2010, au moment où il y avait la célébration du cinquantenaire des indépendances, de demander à des écrivains d’origine africaine, vivant en Afrique ou dans la diaspora, de donner leur point de vue sur ce que signifiait pour eux cet anniversaire », commence Antoine de Gaudemar. Pour ce onzième numéro de la revue, pas moins de douze écrivains, originaires de onze pays, ont livré une trentaine de textes inédits. Parmi eux des pointures de la littérature, comme Léonora Miano, Cheikh Amidou Kane, Ludovic Obiang, Laurent Couao Zoti ou encore Patrice Nganang... Pour l’ex-directeur de la rédaction de Libération, « on peut répondre aux questions de notre temps avec toutes les armes de la littérature, avec tous ses genres ». « La production montre la vivacité et la beauté de l’écriture », complète Andrée Vidal.

Décolonisation n’est pas indépendance

« Je crois que le mot décolonisation qu’avait lancé Aimé Césaire à l’époque, nous devons l’avoir à l’esprit », explique Antoine Tshitungu Kongolo, qui fût professeur à Lubumbashi avant de s’installer à Bruxelles, en Belgique, pays qui par la volonté du Roi Léopold II « s’était taillé un empire colonial à lui tout seul, et cet empire colonial c’est la République Démocratique du Congo en Afrique centrale ». La RDC qui « n’avait pas été préparée ni au propre ni au figuré à un quelconque processus de décolonisation ». D’où « un malentendu », selon Kongolo, «  les Africains s’attendant à l’indépendance et les anciennes capitales impériales tout simplement à une décolonisation. Elles voulaient avoir la mainmise ». Cette prise de pouvoir en sous-main s’est notamment traduite à travers l’économie et la finance. Et a impliqué « un record entre 1960 et 1963 d’assassinats politiques en Afrique [qui ont frappé] la plupart des leaders emblématiques » de l’époque.
La question de la mémoire reste un point d’achoppement : « La Belgique est jonchée des mémoires dédiées aux prétendus héros de la colonisation qui auraient amené la civilisation en Afrique centrale parce qu’ils pensaient qu’il n’y en avait pas. Aujourd’hui nous pensons, nous, que c’était la "syphilisation" ». Kongolo parle de « conflit entre mémoire et histoire », lui qui a écrit un Panorama de la poésie congolaise intitulé Poète, ton silence est un crime. Cette anthologie en quelque sorte tient lieu de mémoire collective. Car comme le souligne l’auteur, la part de vérité oubliée des livres d’Histoire peut se retrouver dans la culture orale africaine, aventures contées en famille, espoirs mis en prose, leaders politiques chantés. Ainsi entend-t-on dans la musique post-indépendances de nombreuses allusions aux événements et personnages emblématiques : Lumumba, interprété par Balla & Ses Balladins, ou encore Table Ronde par Grand Kallé et l’African Jazz pour ne citer qu’eux.

 

 

Afrique, en toutes indépendances
Le samedi 22 janvier dès 19h
Maison du peuple kurde
29, boulevard Longchamp
13001 Marseille
Contact : 04.91.24.89.71. ou 06.62.39.30.84.

- 19h : témoignages sur la création cinématographique avec Olivier Barlet (Africultures), et Antoine Tshitungu Kongolo (Ecrivain).

- 19h30 : projection de « Kukan Kourcia, le cri de la tourterelle », documentaire de Sani Elhadj Magori : un long voyage du Niger à la Côte d’Ivoire...

- 21h30 : projection de « Un transport en commun », comédie musicale franco-sénégalaise de Dyana Gaye.

Un repas végétarien sera proposé entre les séances et une table de littérature entièrement dédiée à la production africaine sera installée par la librairie marseillaise Histoire de l’Oeil.

* Revue littéraire s’intéressant aux littératures de langue française de par le monde, publiée par les Editions RiveNeuve, nées sur le Vieux Port à Marseille.

 

 

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