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Affaire de boycott / Alima Boumédiene-Thiery : « Qui veut noyer son chien, l’accuse d’avoir la rage »

28 septembre 2010

Nicolas Sarkozy exprimait hier, en présence du chef de l’autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, sa déception face au choix fait par le gouvernement israélien de ne pas prolonger le moratoire sur les constructions dans les territoires occupés. Si aujourd’hui le contexte international condamne la colonisation, la justice française ne partage pas les mêmes opinions. C’est ce que certains militants ont appris à leurs dépens. En effet, ils sont actuellement poursuivis devant les tribunaux pour avoir appelé au boycott afin de dénoncer la colonisation. Le 14 octobre* prochain et pour la première fois, une parlementaire, Alima Boumédiene-Thiery, devra faire face à la justice pour avoir participé à une action de boycott dans un magasin Carrefour du Val d’Oise dans le cadre de la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanction). Cette dernière, accusée d’ « incitation à la haine raciale » est connue pour son combat pour l’égalité et sa lutte contre les discriminations. Ardente défenseuse de la liberté du peuple palestinien, Alima Boumédiene-Thiery maintient ses positions politiques courageuses et humanistes. A deux semaines du procès, la sénatrice nous a accordé un entretien.


 

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En quoi consiste la campagne BDS qui vous vaut aujourd’hui d’être poursuivie pour « incitation à la haine raciale » ?

Dans la campagne BDS (Boycott Désinvestissement Sanction), nous sommes un certain nombre de collectif à travers l’Europe et je dirais même à travers le monde, à organiser des actions qui ont pour objet de sensibiliser le consommateur lambda sur la situation des produits qui en provenance d’Israël, en violation totale des directives européennes. Ces produits sont mis sur le marché et apportent une certaine plus value à ces entreprises qui exportent des produits illégaux parce qu’ils viennent en réalité des territoires occupés, territoires annexés illégalement.

Donc pour montrer d’une part la violation d’Israël face au droit international et au droit européen sur les produits d’origines et surtout pour montrer notre désaccord avec l’occupation illégale d’Israël en Palestine occupée, nous avons décidé de mener des actions de boycott, un peu à l’image des actions de boycott qui se faisaient pour l’Afrique du Sud lorsque l’apartheid existait encore. Il s’agissait avant tout de se battre contre l’apartheid, contre les discriminations et en particulier faire savoir à l’opinion publique que nous n’acceptons pas l’impunité dont bénéficie aujourd’hui un Etat, en l’occurrence Israël, face à la violation continue du droit international.

C’est donc une campagne qui repose sur les principes de la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ainsi que sur le droit international ?

Cette campagne repose sur les résolutions du droit international qui n’ont jamais été respectées mais aussi sur une directive européenne liée aux accords d’associations entre Israël et l’Europe. En effet, les privilèges liés à cet accord d’association commercial sont notamment soumis à la clause sur le respect des droits et des libertés démocratiques. Elle n’a jamais été respectée par Israël. A cela s’ajoute le non respect de la traçabilité des produits qui permettrait aux consommateurs de savoir d’où viennent ces produits. Or, Israël fait en sorte de ne pas mettre en évidence la provenance de ces produits parce qu’ils viennent en réalité des territoires occupés.

C’est pourquoi vous jugez ce combat nécessaire ?

C’est un combat fondamental. Je veux dire qu’on ne peut pas avoir une géométrie variable sur le respect du droit international. Lorsque le droit international est bafoué dans certains pays, on n’hésite pas parfois à déclarer la guerre et à utiliser des armes pour faire respecter ce droit international. On ne peut pas laisser faire ces pays qui signent des conventions et qui les méprisent après.

Comprenez-vous pourquoi on vous accuse d’« incitation à la haine raciale » ?

Non. C’est une instrumentalisation qui est faite pour me faire taire. Il y a une forme de chantage à l’antisémitisme qui responsabilise ou culpabilise pour faire taire des personnes et ça c’est un chantage que je n’accepte pas et puis bon « qui veut noyer son chien, l’accuse d’avoir la rage ».

Il y a actuellement une vague de poursuites judiciaires contre des citoyens qui ont mené des actions de boycott ...

Oui tout à fait. Un ensemble de militants et de militantes pacifistes qui revendiquent le droit à faire connaitre le droit international et à faire savoir qu’ils sont en désaccord avec l’impunité dont bénéficie Israël, sont aujourd’hui poursuivis un peu partout en France. Nous en avons eu à Bordeaux (ex : Sakina Arnaud, ndlr). Il y en a Montpellier, à Mulhouse. A travers la France, on a différentes situations de militants et de militantes poursuivis devant les tribunaux. C’est la première fois qu’une parlementaire est poursuivie (pour ce type d’action, ndlr) alors que la liberté est un fait, en particulier la liberté d’expression des parlementaires. C’est en tout cas une garantie qu’ils ont.

Nicolas Sarkozy a déploré la fin du gel des colonies. Qu’en pensez-vous ?

Ça reste un discours. Un discours qui n’a rien avoir avec la réalité à partir du moment où il ne le met pas en pratique. S’il avait vraiment voulu, il aurait pu peser sur la balance et faire pression sur Israël afin qu’il respecte le droit international.

Comment expliquer que vous êtes l’une des rares politiques à déployer autant d’énergie pour défendre la cause palestinienne ?

Il y a des politiques qui mènent des discours mais quand il s’agit de décliner ces discours dans une réalité ou parfois il y a des risques à prendre, ben, cela reste dans l’état de discours. Et puis, il y a d’autres politiques qui considèrent que le discours doit avoir un sens et doit être décliné concrètement sur le terrain. Il y a peut être aussi ceux qui n’en pensent pas moins, qui sont certainement d’accord avec moi mais qui ne peuvent pas s’exprimer aussi librement parce qu’il y a des enjeux de pouvoirs et aussi des lobbyings.

Etes-vous soutenue par les parlementaires ?

Plusieurs parlementaires ont signé un appel à la liberté d’expression. Ce sont des députés et sénateurs français, y compris des parlementaires européens de différents partis. Il y’a en effet des élus qui se mouillent aujourd’hui. Il y a également le député Galloway - (président de l’organisation « Viva Palestine » qui organise des convois d’aide humanitaire destinés à Gaza, ndlr) - qui me soutient en Grande Bretagne et qui a décidé de mener une grande campagne à travers le monde afin de mobiliser des personnalités et des élus qu’il connait.

Le 11 octobre prochain, on aura une conférence de presse au Sénat et j’espère que beaucoup de sénateurs vont réagir et puis le 14 octobre, il y aura certainement une mobilisation citoyenne assez forte, non pas pour me défendre mais pour défendre la liberté d’expression.

Le combat que je mène ce n’est pas le combat d’une parlementaire c’est le combat d’un ensemble de citoyens et de citoyennes qui veulent faire respecter le droit international, c’est la garantie de nos libertés et c’est aussi la garantie pour une paix juste et durable.

De nombreuses associations appellent au rassemblement devant le tribunal de Pontoise le 14 octobre prochain à midi.

 



 

 

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