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Affaire Hakim Ajimi : des peines avec sursis requises contre les agents de la BAC. Jugement rendu le 24 février prochain.

23 janvier 2012

Après une semaine de procès des deux agents de la BAC et des 5 policiers municipaux ayant procédé à l’interpellation mortelle d’Hakim Ajimi en 2008 à Grasse, la famille et les membres des collectifs « Vérité et Justice pour Hakim Ajimi », venus de toute la France, se sont rassemblés vendredi au centre de ville de Grasse pour appeler notamment à maintenir la mobilisation contre l’impunité policière et notamment le 24 février, date à laquelle le verdict sera donné. L’émotion et la fatigue étaient palpables et la colère à la hauteur de la « mascarade » qui s’est produit au cours de ce procès, selon Boubaker Ajimi. Malgré des « témoignages édifiants » et des rapports d’expertises accablant les agents de la BAC, « les policiers ont bénéficié de la complaisance du tribunal correctionnel de Grasse » a dénoncé Walid Klai, porte-parole du comité de soutien. Face aux connivences entre les institutions judiciaires et la police, la famille Ajimi, suivie de nombreuses organisations, a décidé de boycotter l’audience du jeudi 19 février pour signifier leur position face à une justice qui leur « tourne le dos ». Le procureur Jean-Louis Moreau a notamment requis des « peines minimes », soit du sursis simple n’excédant pas deux ans. Des rassemblements sont prévus les 24 et 25 février prochains. Extrait des interventions en vidéo et notamment celle de Dorsafe Briki, résumant le déroulement de cette semaine de procès.


 

Tour à tour, les proches et les soutiens de la famille Ajimi ont pris la parole face aux 200 personnes rassemblées non loin de l’interpellation mortelle dont a été victime le jeune homme de 22 ans. Au cours de ce second rassemblement, (le premier a eu lieu le 7 janvier dernier) il était question de revenir sur le procès qui a eu lieu du 16 au 20 janvier dernier et qui a mis sur le banc des accusés, deux agents de la BAC, poursuivis pour « homicide involontaire » et cinq policiers municipaux, poursuivis quant à eux, pour non-assistance à personne en danger.

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Dorsafe Briki

Pour Dorsafe Briki, membre du comité Vérité et Justice pour Hakim Ajimi, « les policiers ont eu droit à une complaisance incroyable » malgré des rapports d’expertises pointant du doigt un usage disproportionnée de la force. Quant aux techniques d’immobilisation, elles ont vivement été décriées à l’image de la clé d’étranglement, « une pratique à utiliser qu’en cas d’urgence » a insisté Dorsafe Briki, pour qui l’usage de cette technique n’était plus nécessaire, puisque le jeune était déjà immobilisé, les pieds et les mains menottés. La défense a quant à elle plaidé que les policiers n’avaient fait qu’appliquer les techniques apprises à l’école.

Gérard Ludovic, l’un des onze témoins de la scène avait alors tenté de venir en aide à Hakim, qui selon lui, avait le visage rouge et demandait à respirer. C’est pourquoi, Gérard Ludovic, s’est interposé en demandant aux policiers d’arrêter de faire pression sur sa colonne vertébrale, puisque le jeune homme était déjà maitrisé. Le témoin a ensuite été interpellé puis conduit au commissariat ; là où il entendra un pompier dire : « Hakim Ajimi ne respire plus ».

Témoignage de Gérard Ludovic.

« Les rapports d’expertise médicale ont conclu que la mort d’Hakim était due à une lente asphyxie, résultat d’une compression thoracique et d’une clef d’étranglement pratiquées par deux policiers de la BAC avec trop de force et durant trop longtemps.
A la question du juge Franck Robail : Si vous aviez le pouvoir de revenir en arrière, que feriez-vous et que vous ne referiez-vous pas ? L’agent de la BAC, Mr Lebeaupin a répondu : « Je referais exactement pareil ».
Malgré une succession de graves fautes professionnelles, le procureur a requis de simples peines avec sursis pour les sept policiers.

Soit :

• J.-M. Moinier : 1 an à 18 mois avec sursis simple

• W. Lebeaupin : 18 mois à 2 ans avec sursis simple

• J. Manach : 6 à 8 mois avec sursis simple

• B. Julien : 1 an avec sursis simple

• A. Bekhira : 6 mois avec sursis simple

Ces peines, qui pourraient ouvrir la voie à de lourdes sanctions disciplinaires, la famille les qualifie de « ridicules car n’étant pas à la hauteur des faits qui sont reprochés aux policiers » surtout lorsqu’un voleur a récemment été condamné à 3 ans de prison ferme par le tribunal de Nice.

« Le Procureur a pourtant insisté sur la « responsabilité évidente des policiers dans la mort d’Hakim » et a repris la qualification d’« inhumanité » mise en avant par la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité » explique le comité de soutien à la famille Ajimi.

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Le 16 février, la famille boycotte l’audience

Face aux « connivences entre l’institution judiciaire et la police », la famille et le comité de soutien ont choisi de quitter la salle et de boycotter la dernière journée d’audience. « Puisque la justice nous tourne le dos, nous aussi nous lui tournons le dos : nous avons refusé de cautionner un jour de plus cette mascarade judiciaire » a justifié le comité.

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Mohamed Mechmache

Un comité qui appelle notamment «  tous les membres des différents comités du type « Vérité et Justice » crées à la suite de crimes policiers, ainsi que toutes les personnes qui se sentent concernées par ces violences à converger pour continuer la mobilisation ». De nombreux comités ont déjà rejoint la lutte, parmi eux : les comités « Ali ZIRI, Lamine DIENG, Wissam EL YAMNI, Abou Bakari TAMDIA, Mamadou MAREGA, Abdel EL JABRI, Djamal GHERMAOUI »

Un rassemblement est prévu le 24 février prochain, date du jugement ainsi que pendant la journée du 25. Une journée qui aura pour but d’organiser « une riposte globale » contre les violences policières. L’idée de créer une Fondation qui accompagnerait financièrement, juridiquement et humainement les familles, a été mise en avant. L’objectif est de ne plus laisser les familles livrées à elles-mêmes face aux violences policières, à l’injustice et au corporatisme d’Etat. L’expérience d’un certain nombre de collectifs pourrait servir à créer cette fondation. Le 25 février sera l’occasion d’étudier en profondeur les démarches et les différentes propositions, et ce, afin que ce problème devienne un problème national » a lancé Mohamed Mechmache, d’AC Le Feu. Adil Fajry, membre du comité Vérité et Justice pour Hakim dans la région marseillaise, a quant à lui, appelé les habitants des quartiers populaires à investir le terrain social et surtout politique, à l’image du Front Uni des Immigrations et des Quartiers qui commence à voir le jour.

En attendant, la famille de Wissam El Yamni, décédé le 1er janvier dernier à Clermont-Ferrand, suite à son interpellation par la police, a besoin d’aide. De nombreuses organisations et de collectifs de type « vérité et justice » crées à la suite de crimes policiers, sont allés à Clermont-Ferrand pour proposer leur soutien.

« Je suis sûr que le mouvement citoyen partira de Grasse » a conclu Walid Klai, le porte-parole du comité « Vérité et Justice pour Hakim Ajimi ».

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Walid Klai

Mobilisation marseillaise

Le rassemblement principal a été organisé à Grasse, les autres villes de France ont, elles aussi, tenu à affirmer leur soutien. A Marseille, une quinzaine de personnes se sont réunies, devant le Tribunal de Grande Instance, valeur de droit et de justice, à l’appel du Collectif Cité en Mouvement : « on a mené l’initiative à Marseille car des personnes ne pouvaient pas se déplacer jusqu’à Grasse ». Un appui, apporté également par La Ligue des Droits de l’homme et Amnesty International qui a déploré que « ce soit toujours les mêmes personnes qui se fassent interpeller plutôt que d’autres ».

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L’organisation de solidarité internationale a argumenté ses propos en rappelant les cas exposés dans son rapport « France : notre vie est en suspens. Les familles des personnes mortes aux mains de la police attendent que justice soit faite ». Cinq cas de décès de personnes étrangères ou d’origines étrangères y sont répertoriés, «  sans que la lumière soit faite sur les circonstances ayant entraîné leur mort ». Des citoyens lambda, touchés par la tragédie, ont fait le déplacement comme cette jeune femme, Lise 26 ans, qui ne reconnaît plus « les fondements de la démocratie » et qui est devenue « indigné » : « je ne connais pas la personne mais ça m’a choqué la manière dont ça s’est déroulée. Je suis là par solidarité ».

Un rassemblement qui s’est déroulé en toute humilité. Comme tient à souligner Sofiane du Collectif Cité en Mouvement, « on n’est pas là pour faire le procès du policier mais quand on voit la peine demandée par le Procureur de la République, on se rend compte qu’il y a un véritable problème ! », avant que Christopher du Collectif conclut « si on veut une confiance entre la police et la population, il faut d’abord être clair ».

Pour plus d’infos :

Contact : comite_hakim_ajimi@riseup.net

Contact pour la journée du 24 :appeldu24fevrier@gmail.com

 

 

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