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Affaire Ali Ziri : le retrait de la plaque qui ravive la colère

8 février 2012

Le 11 juin 2009, Ali Ziri, retraité de 69 ans, trouvait la mort à l’hôpital d’Argenteuil, 48h après son interpellation par la police nationale. Le 14 janvier, une plaque avait été érigée à l’endroit de l’interpellation. Suite aux pressions du ministère de l’intérieur et des syndicats, elle a été retirée, le 31 janvier. Lundi, le collectif Vérité et Justice pour Ali Ziri se rassemblait à Argenteuil à l’emplacement de la plaque, pour dénoncer son retrait et afficher sa détermination à se battre.


 

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l’emplacement, désormais vide, de la plaque, à Argenteuil © Noémie Coppin/Med’in Marseille

La plaque dérangeante ne sera restée que quinze jours au croisement des rues Antonin George Belin et Jeanne d’Arc, lieu de l’interpellation d’Ali Ziri et de son compagnon Arezki Kerfali, le 9 juin 2009. Et c’est Claude Guéant en personne qui a pris les choses en main. Lors de la cérémonie des vœux du syndicat Unité SGP FO, il annonce qu’il a « demandé et obtenu » son retrait par la mairie d’Argenteuil, qui avait pourtant délivré un arrêté municipal autorisant son installation. Que disait cette plaque ? « Ali Ziri, 69 ans, mort le 11 juin 2009 suite à son interpellation par la police nationale, ici même ». Et c’est bien ce « suite à » qui a dérangé les syndicats de police.

Ils ont unanimement condamné la plaque et demandé son retrait. Frédéric Jung, secrétaire départemental d’Unité SGP Police, se dit satisfait du retrait, et assure qu’il ne s’agissait pas de porter atteinte à la mémoire du défunt : « Il ne s’agissait que de la défense de nos collègues. Jusqu’à preuve du contraire, un citoyen, tant qu’il n’est pas condamné par la justice, a droit à la présomption d’innocence. Tout ce qu’on veut, c’est que la vérité éclate dans ce dossier. La plaque salissait toute la fonction policière. La famille du défunt n’a pas besoin de ça pour faire son deuil. Si le juge décide que les policiers sont coupables, ils le seront en tant que personnes individuelles, non pas en tant qu’institution de la police nationale. S’ils sont jugés coupables, la sanction judiciaire sera suivie par une sanction administrative », explique-t-il.

Pour l’instant, selon les syndicats de police, aucun élément ne permet d’affirmer la responsabilité des policiers dans la mort d’Ali Ziri. Et pourtant. Quand la première autopsie de l’hôpital d’Argenteuil conclue à la mort par hypertrophie cardiaque (fragilité du cœur), la mobilisation citoyenne est telle que la juge d’instruction commande, le 24 juin 2009, une nouvelle autopsie. Elle est réalisée par Dominique Lecomte, directrice de l’institut médico-légal de Paris. Le ton est différent, et la conclusion accablante : « Monsieur Ali Ziri est mort suite à un arrêt cardio-circulatoire d’origine hypoxique généré par suffocation et appui postérieur dorsal ». 27 hématomes entre 12 et 17 cm sont identifiés. (En mars 2011, des examens complémentaires viendront d’ailleurs confirmer la mort d’Ali Ziri suite à la méthode dite du « pliage »). La juge d’instruction livre alors son réquisitoire : homicide involontaire, ayant entrainé la mort sans intention de la donner. Autrement dit, elle reconnait alors un lien entre la technique d’interpellation et la mort d’Ali Ziri. Mais l’affaire piétine. Jusqu’à ce qu’un deuxième juge d’instruction s’empare de l’affaire. Il n’auditionne aucun témoin ni policier. C’est l’IGPN (Inspection Générale de la Police Nationale) qui mène l’enquête, sur commission rogatoire. Et c’est bien cela que dénonce le collectif Vérité et Justice pour Ali Ziri : « C’est comme si, dans un match de foot, l’avant-centre était aussi arbitre, lance Arezki Semache, l’un des membres. Il s’agit de trois policiers interpellateurs, et de huit autres qui ont laissé faire. On parle d’atteintes graves aux droits de l’homme et à la dignité humaine : un témoin, alors en garde à vue au commissariat, affirme avoir vu l’un des policiers s’essuyer les pieds sur la tête d’Arezki Kerfali, après avoir marché dans son vomi. Mais ni ce témoignage, ni aucun autre n’a été entendu par le juge d’instruction ». Pour Unité SGP Police, la justice fait ses choix et personne n’a à les contester : « A partir du moment où la justice estime que les auditions administratives de l’IGPN étaient conformes à ce qu’elle attendait, il n’y a aucune raison pour que les fonctionnaires de police soient entendus une deuxième fois ».

En 2009, la commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), entité indépendante, enquête sur l’affaire Ali Ziri et reconnait des «  traitements inhumains et dégradants, disproportionnés par rapport à l’âge d’Ali Ziri ». Mais son avis n’est que consultatif. Depuis le 1er mai 2011, cette instance indépendante n’existe d’ailleurs plus, elle a été remplacée par le défenseur des droits, nommé par le président de la république. Dans son rapport du 2 avril 2009, intitulé « des policiers au-dessus des lois »,(voir le rapport), Amnesty International réclamait déjà une instance indépendante de la police qui puisse enquêter sur celle-ci. Pour que, conformément aux fondements républicains, personne ne soit à la fois juge et partie. Déposé par le groupe communiste à l’Assemblée en février 2011, à l’initiative de Sihem Souid, auteur d’Omerta dans la police le projet de loi pour la création d’un comité d’éthique de la sécurité, indépendant, est toujours au point mort

Pour Frédéric Jung, du syndicat SGP Police, la police est déjà la profession la plus surveillée de la fonction publique : « Dans la profession, on n’a pas besoin d’une entité indépendante, on a déjà des services de police qui surveillent les policiers. Et il y a plus de 3000 policiers sanctionnés chaque année en conseil de discipline. Laissons le juge d’instruction faire son travail. La CNDS était indépendante mais n’avait pas tous les éléments dont dispose la justice ».

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© Noémie Coppin/Med’in Marseille

Ce que le collectif regrette aussi, c’est l’absence de reconstitution des faits. L’autopsie de l’institut médico-légal de Paris et le rapport de la CNDS attestent pourtant que la mort d’Ali Ziri, 48h après l’interpellation, est conséquente à la pratique dite du « pliage », interdite au sein de la police. Là encore, le syndicat conteste : « Il s’agissait d’une conduite en état d’ivresse. Déjà, il y avait un premier délit. Les individus ne se sont pas laissé faire, et les collègues ont utilisé la force strictement nécessaire pour les neutraliser. Ce qui est en cause, c’est une carence de 40 minutes aux urgences de l’hôpital, qui aurait été fatale à Ali Ziri. Mais les policiers ne sont pas médecins. C’est le service hospitalier qui détermine les urgences. En tout état de cause, il n’y a eu aucune violence. Les policiers ont été fermes, mais il n’y a jamais eu un coup déplacé. Ali Ziri est rentré au commissariat, il a été transporté vivant à l’hôpital, il y est décédé 48h plus tard. Dire tout de suite que la faute incombe aux policiers, c’est un peu facile ».

Quoi qu’il en soit, pourquoi, dans le réquisitoire du procureur de la république, l’épisode du pliage n’est-il pas du tout mentionné ? Le collectif s’interroge sur la volonté de la Justice à faire toute la lumière sur cette affaire, et se questionne : «  comment peut-il y avoir vérité si l’enquête est bâclée ? »

Avec amertume mais sans surprise, le collectif accueille, le 14 décembre dernier, le réquisitoire du procureur de la république : non-lieu. Le juge d’instruction devra trancher, dans les deux mois : aller dans le sens du procureur ou tout reprendre à zéro. « Si toutefois il y avait non-lieu au final, nous irons en appel, toutes les poursuites judiciaires possibles seront engagées, nous irons aussi loin que dans l’affaire Hakim Ajimi à Grasse récemment », explique Omar Slaouti, membre du collectif.

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Arezki Kerfali et sa femme Josiane © Noémie Coppin/Med’in Marseille

Ironie du sort, c’est pour l’instant une victime qui se retrouve sur le banc des accusés. Arezki Kerfali, compagnon d’Ali Ziri interpellé en même temps que lui, va passer au tribunal de Pontoise le 8 mars, pour « outrage » : « On m’accuse d’avoir insulté les policiers. Le 9 juin 2009, à 20h30, j’étais au volant, Ali était passager. La police m’a fait signe d’arrêter. Je me suis garé. Ils ne m’ont même pas demandé les papiers du véhicule, ni mon permis. Ils ne m’ont pas fait souffler dans le ballon. Ils m’ont fait sortir, m’ont jeté à terre. Ils m’ont marché dessus. Et je devrais me laisser faire ? Même un chien, quand on marche sur sa patte, il mord ». Aujourd’hui, l’homme est suivi psychologiquement, il a perdu le sommeil et l’appétit. «  J’ai 5 enfants, je suis trois fois grand père. Ça fait 44 ans que je suis ici, et je n’ai jamais vu ça. Ils n’avaient pas le droit de nous humilier, de nous violenter. Je n’oublierai jamais. Si la police avait bien fait son travail, Ali Ziri serait vivant aujourd’hui. Il est mort pour rien. Avec deux européens, ça ne se serait jamais passé comme ça ». L’homme parvient à peine à contenir le tremblement de ses lèvres, et ses yeux se troublent. Mais il veut encore croire en la justice française : «  S’il n’y a plus de justice, chacun fait ce qu’il veut, c’est la guerre. Je crois encore en la justice, mais je commence à croire qu’il y a deux vitesses. Une justice pour les riches et une pour les pauvres ». Ce qu’il souhaite ? Que les coupables soient jugés et punis pour leurs actes, tout simplement. Josiane, sa femme, se bat à ses côtés et l’épaule comme elle peut depuis le jour du drame : « Ce jour-là, j’ai retrouvé mon mari dans un état épouvantable. Aujourd’hui j’accuse l’Etat. Ce qu’il fait, c’est atroce. Mon mari va se retrouver sur le banc des accusés, ce n’est pas normal ».

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© Noémie Coppin/Med’in Marseille

Dans un tel contexte, les propos tenus le week-end dernier par Claude Guéant, sur la hiérarchisation des civilisations, prennent un écho tout particulier. Omar Slaouti, derrière la banderole du collectif, laisse exploser son indignation : « Si Ali Ziri ne s’appelait pas Ali Ziri, s’il était issu d’une civilisation supposée supérieure, quels auraient été les propos de Monsieur Guéant ? S’il avait subi 27 hématomes non pas suite à des violences policières mais suite aux coups de quelques jeunes de quartiers populaires, quelles auraient été les propos de Monsieur Guéant ? Au-delà des civilisations, il faut croire sans doute qu’il y a des vies plus importantes que d’autres, des morts plus importantes que d’autres ».

Le collectif appelle à une marche, samedi 11 février à 14h, de l’hôtel de ville à la préfecture d’Argenteuil.

 



 

 

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