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Affaire Abdelhakim Ajimi : Les avocats de la famille réclament de nouveau la mise en examen des deux agents de la BAC

10 septembre 2010 - Dernier ajout 13 septembre 2010

La famille de la victime, les amis, le comité de soutien « Vérité et Justice pour Abdelhakim Ajimi » ainsi que des membres d’associations et de partis politiques de gauche se sont réunis jeudi devant la Cour d’Appel d’Aix-en-Provence pour dénoncer « le non-lieu scandaleux » prononcé le 5 mai dernier par le tribunal correctionnel de Grasse en faveur des deux agents de la Brigade Anti Criminalité (BAC) dans l’affaire Abdelhakim Ajimi, ce jeune franco-tunisien décédé le 9 mai 2008 à Grasse, suite à son interpellation « musclée » . Leurs avocats, Maître Henri Leclerc et Maître Franck De Vita étaient également présents pour réclamer la mise en examen des deux agents d’abord placés en position de témoins assistés en 2008, puis mis en examen en 2009 et ensuite déchargés de toute responsabilité en mai 2010. Le verdict devrait être prononcé le 23 septembre prochain.


 

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Les parents d’Abdelh akim Ajimi

Ils sont une soixantaine de personnes postées devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence. La famille, les amis venus spécialement de Grasse ainsi que des membres de la Ligue des Droits de l’Homme, d’Amnesty International, du MRAP, de RESF, du NPA, du Parti des Indigènes de la République etc...

Les caméras sont nombreuses mais peu sont là pour évoquer l’affaire Abdelhakim Ajimi. La Cour d’Appel d’Aix-en-Provence juge l’affaire William Modolo, ce jeune homme de 21 ans torturé par ses bourreaux en 2006. Ils espéraient pourtant mobiliser autant de médias et pourtant l’affaire Ajimi est tout aussi grave.

« Ils se sont acharnés sur lui parce qu’ils s’appelaient Abdelhakim » lance, la gorge nouée, Boubaker Ajimi, père de la victime en évoquant l’« interpellation musclée » dont a fait l’objet son fils le 9 mai 2008 à Grasse, en plein jour et en plein centre ville. La scène est vue par une vingtaine de témoins mais aussi par 13 agents de la police nationale et de la police municipale, dont 5 ont été mis en examen pour « non assistance à personne en danger » ; les deux agents de la BAC, eux, sont libres. Ces derniers « jouissent-ils d’un statut particulier ? Pourquoi les éléments à charges contre ces deux agents ont-ils été ignorés par le tribunal correctionnel de Grasse » s’interroge la famille dans un communiqué. « C’est totalement illogique » s’indigne Walid Klai, un proche de la famille, pour qui les présumés responsables de la mort du jeune homme ne sont autres que « les agents de la BAC qui se sont acharnés sur lui et ce, devant plus de 33 personnes ».

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Une clé d’étranglement pratiquée par les policiers durant trop longtemps

En cause, les méthodes d’immobilisation employées par les deux agents. « Après l’avoir plaqué au sol, ventre contre terre puis menotté, un des agents n’a pas hésité à lui faire une clé d’étranglement pendant au moins dix minutes en plus des coups de pieds ». Cette méthode consiste à ce qu’un agent de police étrangle la personne pendant qu’un autre lui comprime la cage thoracique en appuyant son genou dans le dos. Cette pratique entraîne l’immobilité immédiate, la suffocation et peut provoquer la mort. Selon les rapports d’expertise médicale, « la mort lente et douloureuse » du jeune homme est due à une asphyxie mécanique, conséquence d’une compression thoracique et d’une clé d’étranglement pratiquées par les policiers durant trop longtemps. Une « prise » que le policier affirme avoir pratiqué. Cette « technique d’interpellation », interdite en Belgique et en Suisse notamment, a déjà valu à la France une condamnation par la Cour européenne des droits de l’homme en 2007, pour une affaire qui s’était produite à Toulon en1998. Il s’agissait alors de l’affaire Mohamed Saoud.

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C’est cette « barbarie et cet acharnement inutile » qui interpelle la famille du jeune homme. Puis, « pourquoi lui avoir écrasé la tête avec le pied alors qu’il était déjà immobilisé » s’interroge Boubaker Ajimi. Et de poursuivre : « Inutile de faire ce qu’ils ont fait, ils étaient déjà trois sur lui. Les témoins ont affirmé qu’il était devenu tout bleu. Il était déjà mort ou en train de mourir quand les policiers l’ont jeté comme un animal dans la voiture. Même les animaux n’ont pas à être traités de cette manière ». Un « abus inutile de l’usage de la force » dont s’est indignée, dans un rapport de 11 pages, la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité (CNDS) pour qui les policiers « ont fait preuve d’inhumanité », recommandant ainsi des sanctions disciplinaires pour les responsables de ce drame. Ces policiers avaient déjà été mis en examen suite à l’intervention du procureur de la République de Grasse puis déchargés de toute responsabilité par le tribunal correctionnel de Grasse qui prononça un non lieu le 5 mai 2010. « Il serait illogique d’arriver au procès sans les présumés responsables » s’inquiète Walid Klai. « Ce serait un signe de mépris ».

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« S’il y a une logique, il n’y a aucune raison pour que la Cour d’Appel d’Aix ne change pas d’avis »

Pour la famille et les amis d’Abdelhakim, il y a assez d’éléments pour prononcer des mises en examen. Leurs avocats, Maitre Henri Leclerc, avocat au barreau de Paris et Maître Franck De Vita du barreau de Nice, ont demandé à ce que les deux policiers de la BAC soient mis en examen afin qu’ils soient jugés par un tribunal correctionnel. « Ces deux agents doivent être jugés pour les actes commis » à savoir « qu’ils ne se sont pas arrêtés » quand il le fallait. « Qu’Abdelhakim ait été arrêté c’est normal, mais qu’ils se soient acharnés sur lui ça ne l’est pas. S’il y a une logique, il n’y a aucune raison pour que la Cour d’Appel d’Aix ne change pas d’avis » explique Maitre Henri Leclerc, ancien président de la Ligue des Droits de l’Homme. « Pourquoi ne pas insister sur l’acharnement des policiers ? » interroge Walid Klai. Pour Henri Leclerc cela conduirait à insister sur un homicide involontaire et conduirait donc l’affaire en Cour d’Assises où la condamnation est très difficile à obtenir.

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Maitre Henri Leclerc et Franck De Vista

Maître Henri Leclerc s’est dit optimiste malgré tout . « En toute logique, la Cour d’Appel devrait suivre » espère Walid Klai « sinon ce sera fini car il n’y a aucun intérêt à ce qu’il y ait un procès sans les présumés coupables ». Le verdict devrait être rendu le 23 septembre prochain.

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« L’injustice ne peut qu’entrainer la haine [...] »

Nombreux sont ceux qui ont regretté l’absence de politiques de gauche. « Beaucoup de citoyens d’origines maghrébines meurent mais cela n’émeut personne » s’indignait hier une dame, faisant notamment allusion à Ali Ziri, décédé suite à une interpellation par la police d’Argenteuil. « Si la police se permet autant de violences, c’est à cause de nous » réplique à son tour une jeune femme, faisant à son tour allusion à l’absence de mobilisation des citoyens. D’autres craignent une cascade de violence. « L’injustice ne peut qu’entrainer la haine et ce drame ne peut que multiplier les problèmes » est persuadé un des amis de la victime.

Tarek Kawtari, membre du Mouvement de l’Immigration et des Banlieues (MIB) était également présent devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence pour réclamer « vérité et justice » pour Abdelhakim comme il l’avait fait 22 ans plus tôt, en juin 84 pour Houari Ben Mohammed assassiné par un CRS. « Les mouvements de lutte du passé ont permis d’avancer. [...] On est passé par des manifestations silencieuses, par des émeutes ... [...] les gens ont appris à se défendre » souligne Tarek Kawtari qui regrette le fait qu’il existe toujours « un rapport pourri entre la justice et les policiers », à quelques exceptions prés. On se souvient de l’affaire Makomé M’Bowolé, tué le 6 avril 1993 d’une balle dans la tête « à bout touchant » alors qu’il était interrogé et menotté. Le policier avait été condamné à 8 ans de prison.

Mais cela ne suffira pas à rassurer la famille et les amis d’Abdelhakim, pour qui la justice française est « une justice des classes et des races ».

Le verdict sera rendu le 23 septembre prochain à moins que la grève des greffiers ne le retarde.

 



 

 

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