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Adil Fajry, candidat à une Europe anticapitaliste et « combattante »

4 juin 2009 - Dernier ajout 5 juin 2009

Elections européennes 2009. Cinquième sur la liste NPA emmenée dans le Sud-est par Raoul Jennar, cet Istrien de 35 ans a des idées bien arrêtées et est convaincu que le seul moyen de faire entendre sa voix et de combattre l’« ennemi » du grand capital consiste à s’engager politiquement. Entretien avec un homme qui n’a qu’un but : servir son prochain, et les quartiers populaires.


 

C’est à trois ans qu’Adil Fajry, natif de Casablanca au Maroc, arrive en France. Son père vient d’être embauché pour travailler sur le site de Fos. Il va grandir dans les quartiers sud d’Istres, et y découvrir ses premiers combats militants. Trente-deux ans plus tard, le voici devenu père de famille, animateur territorial, et candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste, créé récemment sur les fondations de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) représentée au niveau national par Olivier Besancenot. Cinquième sur la liste menée par Raoul Jennar dans la circonscription du Sud-est, le jeune homme ne se fait aucune illusion quant à son élection, mais reste persuadé que plutôt que de s’abstenir, il faut porter les idées qu’il défend au parlement européen, afin que « la politique ne serve pas que des intérêts particuliers ».

Votre entrée en politique est récente et les citoyens de la région ne vous connaissent peut-être pas encore. Pouvez-vous nous présenter votre parcours militant, celui qui vous a poussé à vous engager auprès du NPA ?
Très tôt j’ai été amené à fréquenter le centre social de mon quartier et dès 17/18 ans, comme beaucoup de jeunes qui s’investissent dans des associations de quartier, je me suis porté bénévole pour y travailler. J’ai parallèlement mené des études, en passant un BTS en maintenance industrielle. Puis pour des raisons de reclassement et surtout de convictions, je me suis orienté vers l’animation sociale. Aujourd’hui, je suis animateur territorial et je m’occupe plus particulièrement de la protection de la jeunesse. Comme beaucoup aussi, je jouais au ballon dans un club de quartier, et j’y ai vu la situation se dégrader. Avec d’autres, nous avons repris les choses en main et cela fait maintenant trois ans que je suis président d’un club qui compte 400 adhérents. Mon entrée en politique est récente en effet, elle date de septembre dernier, cela fait huit mois. J’y suis venu parce que je me suis rendu compte qu’en m’engageant dans le social, le schéma restait le même, que l’on ne changeait pas les choses dans les grandes instances, qu’on ne changeait pas le monde en parlant. Je me rendais bien compte que capitalisme était le mal de cette société et qu’il fallait le combattre. Alors lorsque qu’Olivier Besancenot a lancé un appel pour construire un nouveau parti de la base, d’en bas, dont les textes sont fondés par les militants, avec des personnes calées dans leur domaine, l’écologie, l’économie, etc. je me suis lancé.

Pourquoi avoir choisi ce parti plutôt qu’un autre, pour faire valoir vos idées ?
Dans les médias on ne parle pas des gens qui souffrent, qui n’ont plus de travail, on préfère nous parler de grippe porcine, ou du divorce de Berlusconi. Le débat n’est pas centré sur les dégâts liés à la centralisation européenne, aux privatisations issues du Traité de Maastricht. On ne parle pas de ce que le gouvernement Jospin a accéléré la privatisation des services publics, on ne parle pas de cette droite nationale et européenne de Sarkozy qui veut privatiser La Poste et qui mène une politique lourde de conséquences envers les hôpitaux… Nous, on veut redonner espoir à cette population oubliée. Le NPA propose de vrais débats. Mais aujourd’hui c’est difficile de porter un message de combat, tant nous avons été blousés par une gauche molle pendant de nombreuses années. Je n’ai rien de plus que n’importe quel jeune de n’importe quel quartier, j’ai juste choisi de militer politiquement. Pour moi, le NPA n’est qu’un outil.

Vous me disiez que vous êtes membre d’une commission planchant sur les quartiers populaires…
Oui. Le NPA a mis en place plusieurs commissions travaillant sur différents sujets. Je me suis investi dans celle sur les quartiers populaires, qui regroupe 125 comités répartis dans l’ensemble de la France. Chacun a travaillé dans son coin, puis nous nous sommes réunis pour faire une synthèse avant le congrès de Paris, afin que ces travaux soient retranscrits dans les textes fondateurs. Et puis on mène des actions dans les quartiers, comme ça a été le cas lors des événements en Palestine. On a débattu, expliqué qu’il ne s’agissait pas d’un problème religieux ou « ethnique » mais politique. Nous ce que l’on veut, c’est politiser les gens, les inviter à participer à la vie de tous les jours par le biais de la politique.

Quelles sont les propositions qu’entend défendre le NPA au niveau européen, et plus particulièrement au sein du parlement ?
On est pour un retour des services publics dans tout ce qui est besoins fondamentaux : éducation, transports, eau, soins… On ne veut pas que des capitalistes viennent s’enrichir sur des droits fondamentaux, que ceux-ci soient privatisés. Ensuite, nous proposons que la population puisse avoir accès à un service bancaire unique, car la crise vient aussi des banques et on voit les dégâts du marché. Concernant le Smic européen : nous proposons son rehaussement à 1500 euros. Mais ceci c’est pour la France. Bien sûr, il faut l’évaluer en fonction du pouvoir d’achat et du niveau de vie de chaque des pays européens, afin de faire en sorte que chacun puisse vivre décemment.
Sur l’Europe, on y va sans démagogie. On est simplement pour une Europe des peuples, pour que chaque peuple ait la possibilité de s’exprimer sur un sujet donné. Par exemple sur le Processus de Bologne sur l’autonomie des universités, qui a été voté à 95 % par les parlementaires européens de droite comme de gauche. Il n’y avait pas d’opposition possible et de toute façon ce ne sont pas les parlementaires qui font les lois, ils ne font que dire oui ou non à des textes formulés par la commission européenne, et souvent soutenus par des lobbys. Nous, on ne changera pas l’Europe, mais on veut des parlementaires pour dénoncer ce qui se prépare.

Comment se traduit au quotidien votre campagne pour les élections européennes de dimanche prochain ?
On fonctionne par tracts, par affiches, mais on va surtout au contact des gens. Avec Olivier Besancenot, on était la semaine dernière à la Busserine et nous avons été très bien accueillis. On écoute les gens qui nous confient ce qu’ils ont sur le cœur, leurs désespoirs parfois.
On a également tenu une vingtaine de meetings dans les quartiers, à Avignon, à Aubagne…

Comment expliquer que dans le contexte économique extrêmement tendu que nous connaissons actuellement, et outre l’éclatement des options à gauche avec la multiplication des listes, le NPA ne soit pas crédité de plus de voix ?
Nous sommes malheureusement les victimes d’une pensée unique développée par les médias, et notamment la télévision. Internet reste d’ailleurs l’un des seuls espaces ou l’on peut trouver une information plurielle. Et puis sur l’échiquier politique nous ne sommes amis avec personne. On nous accuse de sectarisme politique, notamment à gauche. Nous, nous voulions unir nos forces avec le Front de Gauche en faisant alliance, sur le fond mais également dans la durée. Mais faire de l’anticapitalisme le temps des élections, puis reprendre la voix du soutien aux privatisations, nous ne pouvions l’accepter. Il faut savoir que le Front de Gauche est composé de types issus du PS, du PC, qui ont participé à la déchéance que nous connaissons aujourd’hui. Il ne faut pas être des « vendus », faire de la politique pour un intérêt particulier, on va tuer nos enfants comme ça.
Une certaine population est sensible aux idées du NPA, mais on sait qu’il y a un fort taux d’abstention attendu. Je profite donc de cette tribune que vous m’offrez pour dire : les gars, allez votez, faites déboucher votre colère, faites déboucher vos idées sur un acte politique. Faites entendre votre voix. Je les comprends dans leur désespoir, leurs attentes, je les pousse à prendre cinq minutes de leur temps pour aller voter. Les élections ne vont pas toujours apporter des acquis sociaux, la révolution dans la rue est parfois nécessaire. Seul, le NPA n’y arrivera pas, il faut une forte mobilisation de la population, de la rue, des syndicats. Mais si on peut avoir un temps de parole au niveau européen, c’est déjà ça.

Vous n’occupez que la cinquième position sur la liste Sud-est présentée par le parti. Vous avez donc peu, voire aucune chance d’être élu. N’auriez-vous pas été plus efficace en première place ?
A partir du moment où j’ai adhéré au NPA, je suis monté aux coordinations, au congrès de Paris, j’ai vu la démocratie en œuvre dans le fondement des textes… Moi je sers mon parti, et si ma candidature peut servir tant mieux. Je viens de démarrer en politique. On m’aurait proposé la deuxième place je n’aurait pas refusé, mais on y va progressivement. Et nous, on est contre le cumul des mandats, contre la professionnalisation de la politique, pour le renouvellement des têtes et la révocabilité en cas de problème. Ma cinquième position, si elle peut aider me rend fier. Bon, il faudrait une grosse vague rouge pour que je sois élu, mais le but c’est d’avoir un maximum d’élus. On va former un groupe parlementaire avec des sensibilités similaires dans d’autres pays européen, on parlera de la situation dans les quartiers populaires, du capitalisme et de ses dégâts, de la situation en Palestine... Des violences policières aussi.

Le NPA a-t-il une politique spécifique en direction de la « diversité » ?
Dans la stratégie je pense que oui. En Île-de-France, Omar Slaouti est tête de liste, ce n’est pas rien. Mais c’est avant tout un vrai militant, quelqu’un de très compétent. Je pense que le NPA souhaite favoriser la diversité par les compétences. D’ailleurs, je préfère être représenté par un Suédois compétent que par un vendu qui s’appelle Mustapha ou autre. Pour moi, mais il est difficile de parler de soi, même si je ne suis pas quelqu’un d’hyper calé, je dis les choses telles que les pense, telles que je les vis, et j’espère que c’est aussi grâce à ça que j’ai été pris.

D’être originaire des abords du bassin de l’Etang de Berre, qui connaît bien des problèmes tant économiques qu’écologiques, vous en faites l’un de vos chevaux de bataille ?
Ça me tient particulièrement à cœur évidemment. Ici, il y a des tas d’entreprises qui ferment ou vont fermer. Il y a le cas Arcelor Mittal, mais pas seulement. Economiquement, c’est déjà un désastre pour des centaines de familles. Sur la question écologique, je ne m’y connais pas vraiment, mais tout ce que je vois, c’est que par exemple des membres de la gauche étaient contre l’incinérateur, et maintenant que la communauté urbaine est passée au PS, ils ont changé d’avis, ils discutent… C’est lamentable.

Pour finir, pouvez-vous commenter un récent sondage qui place le FN en troisième position des intentions de vote dans la région, pour ce scrutin européen ?
Bon, moi, je ne regarde que très peu les sondages, auxquels je ne crois pas beaucoup. Cependant, c’est une donnée à prendre en considération, et dont il faut se méfier. Bien qu’extrêmement déçu, je ne serai finalement qu’à moitié étonné si le FN devait arriver en troisième position à l’issue des élections. Dans cette situation de crise, il y a deux types d’issue. Soit on s’engage pour lutter, se rassembler, combattre le même ennemi capitaliste, soit on assiste à un repli individualiste et xénophobe comme en 1929. D’ailleurs nous avons assisté récemment à des manifestations xénophobes en Angleterre et en Espagne. En Italie, la liberté de se monter en milice dans les quartiers pour dénoncer les sans-papiers a été validée. Ma seule réponse est qu’il faut se mobilier dimanche, parce que l’électorat du Front national se mobilisera, lui, et qu’il faut le contrer.

 

 

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