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ACLAP : « le travail sur l’Intergénération comme réponse sociétale »

30 septembre 2010

L’ACLAP (Action de Coordination de Lieux et d’Accueil aux Personnes Agées) se définit comme une interface. L’efficacité de son action repose sur un réseau partenarial solide et multidisciplinaire, lui permettant de résoudre la plupart des signalements transmis. L’objectif étant le maintien à domicile des personnes âgées malgré le handicap de l’âge. Motiver la solidarité entre les générations, lutter contre l’exclusion de ce public sont les préoccupations premières. Rencontre avec son président, Guy Bocchino.


 

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Le président de l’ACLAP, Guy Bocchino

L’ACLAP traite environ 600 dossiers en permanence sur l’année. Les personnes âgées principalement des femmes de plus de 80 ans sont suivies à des degrés différents selon les besoins exprimés. Beaucoup sont entièrement en perte d’autonomie. La structure ne compte que deux salariés. Mais environ 70 bénévoles sont impliqués entre les veilles sociales –écoutes téléphoniques- et les visites à domicile notamment. Une formation leur est dispensée afin de tendre vers une intervention optimisée.

L’ACLAP dont le siège est dans le 5e arrondissement, rue Ferrari a plusieurs relais sur Marseille : 4e, « Henri Boulle », 9e « Mazargues », 10e « la Timone », 11e/12e « Vallée de l’Huveaune ». Son action essaime hors des murs de la ville. Quatre antennes sont en place à Aix-en-Provence, à Aubagne, en Avignon et à La Ciotat. L’accueil est assuré 7 jours sur 7 au siège. L’association, née en 1985 a reçu le soutien, la première décennie, des « Petits Frères des Pauvres ».

Le président Guy Bocchino, de formation infirmier a su constituer au cours du temps un réseau de partenaires conséquent grâce en partie à plusieurs responsabilités prises au sein d’organisations. En effet, il est administrateur au CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) et à Unis-Cité, trésorier à l’IFAC Provence (association de formation, d’animation, de conseil au service de la vie locale), conseiller technique et président de la commission Intergénération de l’UDAF 13 (Union Départementale des Associations Familiales des Bouches-du-Rhône).

En 2005, un travail de réflexion avait pour finalité l’élaboration d’un document de synthèse visant à valoriser le maintien à domicile et à se projeter dans l’avenir sur les questions de prévention, de recherche et d’aide au public très fragilisé.

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Guy Bocchino et Sylvie Martelli, secrétaire générale dans l’espace rencontre du siège

Le maintien à domicile est un axe fort. Quels sont les objectifs et les missions de l’ACLAP ?

Nous animons un lieu d’accueil et de loisirs en faveur des personnes âgées. Mais en aucun cas, nous ne sommes un club de loisirs. Nous avons créé un espace de vie important. Par exemple, nous avons un « atelier repas » où l’on partage les recettes des uns et des autres. Des activités culturelles, créatives se sont développées autour notamment du théâtre, du chant, de la couture.

La lutte contre la solitude s’effectue en organisant la présence autour de notre public. Un groupe de personnes âgées joue un rôle de conseil et se veut une force de propositions. L’équipe de bénévoles s’implique à différents niveaux : la veille sociale, les visites à domicile, participation à la logistique des activités. Régulièrement, les bénévoles s’enquièrent des nouvelles des personnes âgées. Cette écoute rassure. Le gros de notre travail se passe à domicile car 80 % sont peu mobiles.

Le maintien à domicile est fondamental. Car personne n’accepte d’être relogé. Les gens connaissent le quartier parfois depuis 50, 60 ans. Les visites de convivialité permettent de nous assurer que les personnes âgées ont le confort indispensable : de quoi manger, un logement décent, des soins adaptés à leur état de santé. Si le propriétaire n’est pas tenu de faire de gros travaux d’amélioration de l’habitat, il est par contre dans l’obligation d’exécution en cas de manquements à l’hygiène, au chauffage par exemple. Nous faisons alors intervenir immédiatement les organismes concernés comme Pact Arim.

Ces visites sont nécessaires, les bénévoles se substituent aux familles. Nous avons un rôle affectif, matériel et de soutien psychologique.

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Jean-Christophe Merle, coordinateur, dans le jardin du siègle de l’ACLAP

L’ACLAP touche un large public dont 25 % d’immigrés. Pouvez-vous nous en parler ?

Nous nous occupons de personnes de 4e âge, les femmes surtout de plus de 80 ans. L’âge est parfois plus précoce (60/70 ans) lorsqu’un problème de santé apparaît (AVC, Alzheimer,…). Nous nous apercevons que nous accueillons, ces dernières années, davantage d’hommes. Bien souvent, notre public est sans famille ou celle-ci est éloignée. Leur environnement est restreint, ils n’ont pas de voisinage immédiat. Ils n’ont que des ressources très faibles. C’est pourquoi nous avons mis en place une distribution mensuelle de colis alimentaires avec la Banque alimentaire.

Les signalements de personnes en difficulté nous sont transmis par les assistantes sociales, les médecins de ville, parfois l’environnement, plus rarement l’individu lui-même.

Les personnes âgées immigrées, essentiellement maghrébines représentent 25 % du public cible. Dans les quartiers Nord, la situation se passe familialement parlant, très bien. Elles sont prises en charge par leurs enfants. Par contre, une autre catégorie se retrouve seule à Marseille, la famille étant dans leur pays d’origine. Peu, malgré tout, sont hébergés dans des foyers de l’Adoma (anciennement Sonacotra), avec laquelle nous avons un partenariat. Alors, nous recevons des immigrés qui habitent seuls. Ils ne sont pas dans leur culture mais ils s’adaptent. Ils tentent de s’intégrer sans perdre leur identité. Nous les prenons en compte dans leur personnalité, leur culture. Et nous observons beaucoup de tolérance des français à leur égard. Par exemple, une dame de 75 ans, algérienne, habitant rue Benoît Malon (5e) nous a dit que « sa deuxième famille était ici ». Elle ne savait ni lire, ni écrire le français. Nous l’avons accompagné dans ses démarches administratives.

Par ailleurs, dans le cadre des actions de l’UDAF 13, nous sommes amenés à collaborer avec l’UFM (Union des familles musulmanes).

Les périodes de Noël et de l’été sont intenses. Quelles sont les actions particulières menées ?

Nous menons une importante campagne autour de Noël, c’est un temps fort chez nous. Elle demande un investissement particulier, une centaine de bénévoles y participent. Nous restons fidèles à notre slogan, « Noël pour tous. Personne, seul la nuit de Noël ». Nous organisons le réveillon de Noël sur le siège et dans les antennes le 24 décembre. Environ 80 personnes âgées sont accueillies au Méridien (Salle Polyvalente municipale). Et nous visitons les personnes âgées à mobilité réduite à leur domicile. En parallèle, une même initiative concerne les SDF, un chapiteau est dressé sur le Vieux Port à cette occasion.
L’été, nous assurons une permanence. Certes, nous avons moins de bénévoles que pour Noël. Pourtant, les effets de la chaleur et la solitude sont mal ressentis par notre public. C’est notre période la plus difficile : le personnel est réduit, nos partenaires sont en congés. Malgré tout, nous parvenons à gérer les activités de base et programmons des sorties.

Le réseau partenarial revêt une importance capitale à vos yeux. Pourquoi ?

Nous travaillons avec le CCAS de Marseille, Pact’arim, des associations d’aide familiale, l’UDAF, des réseaux Santé ou encore le centre de gérontologie de Montolivet, la Banque alimentaire. Ce réseau très important permet de répondre à différents besoins avec un souci d’évaluer notre action commune. Nous pouvons ainsi réaliser un travail individualisé sur toute la chaîne d’intervention. Nous avons une réelle complémentarité avec nos partenaires. Lors de la première visite à domicile, nous pouvons alerter tel ou tel service pour la mise en place d’une aide à domicile par exemple.

Nous avons réussi à créer un réseau partenarial qui fonctionne à merveille. Nous sommes une interface. Nous sommes un guichet unique, ce qui fait toute la richesse de notre démarche.

En 2008, vous avez créé un réseau de santé gérontologique. Quel est son apport au sein de l’ACLAP ?

L’ACLAP est porteur juridiquement de ce réseau. Il emploie cinq salariés, notamment médecin, infirmière, secrétaire médicale. Les postes sont financés par l’ARS (Agence régionale de santé) et l’URCAM (Union nationale des Caisses d’assurance maladie). Ce service s’adresse à une population de plus de 75 ans, souffrant de problèmes médico-sociaux complexes, qui nécessitent des soins continus. L’objectif est de favoriser le maintien à domicile des personnes âgées en évitant les hospitalisations ou les placements prématurés en EHPAD (Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes).

Cette équipe de coordination met en place un projet de vie personnalisé à partir d’évaluations gériatrique et sociale. Elle se charge de l’organisation des divers professionnels sur le terrain et le suivi du plan d’aide et de soins.

L’association a lancé l’an dernier un réseau Intergénération. Pourquoi ? Quel est son rôle ?

Le travail Intergénération avait fait l’objet d’une importante réflexion commune. L’ACLAP avait été choisie pour représenter la France à Bruxelles en 1993 (dans le cadre de l’Année européenne des Personnes âgées et de la solidarité entre les générations). Nous avons rencontré des organisations de d’autres pays européens. Jean-Christophe Merle (coordinateur de l’ACLAP) est notre référent sur Marseille de l’association AGE (plate-forme européenne des personnes âgées).

L’ACLAP (par un partenariat actif) a déjà développé plusieurs projets intergénérationnels comme la création de contes, la chorale ou les visites à domicile. Cet été, nous avons participé à une expérience nouvelle, « Orange Rocks Corps ». Le projet permet aux jeunes de découvrir le volontariat. 56 ont donné 4 heures de leur temps pour repeindre le préau de la cour d’ « Henri Boulle ». Ce local municipal accueille l’été des personnes âgées de l’ACLAP et des jeunes de l’IFAC pour des moments intergénérationnels. En contrepartie, « Orange Rocks Corps » leur a offert une place de concert au Dôme le 12 juillet.

D’octobre à juin, nous accueillons huit jeunes volontaires d’Unis-Cité dans le cadre du Service Civique, deux jours par semaine.

La France a certes un bon niveau dans le domaine « intergénérationnel ». Mais il faut aller plus loin. Un réseau Intergénération a été créé en 2009. Nous développons des axes forts : apporter une réponse aux besoins réels, travailler sur la notion de civisme, apprendre aux jeunes le mieux-vivre ensemble, et donc avec des personnes âgées. Les 23 et 24 novembre, ont lieu les 2e Rencontres de l’Intergénération à la Salle Vallier, en présence de Nora Berra, secrétaire d’Etat chargée des aînés.

Cette action sur l’Intergénération nous révèle la nécessité du lien comme réponse sociétale. L’existant n’est pas suffisant pour une personne âgée seule. Nous devons intervenir sur des activités régulières entre les jeunes et notre public. Car la société va pécher par son évolution.

Propos recueillis par Myriam Mounier

ACLAP, siège, 50 rue Ferrari, 13005 Marseille, tél 04 91 48 53 33, site : http://www.aclap.org

 



 

 

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