Articles

Accueil > Une Histoire, Cent Mémoires > A la Busserine, les enfants fous de Maryse Condé

 

A la Busserine, les enfants fous de Maryse Condé

18 octobre 2010 - Dernier ajout 19 octobre 2010

L’auteur majeur de la Caraïbe associe son nom à un projet d’envergure mené pour deux ans au sein du quartier du Grand Saint-Barthélémy. A l’origine de cette collaboration, l’inouïe artiste plasticienne Françoise Sémiramoth, qui s’est attaché le concours de l’association Mamanthé et du Comité Mam’Ega. Avec une douzaine d’enfants, ils décortiqueront et s’approprieront l’œuvre « Chiens fous dans la brousse », écrite par Maryse Condé pour les bambins sur le thème de la traite négrière. Un travail « en miroir » pourrait être engagé en Guadeloupe sur le même modèle. La présentation de « Des enfants, un artiste, une œuvre » avait lieu jeudi soir à la Maison de la Région, avec en ligne de mire Marseille-Provence Capitale européenne de la culture 2013.


 

C’est la déception. Ce jeudi soir, Maryse Condé n’a pu se déplacer pour la présentation de « Des enfants, un artiste, une œuvre ». Premiers chagrinés, les organisateurs : Françoise Sémiramoth, artiste plasticienne qui avec La Collective est à l’origine du projet, Mona Georgelin et son association Mamanthé qui promeut la culture créole et afro-caribéenne dans la région, et Pierre Lezeau, du Collectif Mam’Ega, connu et reconnu dans le Grand Saint-Barthélémy pour son action contre l’illettrisme.
La romancière internationalement illustre a tenu a faire parvenir un mot, écrit le matin même, à la cinquantaine de personnes présente à la Maison de la Région pour ce lancement : « Comme j’aurais aimé être des vôtres ce soir […] Par la pensée je suis avec vous ».
« Imaginez la déception des enfants, lorsqu’ils ont appris qu’ils ne la verraient pas demain ! », relativise Pierre Lezeau. Les enfants… Le cœur de cible de ce projet ambitieux, qui doit courir sur deux ans au moins.

JPEG - 104.8 ko
De g. à d. : Françoise Sémiramoth, artiste plasticienne à l’origine du projet, Pierre Lezeau du Comité Mam’Ega, et Mona Georgelin (association Mamanthé).

Il s’agit, avec des petits âgés de 6 à 12 ans et résidant tous au cœur de la Busserine, d’aborder la littérature par le biais « imagé des arts plastiques », explique Françoise Sémiramoth. L’œuvre choisie pour y adosser ce travail aux multiples facettes n’est autre que « Chiens fous dans la brousse », roman jeunesse paru en 2008. Dans sa correspondance, Maryse Condé le décrit comme « un texte ambitieux ». Et de revenir sur sa conception et son dessein : « Initialement conçu pour mes petits-enfants il vise à guérir les jeunes de leur triste désaffection du livre. Il vise à les faire rêver, s’émouvoir, se divertir, grâce à la littérature. Sa seconde ambition est plus haute encore. Ayant été la première présidente du Comité Mémoire pour l’esclavage, j’avais à cœur de situer ce crime contre l’humanité dans la mémoire de tous les jeunes Français. Sans agressivité, sans esprit de revanche. Avec la simple conviction que seule la connaissance permet l’échange et le partage ».

Réécrire l’œuvre

Il sera effectivement question de la Traite, mais pas seulement, confirme Mona Georgelin. «  L’objectif est surtout d’apprendre en s’amusant », par l’entremise d’ateliers couplés de littérature – lecture et écriture – et d’arts plastiques. « Nous voulons faire découvrir le livre petit à petit », poursuit Françoise Sémiramoth. Pas question de faire une banale « première lecture » d’ensemble. « On m’aurait dit "Mona lit, et les enfants dessinent", j’aurais dit non. Nous n’en sommes peut-être qu’à la page 2, mais quelle page 2 ! », s’écrit l’artiste guadeloupéenne. Disséquer, décortiquer, « manger l’œuvre, la digérer et la ressortir », voilà qui ne manque pas de sel.
Les enfants ne s’y sont pas trompés. Créé à la base pour accueillir une demi-douzaine de minots, le projet en compte déjà huit, plus cinq s’étant inscrit il y a peu. Les petites filles sont grandement majoritaires. «  Il faut dire qu’il y a foot, le mercredi après-midi », plaisantent les trois responsables.

Mona Georgelin souhaite que le projet soit « distillé au fur et à mesure ». Rien ou presque ne filtrera de la forme finale qu’il pourrait adopter. Une chose est sûre, « il y aura une production des enfants », à l’issue. Les partenaires n’excluent pas « une phase en 3D de cette création, une mise en scène chorégraphiée, où l’on peut imaginer un décor pensé par les enfants », s’avance Françoise Sémiramoth. On n’en saura pas plus.
Et si ce point constitue un temps fort, l’essentiel est ailleurs : « rencontrer un grand écrivain comme Maryse Condé, à la dimension nationale et internationale, ne peut que marquer durablement et avec force les enfants, note Pierre Lezeau. Il n’est pas courant qu’un auteur majeur des XXe et XXIe siècle, tout à fait naturellement, aille au contact des enfants, et surtout dans nos quartiers ».
Et puis cette étude approfondie et ludique du texte, permettra d’aider ceux qui sont également des élèves à s’approprier une langue et sa transcription sur papier. « Certains des enfants engagés dans le projet éprouvent de grandes difficultés à l’écrit », concède Mona. En janvier d’ailleurs, Maryse Condé ne se réjouissait-elle pas dans une lettre de la dimension « polysémique » donnée ainsi à « Chiens fous dans la brousse » ?

« Transversalité, de Marseille à la Guadeloupe »

Le projet, né du reste d’une conversation entre l’écrivaine et Françoise Sémiramoth, devrait « voyager », puisqu’il est question de le transposer en Guadeloupe, de « le ramener à ses origines », là aussi « dans un quartier dit difficile ». Un travail en miroir encore dans les tiroirs, un partenariat venant tout juste d’être noué avec l’artiste plasticien Thierry Halet (qui tient la Galery T&T sur Basse-Terre) et la danseuse et chorégraphe Pascale Désirée, venus tout spécialement ce soir-là.
Mais donner vie à une action de cette envergure n’est pas simple. « Il a fallu un an pour trouver des partenaires sur Marseille », rappelle Mona Georgelin. Aujourd’hui, il est bien ancré dans le territoire, grâce au concours financier de la Politique de la Ville, de la Région, du Département, mais également de la Caisse des Dépôts et de la Fondation HSBC. Et à la volonté des éditions Bayard Jeunesse et de Maryse Condé, qui ont accepté que les enfants s’approprient « Chiens fous dans la brousse ». Cette dernière – toujours entre Paris et New York – sautera sur la prochaine occasion d’« intervenir dans ce projet et exprimer [sa] foi dans un avenir de tolérance et de communication constante ».

JPEG - 179.4 ko
Au pied d’un immeuble de la Busserine, les enfants prouvent que "d’autres mondes sont possibles".

Dans cette lignée, et pour finir en « apothéose », le projet pourrait être sélectionné au titre de Marseille-Provence Capitale européenne de la Culture en 2013, puisque cette implication d’un auteur sans frontière et étendard de la culture française d’outre-mer lui confère une dimension hors norme.

Vous pourrez suivre l’évolution de « Des enfants, un artiste, une œuvre » sur le site dédié.

 

 

Autres articles Une Histoire, Cent Mémoires

 

Brèves Une Histoire, Cent Mémoires

  • 29 mai

     

    Topo historique du Cours Julien d’hier et d’aujourd’hui

    En 1960 la ville de Marseille décide de déplacer le lieu d’échanges commerciaux de fruits et légumes qu’était alors le Cours Julien pour le regrouper en un seul et même site, le quartier des Arnavaux. Un déménagement qui se terminera en 1971. La relocalisation des grossistes en 1972 a libèré de vastes locaux. Le Cours Julien devient alors un lieu de promenade, de brocante et de culture. Depuis, le Cours Julien est devenu l’un des lieux culturels le plus connu de Marseille. L’Association Cours Julien qui réunit depuis 1992, habitants, associations et commerçants, organise tout au long de l’année des manifestations diverses tel que la journée des plantes, vide-greniers, marché paysan, Sardinade, salon (...)

     

  • Novembre 2015

     

    Il y a 11 ans, YASSER ARAFAT nous quittait ! Rappel du parcours de ce résistant hors normes par Azzedine Taïbi, Maire de Stains.

    Il y a 11 ans, YASSER ARAFAT nous quittait ! Le 11 novembre 2004 Abou Ammar plus connu sous le nom de Yasser Arafat s’est éteint à l’hôpital militaire de Percy de Clamart, suite à un empoisonnement au Polonium. Il est et restera le plus grand leader du peuple palestinien et un symbole de la cause palestinienne. J’ai eu le grand honneur de le rencontrer à trois reprises, à Gaza et à Ramallah, grâce à mon cher ami et frère Fernand Tuil, qui nous a malheureusement aussi quitté le 24 décembre 2013. Voici quelques lignes sur le parcours du grand leader palestinien : Yasser Arafat, né à Jérusalem le 4 août 1929 d’autres disent qu’il est né le 24 août 1929 dans la ville du Caire en Égypte. Yasser (...)

     

  • Juillet 2015

     

    Souvenir

    Ce matin en entendant les commentaires des médias sur la Grèce, je me suis souvenu de mon arrière grand-père boiseur dans les mines du sud tunisien, un français méditerranéen qui n’avait jamais vu la France et mon grand-père né à Bizerte en 1905, maçon anarchiste. Alors j’ai eu envie d’écouter une nouvelle fois Brel... Paroles de Jaurès Ils étaient usés à quinze ans Ils finissaient en débutant Les douze mois s’appelaient décembre Quelle vie ont eu nos grand-parents Entre l’absinthe et les grand-messes Ils étaient vieux avant que d’être Quinze heures par jour le corps en laisse Laissent au visage un teint de cendres Oui notre Monsieur, oui notre bon Maître Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? Pourquoi (...)

     

Articles récents

Articles au hasard