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A Toulon, François Hollande célèbre l’amer patrie

19 août 2014 - Dernier ajout 21 août 2014

En ce 15 août 2014, depuis le Mont-Faron, haut-lieu de la bataille de libération de Toulon en août 1944, François Hollande souhaite « éclairer l’avenir ». Il aborde le passé glorieux des français, soldats de la France libre et résistants restés sur le territoire métropolitain qui ont œuvré à la libération de la Provence puis rapidement de la France. Près d’un demi-million de soldats débarquèrent sur les côte de Provence à partir du 15 août 1944. Le contingent français comptait 200 000 unités dont la moitié issue des colonies d’Afrique. Dans son allocution de 2014, Hollande n’omet presque personne : « Il y avait des Guyanais, il y avait des Réunionnais, il y avait les Tahitiens et les Néo-calédoniens du bataillon du Pacifique [...]. Beaucoup de ses soldats étaient algériens, marocains, tunisiens - on les appelait encore « des indigènes ». Il y avait aussi à leur côté les tirailleurs sénégalais et les goumiers, les tabors, les spahis, les zouaves, [...] ». Ce que le président passe sous silence, c’est comment la France a méprisé...


 

et méprise toujours – la reconnaissance de l’engagement de ceux que l’on appelle encore les indigènes. Il a fallu des décennies pour que ces anciens combattants puissent obtenir des pensions dignes : au prix de l’engagement sacrificiel de certains d’entre-eux dans un combat face aux arcanes de l’administration française. Au prix également de nombreuses batailles judiciaires. 70 ans après les pages glorieuses de « notre » libération beaucoup sont mort sans avoir eu accès à la reconnaissance et aux droits. D’autres sont maintenant bien trop vieux ou bien trop loin dans leur pays devenu indépendant pour clamer ce droit.

Hollande se garde bien de commenter ces faits qui ternissent l’image de la République. Même si la France aurait une « dette non seulement morale mais politique à l’égard de l’Afrique ». Autrement dit, une « dette historique » qui serait le moteur des interventions africaines actuelles de l’armée française. Plutôt que de reconnaître une dette coloniale en vertu du pillage et des exactions de la métropole, Hollande propose que le patriarche français poursuive sa mission protectrice (et civilisatrice, allez savoir !) de ses anciennes colonies. La Françafrique a encore de beaux jours devant elle. La volonté affichée du président de maintenir la France parmi les plus grandes puissances économiques (et militaire) mondiales ne me contredira pas. Dans son discours de Toulon il affirme : « La France, cinquième puissance économique du monde et qui entend le rester par les réformes qu’elle engage. ». Et qui subira (ou subit déjà) « les réformes qu’elle engage » sur l’assurance chômage, la sécurité sociale, les retraites etc. ? Les ouvriers, les précaires, les jeunes, les classes moyennes etc., ceux-là même, probablement descendants de ces simples soldats et simples résistants, bons français, indigènes ou étrangers qui ont lutté pour des idéaux de liberté, de solidarité et de fraternité. Le programme du Conseil National de la Résistance (CNR), à l’origine de la protection sociale, est détricoté par le gouvernement de ce même François Hollande pour qui la France est : « une nation qui compte dans le monde, sur la scène internationale, une nation qui prend ses responsabilités pour assurer la sécurité, la sécurité de l’Europe mais aussi la sécurité dans le monde, et pour agir partout où nous sommes appelés pour la paix. ». Or la justice sociale qu’apporte l’application du programme du CNR est aussi le gage d’une société plus pacifiée.

Le président préfère l’austérité et les discours anxiogènes. Dans sa tournée de commémorations des événements de 1914 et de 1944, il n’a cessé d’évoquer les nouvelles menaces qui pèseraient sur la France : Ukraine, Syrie, Irak, Terrorisme international. Le recours à la peur, justifie l’évolution plus belliciste que jamais de sa politique. En Afrique les interventions militaires se succèdent. En Syrie, cela a été envisagé. L’intervention militaire israélienne sur Gaza est soutenue. En France, certaines préfectures interdissent et répriment des manifestations pour la Palestine. Pourtant, l’échec des aventures militaires occidentales en Afghanistan, en Irak, en Libye et au Mali montrent bien que l’on n’impose pas la paix et la « démocratie » par la guerre. La peur qu’utilise François Hollande sert davantage d’écran de fumée à une politique extérieure et intérieure qui ne règle pas son ancrage colonial et s’enfonce toujours plus dans le libéralisme forcené. La guerre que le président entend mener – réelle ou symbolique, économique ou opérationnelle – met en première ligne les déjà plus faibles et plus stigmatisés. Comme en leur temps goumiers, tirailleurs et tous les autres venues des colonies.

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Pierre Isnard-Dupuy est correspondant de radio Zinzine à Marseille

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A lire sur Radio Zinzin par Med In Marseille : "Dézinguer Zinzine Aix… Ils sont devenus zinzins ou quoi ?" : http://www.med-in-marseille.info/spip.php?article473

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