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A Marseille, Ghali fait date avant Dati à Paris

2 avril 2008 - Dernier ajout 3 avril 2008

Un jour après ceux de Lyon et de la Capitale, les conseillers marseillais ont désigné lundi leurs huit maires de secteur. Dans les 15e et 16e arrondissements, c’est la socialiste Samia Ghali qui a revêtu l’écharpe tricolore. Elle est la seule candidate « issue de l’immigration » a avoir été élue dans une grande ville, dès le premier tour des municipales.


 

A deux sièges près, si un petit millier de voix n’avait manqué au candidat de la gauche Jean-Noël Guérini, Samia Ghali aurait pu être première adjointe. Mais le 16 mars dernier, les Marseillais en ont décidé différemment. Un mal pour un bien pour la jeune femme effleurant la quarantaine qui, inévitablement « déçue » par la défaite de son camp dans la course à la mairie centrale, n’en est pas moins tout à son bonheur de futur premier édile des 15e et 16e arrondissements de la deuxième ville de France. Arrondissements ravis au maire (PC) sortant Frédéric Dutoit et à son concurrent Bernard Susini. Et pour s’imposer, un tour aura suffit à Samia Ghali. En effet, au premier jour des élections communales, elle remporte l’adhésion d’une majorité d’électeurs (52,3 % précisément).

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De gauche à droite : Rebia Benarioua, Nadia Boulainceur, Marguerite Pasquini et Samia Ghali
Copyright Anne-Aurélie Morell/Med’in Marseille

C’est donc hier, lundi 31 mars, que Samia Ghali a officiellement été installée par les conseillers d’arrondissements dans son fauteuil de magistrat. Avec 28 voix acquises sur 36, cela ne pouvait en être autrement. Mais un caractère emblématique fort a plané sur la séance. Car cette victoire d’une « fille des quartiers nord » dans le huitième secteur de Marseille constitue un événement sans précédent, dans la quête d’une meilleure représentation des enfants de l’immigration en politique. Un épisode qu’aucune autre grande ville française n’a écrit. Pas même Paris où, atterrie dans le très chic – et notoirement à droite – 7e arrondissement, Rachida Dati a du patienter jusqu’au soir du second tour, pour s’assurer de l’issue favorable du scrutin.

Un chemin, un destin

Cela fait beaucoup de premières : Samia Ghali est la première femme élue du premier coup à la tête d’une mairie de plus de 30 000 administrés, tout en étant « issue de la diversité ». Entendez : d’origine nord-africaine. Ses grands-parents, qui l’ont en partie élevée, étaient Algériens. Ses parents, arrivés dans les années 50, « Français », lui donnent naissance à la maternité de la Belle de Mai, aujourd’hui fermée. Une enfance et une adolescence écoulées entre la cité Bassens et celle de Campagne Lévêque, barre rosée d’habitations que l’on apercevrait presque du perron du bâtiment municipal. Depuis, « quel chemin, combien de combats, combien de courage ! », admire le doyen du conseil d’arrondissements. Il y a peu, Patrick Mennucci, le désormais maire du 1er secteur, se remémorait encore : « un jour, nous l’avons vue débarquer, pousser la porte de la permanence. Elle avait 16 ans à peine et voulait s’engager… ».

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Bulletins de vote en cascade
Copyright Anne-Aurélie Morell/Med’in Marseille

Déterminée, « tenace », Ghali gagne rapidement du galon. En 1995, élue, elle accepte de devenir adjointe du maire communiste des 15e et 16e arrondissements justement, Guy Hermier. En 2001, alors que Frédéric Dutoit succède à son « mentor » en politique, elle rempile comme conseillère municipale. Parallèlement, la communauté urbaine lui ouvre ses portes. Michel Vauzelle suivra ensuite son parcours puisque, choisie par les électeurs lors des régionales de 2004, Samia Ghali prend la vice-présidence du conseil régional, et la délégation aux Sports, à la Jeunesse et à la Vie associative. Un an plus tard, la voilà propulsée vice-présidente du groupe socialiste au conseil municipal. On connaît la suite, et son engagement auprès de Jean-Noël Guérini dans la bataille des dernières élections.

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Le maire Jean-Claude Gaudin est venu assister au vote et remettre l’écharpe à Samia Ghali
Copyright Anne-Aurélie Morell/Med’in Marseille

Samia Ghali ne doit en rien sa vertigineuse ascension à ses origines. Mais à un quart de siècle de militantisme acharné, à un consciencieux travail de terrain. Elle tient sa permanence rigoureusement et il n’est pas rare de la croiser dans un local associatif, pour une réunion informelle.

Cap sur l’avenir d’un Marseille « uni et rassemblé »

« Immense, profonde émotion » que ressent Samia Ghali, lorsque Jean-Claude Gaudin lui ceint les épaules de l’écharpe bleu-blanc-rouge. Répondant à « un devoir républicain et une joie démocratique », le maire fraîchement reconduit a cette fois entrepris de faire le tour des mairies de secteur (lors de l’élection de 2001, il ne s’était déplacé que dans les bastions conquis par sa majorité, se contentant de recevoir les autres élus en sa mairie). Un tantinet énigmatique, il lance « cette nuit j’aurai quelques rêves à faire, sans doute le plus beau aura été ici ». Elle le remercie de sa présence, un geste qu’elle « apprécie ». Puis étouffe un sanglot en évoquant des souvenirs noirs de jeunesse.

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Copyright Anne-Aurélie Morell/Med’in Marseille

Mais « la République est belle lorsqu’elle sait être généreuse avec ses enfants », et Samia Ghali incarne bien le renouveau de la classe politique marseillaise qui semble s’amorcer. Elle, grandie dans un milieu populaire, jeune maman de trois enfants, a su s’entourer d’adjoints tant issus du sérail, que complètement novices en politique. Roger Ruzé sera le premier, Nadia Boulainceur, la deuxième (cf. notre encadré).
Finissant son discours, elle interpelle – gentiment mais fermement – Jean-Claude Gaudin. Car si elle l’assure de sa volonté de travailler « en concertation » avec l’opposition, afin de répondre au mieux aux « attentes nombreuses » des habitants « qui dépassent les clivages politiques » (places en crèche, créations d’emplois, meilleure desserte des quartiers par les transports en commun, etc.), l’élue ne ménage pas son aîné. « Je saurai reconnaître les avancées […] mais je saurai me faire entendre et me battre de toutes mes forces si ces questions sont oubliées », dit-elle, souhaitant, face à « une ville coupée en deux », que le nouveau mandat de Jean-Claude Gaudin «  rapproche et construise un seul Marseille, uni et rassemblé du nord au sud ».

De gauche à droite

Ce dernier, comme sincèrement chagriné, répond : « je ne veux pas d’une ville coupée en deux, ce serait dramatique. Je crois avoir fait ce que je pouvais dans vos deux arrondissements, mais beaucoup reste à faire ». Mais déjà, il quitte les lieux, devant se rendre encore à deux conseils d’arrondissements.

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Copyright Anne-Aurélie Morell/Med’in Marseille

L’heure est à l’apéro, aux félicitations et aux commentaires. La mère de Samia est simplement « heureuse ». « Je lui dois mon élection… et un bouquet de fleurs ! », rit Rebia Benarioua. Des électrices-supportrices charrient « c’est grâce à nous aussi ! ». Dehors, Bernard Susini, candidat vaincu par la « tornade politique » mais fair play comme à son habitude, réaffirme qu’il travaillera de concert avec la nouvelle maire. Tout en se félicitant d’avoir contribué aux progrès réalisés en terme de diversité en politique, Béatrice Bodjollé siégeant désormais comme conseillère d’arrondissements. Ironie de l’histoire, même Bernard Marandat, unique candidat FN élu de secteur à Marseille (minoritaire, mais visible), espère que Samia Ghali fera preuve « de tolérance et d’ouverture »… Sur le parking, deux quadra assis dans leur voiture s’interrogent : « c’est quoi, cette réunion ? ». « L’élection de Samia Ghali à la mairie de secteur ». « Ah ! Vous savez, je suis de Campagne Lévêque, j’ai côtoyé Samia, dans le temps… Je suis content pour elle ! ».

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Samia Ghali et Rebia Benarioua
Copyright Ahmed Nadjar/Med’in Marseille

Saïd Boukenouche, enseignant ayant participé à l’organisation de la Marche pour l’égalité en 83, se rappelle qu’à l’occasion de l’arrivée sur Paris, il avait « affrété » un bus partant de Marseille. La « petite dernière » des passagers n’a alors que quinze printemps. C’est Samia Ghali. Une génération plus tard, voilà une grande première.

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Copyright Ahmed Nadjar/Med’in Marseille

 

Les 13 adjoints (10 + 3 impartis aux quartiers) de Samia Ghali :

1 Roger Ruzé
2 Nadia Boulainceur
3 Michel Ortiz
4 Joëlle Boulay
5 Rachid Tighilt
6 Josette Furace
7 Raymond Maraninchi
8 Pascale Reynier
9 Roland Cazzola
10 Christine Mazollier
11 Hattab Fadhla
12 Mireille Cadorin
13 Fatima Ben Rezkallah

 

 

 

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