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3es rencontres nationales des luttes de l’immigration (1/4) Saïd Bouamama : « L’impérialisme existe encore »

28 novembre 2011 - Dernier ajout 29 novembre 2011

Avec une conférence d’ouverture portant sur l’actualité de l’impérialisme, les 3es rencontres nationales des luttes de l’immigration, organisées le week-end dernier à Créteil, ont d’emblée donné le ton. Anti-impérialisme, anti-capitalisme, volonté de mise en place d’un véritable rapport de force politique pour défendre les intérêts des habitants des quartiers populaires et des populations issues de l’immigration en France. Un positionnement et des débats clairement ancrés à la gauche de la gauche, sans compromis.
Morceaux choisis de l’intervention du sociologue Saïd Bouamama, vendredi après-midi.


 

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La colonisation, première forme de l’impérialisme. « La mondialisation est une réalité nouvelle, produit des progrès technologiques » entend-t-on partout. Sous-entendu : il faut accepter cette nouvelle réalité et ses règles. Même si elles sont instituées à la défaveur des plus faibles. Pourtant, la mondialisation n’est pas nouvelle. La colonisation en était la première forme. Ses principes de base sont connus : augmentation des marges de profit des entreprises, ouverture de nouveaux marchés, dépendance par la destruction des productions locales, mainmise sur les matières premières. Les conséquences ? Un surprofit énorme par rapport à des entreprises qui ne se développeraient qu’à l’échelle de l’hexagone. Samir Amin évalue ce surprofit à 23%.

Le pillage des uns fait le développement des autres. Le fameux « modèle social » français et plus largement occidental dont nous sommes fiers est en réalité payé par la surexploitation des peuples africains. En étant provocateur, je peux dire que le RSA est versé aux chômeurs français car des gens meurent en Afrique. Entre le centre et le tiers-monde, les histoires ne sont pas séparées : la violence initiale depuis le XVIIe siècle, le pillage des ressources a permis le développement industriel du centre. Le développement des uns et le pillage des autres constituent les deux faces de la même médaille, comme des vases communicants.

L’impérialisme est toujours là, mais il a changé de forme. Sur cette idée de mutation, l’apport de Fanon sur l’histoire du racisme est éclairant. Avant le nazisme, l’argument biologique était utilisé pour justifier l’esclavage et la colonisation. Il était enseigné jusqu’en cours de médecine. Ce principe, appliqué depuis des siècles aux noirs, a été utilisé par le nazisme sur des blancs. Cela est apparu pour la première fois insupportable, et l’holocauste a invalidé le racisme biologique. Jugé trop dangereux, il n’a pas disparu mais s’est transformé : ce qui a donné naissance au racisme culturel. Pour l’impérialisme, c’est le même processus. Il ne s’exprime plus par la colonisation, mais par une domination économique et culturelle puissante.

La question de la dette. Au début des années 60, les indépendances ont été octroyées en Afrique, pour éviter qu’elles ne dérivent vers la radicalité algérienne. Tous les leaders qui ne se contentaient pas de l’indépendance politique, qui réclamaient une indépendance économique réelle, ont été assassinés. Aujourd’hui, les outils économiques du FMI et de la Banque Mondiale sont venus remplacer la colonisation ancienne. De 1990 à 2000, le revenu des ménages africains a subi une chute de 20%, les salaires eux ont diminué de 33%. Suite à l’application des plans de rigueur du FMI et de la Banque Mondiale, le pouvoir d’achat des ménages africains a accusé une chute de 30 à 60%. La question de la dette, c’est la forme principale de l’impérialisme actuel. On libère des crédits en imposant des conditions drastiques aux pays dominés. Privatisation des services publics, libéralisation des échanges, suppression des douanes. Des décisions qui détruisent l’économie locale. La Grèce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Elle choque l’opinion car elle se situe en Europe, mais les mêmes processus ont eu lieu en Algérie, au Maroc, au Sénégal sans que la France ne s’en émeuve.

Le rôle des « think tanks ». On pourrait les traduire en français par « boîtes à idées ». Avec les financements de grands groupes industriels ou de partis politiques, des chercheurs y sont payés pour trouver les idéologies qui justifieront, qui légitimeront au mieux la domination économique des puissants. Il a en été ainsi pour « la fin de l’histoire » de Francis Fukuyama. « On a essayé le capitalisme, on a essayé le socialisme, on ne peut pas faire mieux ». C’est l’idéologie de la résignation, de la préservation de l’ordre mondial tel qu’il est, même imparfait. Il en a également été ainsi avec la théorie du « choc des civilisations » de Samuel Huntington. L’idée selon laquelle des civilisations seraient contradictoires et ne pourraient que s’opposer. En filigrane, il s’agit de préserver la « civilisation occidentale » de la « civilisation islamique ». Deux blocs qui, en réalité, sont loin d’être homogènes. L’analyse d’Huntington est dangereuse car elle mène à un décryptage culturaliste de la réalité. Dans les pays de la « civilisation islamique », toute tentative d’explication matérialiste, économique, historique se trouve alors évincée, décrédibilisée. Il y a une responsabilisation, une culpabilisation des dominés, des victimes. Au Rwanda, au Congo, on invoque le tribalisme comme seule lecture des évènements, alors que les enjeux sont hautement économiques pour les grandes puissances. Idem en Afghanistan, où la guerre est légitimée par la défense des femmes opprimées. En France, lors des révoltes urbaines de 2005, le pouvoir avance la polygamie comme explication des soulèvements et du désordre. Et il rejette d’autres explications : la misère économique, la paupérisation, les discriminations. Déjà à son époque, Frantz Fanon dénonçait les théories des « mentalités primitives » et des « peuples enfants ». Aujourd’hui, ces leit-motivs sont repris dans les discours politiques. Intervenir militairement pour émanciper les femmes afghanes, c’est induire qu’elles sont soumises, incapables de se libérer elles-mêmes. Intervenir pour libérer les minorités opprimées, qu’est-ce que cela signifie, quand on dénombre plus de 2000 minorités opprimées dans le monde ? Ces minorités doivent bien entendu défendre leurs droits, mais aussi veiller à ce que leurs causes, justes, ne soient pas instrumentalisées.

L’impérialisme culturel. Il se manifeste concrètement à travers divers programmes. Les offres de bourses aux étudiants, qui les fidélisent au pays créditeur. Les voyages d’étude aux Etats-Unis, organisés et offerts notamment aux élites des quartiers populaires français. Il est bon de se souvenir du contexte d’apparition de ces voyages : leur multiplication a surtout eu lieu entre 1959 et 1963, au moment où les indépendances politiques africaines avaient lieu et que les Etats-Unis et la France craignaient des revendications d’indépendance économique. Aujourd’hui, il s’agit de s’interroger sur l’intérêt, pour les Etats-Unis, d’acquérir à leur cause les élites des quartiers populaires français. De les faire adhérer à leur modèle de société. La question touche également les syndicats des pays du tiers-monde, également visés par ce type de programmes. Une autre forme de mise en œuvre de l’impérialisme culturel, c’est l’humanitaire. Ces ONG qui s’installent en Afrique et au Maghreb diffusent l’idée que l’indépendance économique ne compte plus. Elles dévitalisent la militance locale. Au Congo, le salarié chauffeur d’une grande ONG gagne plus qu’un ministre. Les grandes ONG ne s’installent pas dans les déserts. Elles s’installent là où il y a des ressources, là où elles peuvent peser sur les décisions économiques du pays. L’humanitaire est le couvre-sexe de l’impérialisme culturel.

Les révolutions arabes, la suite des révolutions anti-coloniales. En Tunisie, les médias ont parlé de « révolution de jasmin ». Il est bon de se souvenir qu’à l’origine, l’expression a été utilisée pour parler de l’arrivée au pouvoir de Ben Ali lui-même, qui affichait sa volonté de transformer la Tunisie en douceur. On a aussi beaucoup entendu : « c’est le 1789 arabe ». Comme si ces peuples n’étaient pas capables d’avoir leur propre histoire. Comme s’ils étaient juste au rang des bons élèves. On assiste clairement à de la propagande impérialiste. En réalité, ces révolutions ne sont que la reprise des révolutions anticoloniales interrompues par la mise en place de dictatures au moment des indépendances. Le processus ne fait que reprendre. Et c’est ce pont entre ces deux périodes historiques que les grandes puissances ne veulent absolument pas laisser construire. Par ailleurs, pourquoi les médias ne parlent que de « révolutions arabes » ? En réalité, il serait dangereux pour les grandes puissances de parler de « révolutions africaines » ou de « révolutions du tiers-monde ». A Mayotte, au Burkina Faso, des révoltes, des grèves ont lieu, mais le silence médiatique est assourdissant. L’impérialisme veut couper l’Afrique sub-saharienne de l’Afrique du Nord. C’était d’ailleurs également l’idée sous-jacente au projet d’ « Union pour la méditerranée ».

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On peut se demander pourquoi Saïd Bouamama s’applique à faire un tel exposé autour de l’impérialisme, de ses enjeux et de ses traductions concrètes en France et dans le monde. Pourquoi le faire en ouverture de ces 3ème rencontres nationales des luttes de l’immigration ? Tout simplement, parce que l’avilissement de l’image du noir, de l’arabe, de l’africain en général dans le monde a des conséquences sur la représentation et la situation des noirs et des arabes en France. Hô Chi Minh comparait l’impérialisme à une pieuvre à deux tentacules. L’une posée sur les pays dominés et l’autre sur les classes dominées au sein même des pays dominants. Tout coup porté à l’une des tentacules affaiblit l’autre. Les dominations ne sont pas séparées, mais enchevêtrées. Si l’objectif annoncé de ces 3ème rencontres nationales des luttes de l’immigration est la création d’un Front Uni de l’immigration et des quartiers populaires, il a clairement annoncé son caractère anti-impérialiste. Soutenir les luttes des peuples opprimés partout dans le monde, et lutter contre la domination des quartiers populaires et des populations issues de l’immigration ici en France ne semblent qu’être les deux faces d’une même médaille. Politique de la ville, islamophobie, crimes racistes, contrôles au faciès, inégalité des droits pour les femmes ou les travailleurs immigrés... Tous ces enjeux, toutes ces souffrances et dominations s’inscrivent dans un monde gangréné par l’impérialisme.

 



 

 

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