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1983 (…) 2012. Nous ne marcherons plus !

7 décembre 2011 - Dernier ajout 14 décembre 2011

Marcher ? Trop lent ! Aujourd’hui, les quartiers sont dans l’urgence sociale. C’est le TGV que le marseillais Nassurdine Haidari a pris pour crier sur tous les toits de Paris ses « 5 propositions pour les quartiers populaires ». L’enfant du Panier, devenu élu PS, a choisi pour cela le jour de l’anniversaire de la mort de Malik Oussékine et de Frantz Fanon. Ouverts mais sans concession, lui et ses guerriers de l’égalité se sont adressés mardi dernier aux médias et aux représentants des principales forces politiques. Ambiance.


 

« Nous, citoyens oubliés de la république, réaffirmons notre détermination à transformer les conditions de vie des quartiers populaires ». Une promesse, un sacerdoce qui s’affiche sous une France en rouge et bleue, traversée en son cœur par les grosses lettres noires E-G-A-L-I-T-E. C’est l’affiche que l’on pouvait voir en arrivant à la conférence de presse. Ironie du sort et de la sémantique, c’est au centre d’accueil de la presse étrangère qu’elle avait lieu, comme si l’exclusion des dix millions de français peuplant nos quartiers populaires devait se poursuivre indéfiniment, jusque dans les arcanes de ses détracteurs.

L’homme qui crie aux candidats de 2012 de ne pas oublier les quartiers populaires, c’est Nassurdine Haidari, élu PS à Marseille. Le 18 octobre dernier, il mettait en ligne son appel sur les sites du Nouvel Observateur et de Respect Mag. (retrouver l’appel ici.). Son étiquette PS rebute souvent les militants, mais certains prennent le risque, convaincus du sérieux des propositions et de la démarche de Nassurdine, agitateur du bocal aux éléphants. En lutte contre toutes les formes de discriminations, il œuvre à Marseille pour la représentativité des minorités visibles en politique. Il publie plusieurs tribunes dans Le Monde contre la montée de l’islamophobie et les dérives racistes des politiques contre les Roms. Avec son appel « Nous ne marcherons plus », il s’oppose à une gestion différentielle des quartiers populaires qui mine la cohésion sociale, demandant à la France « de mettre enfin en application le principe constitutionnel d’égalité ».

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Marielaure Mahé

Deux marcheuses de 83 lui ont emboité le pas. Après trois décennies, qu’avons-nous fait de cette promesse d’égalité, semblent se demander Marielaure Mahé, et Hanifa Taguelmint. La première prend la parole pour rappeler le contexte de la marche de 83, celui de la multiplication des crimes racistes. « A l’époque, nous marchions pour revendiquer que nos désirs, nos compétences étaient les mêmes que tous les jeunes de notre âge : nous voulions travailler, étudier, aller danser, draguer comme tous les jeunes, se ballader dans la rue sans avoir peur de la police, avoir foi en une justice qui ne soit pas à deux vitesses ». Aujourd’hui, les crimes racistes ont certes diminué, mais les contrôles au faciès sont une réalité, ainsi que le chômage, les discriminations dans toutes les sphères de la vie, l’exclusion. Et le message reste le même : « Aujourd’hui, il faut désenclaver les quartiers, et un coup de peinture ne suffira pas. Il faut que les politiques soient réellement prêts à construire ce mieux vivre dans les quartiers populaires, à mettre en place une égalité active ».

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Hanifa Taguelmint

Hanifa Taguelmint n’a pas oublié la marche. Elle n’a pas non plus oublié sa récupération : « la marche n’a pas abouti. On nous l’a volée. Qui ? Nos frères de gauche ! On est rentrés la queue entre les jambes. Aujourd’hui, je suis grand-mère, et je me dis que je n’ai pas fini mon combat, et j’ai envie de m’excuser devant mes enfants. On a tendu la main à la république, mais elle nous a lâchés. Aujourd’hui, dans les quartiers, les problématiques et leurs réponses ne peuvent être que politiques », termine-t-elle.

Louis Georges Tin (président du CRAN), Marc Cheb Sun (fondateur de Respect Mag), Karima Delli (députée européenne Europe Ecologie Les Verts), Almamy Kanouté (co-fondateur du mouvement politique Emergence), Bolewa Sabourin, membre des MJS et fondateur du collectif cités en mouvement, Sihem Souid (auteur du livre Omerta dans la Police), Haouaria Hadj Chikh (élue PC-FDG à Marseille) : tous étaient à la table pour soutenir Nassurdine et prendre part aux propositions.

Les représentants de tous les courants politiques avaient été invités à la conférence de presse. Si l’UMP brillait par son absence, le Modem, Europe Ecologie Les Verts, le PS et le Front de Gauche étaient bien présents et les porte-parole ont pu se positionner par rapport aux cinq propositions.

Christophe Madrolle, secrétaire national adjoint du Modem, s’est fait sortir dès l’entrée de jeu. Ahmed Nadjar, de Med’in Marseille, lui a rafraichi la mémoire sur les pratiques du Modem à Marseille lors des investitures, alors qu’il se targuait de mettre en place une politique « de la diversité ». Se servir d’un français d’origine pour faire du rabattage lors des municipales de 2008, lui faire miroiter une place éligible, le jeter dès qu’il s’agit d’attribuer les places au conseil municipal lors de la fusion au second tour c’est ne pas appliquer ses engagements en matière de diversité lui a rappelé ahmed Nadjar (voir notre article "Le ralliement du MoDem fait sa victime : Otman Aziz". )
Carton rouge. Christophe Madrolle, n’ayant certainement aucun argument valable à opposer, a choisi la sortie avec pertes et fracas ne présentant même pas le point de vue de son parti, qui pourtant semblait ouvert aux cinq propositions de Nassurdine.

Le PS, famille du principal protagoniste de l’appel, ne l’a pas renié. « On attend beaucoup du PS car c’est lui qui porte les promesses d’égalité sociale », a commencé la porte-parole, en estimant que certaines colères étaient légitimes. Application directe : dans la salle, les rancœurs de 83 sont toujours amères, la récupération de la marche de l’égalité fait toujours mal. « Nous ne sommes plus vos potes ! » lance une marcheuse. Une réponse écrite de François Hollande aux 5 propositions sera bientôt faite. Mais d’ores et déjà, le PS annonce vouloir étendre la loi SRU à 25% de logements sociaux, et multiplier par 5 les amendes en cas de non application. Le parti se montre plus sceptique sur la question d’un « ministère de l’égalité » : « la priorité, ce n’est pas tant un ministère, que de donner des moyens trans-ministériels, pour mettre en œuvre l’égalité partout », souligne la porte-parole. Elle remercie le collectif Stop le contrôle au faciès, qui leur a « ouvert les yeux » sur la question, avant de s’engager à « expérimenter dès 2012 l’attestation de contrôle d’identité ». (retrouver les revendications du collectif Stop le contrôle au faciès ici : http://www.med-in-marseille.info)

« Les premiers à nous avoir entendus, c’est le Front de gauche » lance Nassurdine, qui a été reçu par Mélenchon. Clémentine Autain s’est exprimé en son nom, en faisant le constat d’une « confiance rompue avec les politiques ». Une priorité : mettre un terme aux pratiques d’instrumentalisation des mouvements issus des quartiers populaires. « Les cinq propositions de l’appel sont dans le programme du Front de Gauche, mais il faut absolument les co-construire, ensemble, pour que les habitants des quartiers populaires retrouvent un sens à l’implication politique », a souligné la co-directrice du mensuel Regards.

Quid d’Europe Ecologie Les Verts ? Le porte-parole d’Eva Joly sur les questions de politique de la ville commence par faire profil bas : « Nous avons tous nos responsabilités face à la situation actuelle des quartiers populaires », lance-t-il. Il reconnait aussi la dépolitisation du combat des marcheurs de 83. Sur certaines propositions, EELV veut aller plus loin : « concernant la loi SRU, nous prônons une illégitimité politique des maires fraudeurs. Pour la question de la représentation des minorités visibles, nous souhaitons mettre en place un mandat unique, non renouvelable. L’idée, c’est que tous les barons cèdent leur bail politique, qu’ils cessent de capitaliser le pouvoir »

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Sihem Souid,Bolewa Sabourin,Nassurdine Haidari,Haouaria Hadj Chikh et Almamy Kanouté

Tentatives de création d’un mouvement politique avec le Forum Social des Quartiers Populaires ou les Rencontres nationales des luttes de l’immigration, propositions concrètes en direction des candidats à 2012 comme avec « nous ne marcherons plus », listes indépendantes aux élections régionales comme « Emergence » ou initiatives locales… Pour mettre au cœur des débats la question des quartiers populaires, plusieurs chemins sont possibles. Et en ces temps agités de campagne, les initiatives foisonnent, les énergies se libèrent. Comment impulser un réel changement ? Comment éviter les risques d’instrumentalisation ? Toutes les initiatives, plus ou moins fructueuses, traduisent d’un malaise social, d’une urgence à remettre les quartiers populaires et les problématiques de ses habitants au cœur des politiques, locales comme nationales. « Nous encourageons toutes ces initiatives si elles se frayent un chemin vers les présidentielles. Elles ne sont pas en concurrence. Notre intention à tous, c’est que dans les quartiers populaires, il y ait une réelle amélioration des conditions socio-économiques », explique Nassurdine. Rendez-vous en 2012, donc.

 



 

 

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