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17 octobre 1961 : rassemblement à Marseille pour une reconnaissance du crime d’Etat

19 octobre 2011

Il y a cinquante années, jour pour jour, des centaines de français d’Algérie ont subi une répression terrible, à Paris, causant leur arrestation, internement, torture, expulsion et pour certains, leur disparition. Officiellement, le bilan du massacre fait état de trois morts et soixante-quatre blessés. Officieusement, de nombreux historiens ont évoqué le nombre de centaines d’Algériens qui ont succombé, sous les coups de la police de Maurice Papon. Après un demi-siècle de silence du pouvoir, les collectifs d’associations continuent à se réunir dans les métropoles, afin d’honorer la mémoire des disparus et ont réitéré leur demande : reconnaissance du crime d’Etat, accès aux archives et représentations dans les manuels scolaires. Nombre d’entre elles se sont données rendez-vous, lundi, sur le parvis de la gare Saint-Charles et ont partagé une partie de l’histoire du pays jusqu’au Vieux-Port, en faisant escale par le cours Belsunce. Retour en images.


 

17 octobre 1961, date exclue des programmes scolaires et brouillée dans les consciences. Ils sont pourtant des milliers, depuis une dizaine d’années, à se rassembler, pour faire reconnaître par le gouvernement, les actes de tueries et de barbaries qui ont été infligés aux « Français musulmans d’Algérie ».

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A l’appel du collectif Sortir du Colonialisme Provence, qui regroupe 24 associations et partis, plus de cinq cents personnes mêlant citoyens, militants associatifs et politiques (EELV, NPA, PG, PCF) se sont données la main, pour commémorer ensemble, une partie de l’histoire coloniale, mal assumée. Aïcha Muniga, membre EELV a d’ailleurs confirmé et ajouté « que l’Etat français devait revoir sa copie d’histoire et qu’il serait temps d’arrêter le massacre quotidien des étrangers qui sont sur le sol ». Pour preuve de solidarité, l’association des Pieds Noirs progressistes et leurs amis, a tenu à se joindre au collectif Sortir du Colonialisme Provence.

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Le cortège a descendu le boulevard d’Athènes pour rejoindre La Canebière en scandant « Cinquante ans ça suffit, reconnaissance du crime d’Etat ! »

Avant le départ de la marche, la lecture du poème de Kateb Yacine sur le massacre d’octobre 1961, a été assurée par Aïcha Sif, conseillère régionale EELV : « Peuple français, tu as tout vu, Oui, tout vu de tes propres yeux, Tu as vu notre sang couler, Tu as vu la police, Assommer les manifestants, Et les jeter dans la Seine. La Seine rougissante, N’a pas cessé les jours suivants, De vomir à la face, Du peuple de la Commune, Ces corps martyrisés, Qui rappelaient aux Parisiens, Leurs propres révolutions, Leur propre résistance. Peuple, français, tu as tout vu, Oui, tout vu de tes propres yeux, Et maintenant vas-tu parler ? Et maintenant vas-tu te taire ? ». Une citation de noms, des personnes mortes et disparues, a ensuite été présentée. Ces patronymes ont été le fruit d’un long travail de recherches, mené entre associations, comme l’Union des Algériens en France et des historiens, tel Jean-Luc Einaudi. Aujourd’hui, ils ont estimé le nombre de victimes en centaines mais l’ont seulement estimé et non avéré puisque certaines pièces du puzzle des archives ont été détruites, comme celles de la brigade fluviale - qui repêchait les corps dans la Seine – et du rapport du Préfet de police, Maurice Papon.

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« Sont amnistiées de plein droit toutes infractions commises en relation avec la guerre d’Algérie. Sont réputées en relation avec la guerre d’Algérie toutes infractions commises par des militaires servant en Algérie. Loi du 31 juillet 1968 »

« Par ces initiatives, on attend que l’Etat français admette ses erreurs » a expliqué, déterminée, la présidente de l’espace Franco-Algérien, Ghania Oudali. Pour les quarante-neuf années passées dans le brouillard de l’histoire du pays, les militants ont attendu pour la cinquantième, un geste de simple et de loyale reconnaissance. Comme l’a précisé Sébastien Barles, porte-parole EELV, « ce serait l’honneur pour la France de reconnaître ce massacre ». Un honneur partagé avec les familles des victimes et les associations, qui se sont battues pour raviver dans les esprits des années de dénégation et qui poursuivront, jusqu’à ce qu’une oreille leurs soit tendue. Haouria Hadj Chikh, adjointe (PCF) au maire dans les 13e et 14e arrondissements, est également venue apporter son soutien, affirmant « qu’aujourd’hui, nous devons avancer dans la construction des mémoires et que la vérité soit enfin dévoilée ».

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Le Parti de Gauche s’est dit touché de voir l’association des Pieds Noirs progressistes et leurs amis dans ce cortège

Le cortège s’est déroulé avec beaucoup d’humilité. Pendant que les uns ont échangé sur leurs expériences d’antan sur un fond de « Cinquante ans ça suffit, reconnaissance du crime d’Etat ! », les autres ont défilé avec une émotion perceptible. Le collectif, qui a organisé l’évènement, a fourni beaucoup d’efforts afin que le déroulement de cet hommage soit sans surprise. Arrivé à destination au Vieux-Port, une surprise, il y en a bien eu une, petite, lorsque Samia Ghali, la sénatrice-maire socialiste des 15e et16e arrondissements, a commencé à prendre la parole. Une partie du collectif, investie sur différents fronts comme cette commémoration, a été « fréquemment abandonnée par l’élue » et a jugé « qu’elle n’avait pas à avoir le micro, qu’elle n’a rien fait pour cela ». Mais le micro, c’est Jacques Soncin, membre d’EELV, qui lui a donné. Lui-même a pris la tête du cortège, ce qui a été mal vu par quelques membres : « c’est mal venu que ce soit un homme politique comme Jacques Soncin qui prenne la tête du cortège lui, qui (selon lui) n’a jamais représenté le combat » a affirmé Aziz Othman. Une présence des élus qui est pourtant nécessaire si le message veut être entendu. Le calme a très vite repris place, les bougies ont été allumées, les roses blanches, prêtes à être envoyées dans le Vieux-Port, et la minute de silence observée.

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Cinquante années sont passées mais la bataille continue

Un « Appel à la reconnaissance officiel de la tragédie du 17 octobre 1961 » a été lancé par Mediapart pour lequel des milliers de signatures ont été récoltées, à l’instar d’Europe Ecologie-Les Verts, présent à la marche, et du PS. « Il faut que ce génocide soit reconnu avant de faire reconnaître ceux des autres » a souligné Samia Ghali. Balayer devant sa porte est conseillé !

 

 

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