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10 mai 2008, une commémoration, une « prophète »

17 avril 2008

Pour la commémoration, à Marseille, du 160e anniversaire de l’abolition de l’esclavage et des traites négrières, un collectif d’associations tient à rendre hommage à cet événement en organisant « la semaine de la mémoire de l’esclavage ». Rencontre avec Katia Prophète, présidente du Collectif PACA pour la Mémoire de l’Esclavage (C.P.P.M.E.).


 

Katia Prophète a compris tard le sens de son nom. Longtemps elle a vécu loin de son histoire, du problème de la couleur de peau… À l’époque, cette Antillaise – travaillant pour la mairie de Marseille – a les cheveux lisses, comme le veut la mode, emmenée par des Whitney Houston et autre Tina Turner. Mais un jour une phrase, bête et méchante, d’un collègue de bureau regardant le cours Belscunce par la fenêtre, déclenche une prise de conscience. « Ces Noirs et ces Arabes, faudrait les mettre dans un sac et les balancer à la mer… ». « Et moi ? », demande-t-elle. « Toi c’est pas pareil, tu n’es pas noire ! » lui répond-il. C’est le choc. Qu’a-t-elle de différent de tous ceux qui sont dans la rue ?
Juste une coupe de cheveux, car dès qu’elle la change, pour arborer une chevelure naturelle, elle passe de l’autre côté, devenant aux yeux des autres employés, une « négresse » ordinaire, subissant de la part des collègues un racisme jusqu’alors invisible. Des mimiques lui faisant comprendre qu’elle pue, à la dévalorisation de son travail par certains de ses supérieurs, l’ambiance se dégrade très vite au point qu’elle demande instamment à sa hiérarchie une mutation. Mais cet épisode douloureux survenu en 1998 aura l’effet d’un déclic. D’où vient ce racisme ? Pourquoi tant de haine et de stupidité ? Katia Prophète se lance alors dans une recherche approfondie qui lui révélera ses origines et le tragique destin d’un continent entier. Elle se documente, apprend, rencontre. Elle saisit cette partie de l’histoire humaine à bras le corps, ce qui l’amènera, en 2004, à effectuer un pèlerinage sur l’île de Gorée, au Sénégal, d’où, après avoir franchi la « porte du non-retour » des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, réduits en esclavages, étaient embarqués dans des conditions inhumaines pour l’enfer du « nouveau monde ». Ce pèlerinage est un point d’orgue. Habillée de jaune, pour le soleil de l’Afrique, de blanc, pour l’abandon de la souffrance et du ressentiment et d’un madras représentant les Antilles, Katia donne à son acte un sens qui dépasse sa personne. Une boucle est bouclée, un nouveau chemin s’offre à elle. « Je n’ai plus de haine, Dieu m’a libéré, maintenant je dois m’exprimer », confie cette femme, à la foi chevillée au corps, dont la religion « a été d’un grand secours » pour affronter cette plongée douloureuse dans le passé et approcher une part de la bêtise humaine. Quatre ans plus tard, le temps de l’expression arrive. Alors qu’elle pensait tenir un rôle actif, mais dans l’ombre, ce n’est rien moins que la présidence du collectif composé de treize associations de Marseille et sa région, et l’organisation des manifestations de la commémoration que lui proposent les représentants des différentes associations réunies en vue de la célébration du 10 mai. Une tache qu’elle mène avec une grande conscience, réunissant toutes les bonnes énergies possibles, pour mener à bien une cérémonie du souvenir, sérieuse et solennelle...

Une semaine de manifestations

Pas question, cette année, de « fêter » l’événement comme cela a pu être le cas précédemment. Le déroulement de la manifestation se fera, à Marseille, sur plusieurs jours, afin de rendre hommage à cette histoire, à cette douleur qui résonne encore aujourd’hui.
Cette année, le collectif « C.P.P.M.E » propose un double temps d’action. Tout d’abord commémoratif ; la journée du 10 mai débutera à 11h par un dépôt de gerbe avec une délégation d’officiels au rond-point Victor Schoelcher aux Docks des Suds. S’en suivra « le parcours de la mémoire », une marche silencieuse précédée d’une chorégraphie, qui démarrera de l’Espace Culture, sur la Canebière, jusqu’à l’Hôtel de ville sur le Vieux Port... Là, auront lieu, de 15h à 18h, différentes manifestations : allocution de la présidente du collectif, message du tambour parleur aux ancêtres, danses rituelles, lecture de textes et de poèmes et enfin démonstration de danses guerrières développées par les esclaves (Capoeira, Moringue).
Puis de réflexion, du 13 au 17 mai : de 10h à 18h, la Cité des associations, sur la Canebière, accueillera des conférences, des débats, des expositions ainsi que des projections de films documentaires. L’entrée sera libre et gratuite dans la limite des places disponibles. Il conviendra de réserver ses places à l’avance…
Quant à Katia, c’est un long chemin de sensibilisation de la jeunesse qui s’ouvre devant elle, la journée du 10 mai n’étant qu’une première marche. Si « nul n’est prophète en son pays », comme le dit l’adage, espérons qu’il en aille différemment cette année, que cette journée de commémoration et la semaine qui s’en suit, tout comme le combat de Katia, soient pour nous l’occasion de marquer le pas, de comprendre une fois pour toute, que l’homme est égal à lui-même sur tous les continents et quelle que soit la couleur de sa peau.

« Disons-nous et disons à nos enfants, que tant qu’il restera un esclave sur la surface de la terre, l’asservissement de cet homme est une injure permanente faite à la race humaine toute entière », Victor Schoelcher.

Après une vive polémique quant au choix d’une date anniversaire, le Président de la République, Jacques Chirac, en 2006, instaure le 10 mai jour officiel de commémoration de l’abrogation de l’esclavage. La date choisie fait référence au 10 mai 2001, jour où l’Assemblée Nationale vota la loi reconnaissant la traite négrière transatlantique et l’esclavage des Noirs aux Amériques comme « crime contre l’humanité ». La loi, dite « loi Taubira » porte le nom de la députée de Guyane, qui l’a élaborée et vaillamment soutenue, Christiane Taubira.

Pour toute information contacter Katia Prophète :
Tél. : 06.62.21.30.19.
Email : k.prophete@wanadoo.fr

Contact presse
Martin Carvalho
Tél. : 06.09.06.02.03.
Email : martin.carvalho@wanadoo.fr

 



 

 

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