Rubrique Un marseillais à la rencontre de ses racines : l’Afrique

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Un marseillais à la rencontre de ses racines : l’Afrique

 

 

 

Dans le ventre de Dan

13 novembre. Les hasards de la route et du calendrier font que nous entrons au Bénin le jour de mon anniversaire. Coïncidence chargée de sens, le voyage arrive à son terme et tout au sud, il y a la maison de mon père. Une petite ferme posée au milieu de la brousse avec une dizaine de frères et sœurs qui nous attendent. Il y a quelques années, je renouais avec cette branche de ma famille brusquement disparue de ma vie vingt-cinq ans auparavant. Après ces tardives retrouvailles, une fois de retour en France, les aléas de la vie ont dressé un mur de silence épais de sept ans entre nous. Me voici maintenant de retour, pareil à ce voyageur s’en revenant chez les siens après une longue absence. Le voyage s’est déroulé suivant un itinéraire parfaitement adéquat, offrant une adaptation douce et naturelle au fil des kilomètres, faisant de chaque pays traversé une suite logique de culture et d’histoire, préparant au suivant, jusqu’au terme, tout personnel du voyage. De Tanger, jumelle de Marseille au Maroc, à la Mauritanie, charnière entre le Maghreb et l’Afrique Noire. Du Mali, dont la taille et les enjeux économiques le tourne vers l’occident, au Burkina Faso, la route nous a menés « dans le ventre de Dan », dont le sang, pour moitié, court dans mes veines.

Quand les Français, une fois défaites les armées du roi Béhanzin, occupèrent le Royaume du Bénin, ils le rebaptisèrent « Dahomey », en référence à la fin tragique de l’un de ses premiers rois. Le Bénin, en tant que royaume, fut créé par des princes Adjas de la maison impériale du Ghana, sur des territoires conquis à l’empire Yoruba du Nigéria, quand les deux maisons impériales étaient en guerre. Le roi Dan, alors maître du nouveau royaume, dut faire face à un afflux de princes et de dignitaires Ghanéens en quête de terre pour y établir leurs familles. Magnanime et généreux, Dan offrit domaines et richesses à ses nouveaux obligés jusqu’à ce que les demandes ne mettent en péril son autorité. Survint alors un prince obscur, dont l’histoire, à défaut du nom, n’a retenu que l’acte sanglant qui mit sur le trône une (...)


 

 

Chez les Dogons

Peuple légendaire, les Dogons occupent la falaise de Bandiagara depuis le XIVe siècle. Nous avons déplié notre tente sur la terrasse du campement « La famille » dans le village de Djiguibombo, un bâtiment en granit, protégé du soleil par un toit de canisse épais mêlé de terre. Nous en sommes les seuls occupants, pas de touristes pour l’instant, la saison est calme. Nous avons quelques jours devant nous pour découvrir ce pays insolite, à l’écart du monde.

Nous avons dans nos malles, un colis à remettre aux habitants de la part de trois marseillaises qui ont tissé des liens étroits avec ce village. Notre jeune hôte est le « fils adoptif » de l’une d’elles, ce qui nous vaut d’être d’emblée accueillis comme des membres de la famille. Le lieu est sommaire mais agréable à vivre, une grande cour, des acacias et un petit coin sanitaire où l’on se douche au seau avec de l’eau puisée au puits voisin. Enfin, le plaisir de se sentir en « Afrique », loin de la ville, de la misère urbaine, et de la course effrénée au développement. Quel calme ! Dans le soir naissant la nature exhale des parfums qui rappellent la Provence. Aux alentours pas de lumière, les habitants se préparent à la nuit à la lueur des bougies. Seule une petite maison, au bord de la piste, luit d’une (...)


 

 

T’as mal où Mali ?

Mali, premier pays Noir que nous traversons sur la route qui nous emmène au Bénin. Entrés par le Sahel, à la ville de Nioro, nous pénétrons dans un pays bien différent des deux précédents. Arrivés à Bamako, la capitale, le choc est là. Hélas il n’est en rien culturel. Il renvoie à une simple et douloureuse réalité, celle de l’Afrique aujourd’hui. Sa pauvreté, sa misère, ses paradoxes inacceptables. Face à une telle situation, impossible de faire l’impasse sur les aspects politiques et historiques du continent. Peut-être est-ce cette position d’avant poste sur notre route qui rend, ici, cette réalité si éclatante. Il n’en reste pas moins que ce géant semble, à lui seul, illustrer les écueils où s’est entravé le navire Afrique aujourd’hui.

La première nuit au Mali se passe en bordure d’un champ, quelques kilomètres après Nioro du Sahel, à la sortie d’un petit village où nous avons déposé un cultivateur qui faisait du stop pour rentrer chez lui. La saison des pluies est terminée et le Sahel, dans cette région ne ressemble pas encore à un désert mais à une belle plaine verdoyante parsemée de baobabs. À l’écart d’une plantation de pastèque et d’arachide nous installons le bivouac. La nuit tombe et depuis l’entrée du champ un phare de motocyclette se dirige vers nous. Ce sont deux hommes, des gardiens qui font leur ronde. Quand ils arrivent à notre hauteur, le conducteur nous fait part de son soulagement : des touristes Européens, tout va bien. « Je vous avais pris pour des voleurs, il faut être très vigilant, les gens, ici, viennent la nuit (...)


 

 

La route de l’espoir

Si la porte de la Mauritanie est de sable, son intérieur révèle une diversité de paysages surprenants et magnifiques. La route de l’espoir, serpente à travers le sud du pays, passant par la seconde grande ville : Aioun el Atrouss. Jadis seule voie d’accès, elle reliait le sud-est à la côte atlantique, ravitaillant les régions reculées en denrées alimentaires et matière première. Aujourd’hui, l’espoir est ailleurs, le long d’une autre route, qui sortirait le pays de son extrême pauvreté. Plongée dans la Mauritanie rurale, loin de la capitale.

La Mauritanie est un pays d’éleveurs. Déjà, à la frontière, il nous avait été chaudement recommandé de ne pas rouler la nuit. Pas à cause des coupeurs de routes ou autres bandits à longues barbes, mais à cause du bétail qui traverse sans crier gare. D’immenses troupeaux paissent librement de part et d’autre de la route. Des milliers de bêtes à cornes accompagnées de moutons et brebis, occupent la vaste plaine, entre épineux et herbe sèche, aux milieux d’espaces sans limites. Le long de la voie, c’est des dizaines de cadavres en putréfactions. Des charognes laissées là, comme des bornes rappelant aux conducteurs le passage des troupeaux. Mais la nuit, la route est aux poids lourds qui assurent le transit des marchandises venues, notamment du port d’Abidjan et rien n’arrête ces camions hors d’age et (...)


 

 

Mauritanie

Le pays des Maures. Fascinant, mais qui depuis quelque temps fait peur. Assassinat de Français, république islamiste, coup d’état, beaucoup de faits qui la rendent suspicieuse aux yeux des Occidentaux. Après avoir passé la frontière à la nuit tombée et bivouaqué sous les étoiles dans le désert, nous reprenons la route pour Nouakchott, la capitale. Là bas, peut-être lèverons-nous le voile sur le pourquoi d’une si mauvaise réputation, avant de traverser le pays d’Ouest en Est jusqu’au Mali.

D’abord il y a ce désert. Magnifique, rien que du sable. Jaune, orange, rouge. La différence d’avec le Maroc que nous venons de quitter est saisissante. Des villages de toile épars, dressés le long de la route entre vent et sable. Nous sommes dans un pays économiquement pauvre. Les postes militaires, douaniers et policier, sont dépourvus d’électricité et tiennent plus souvent de l’amas de planches et de tôles que de la construction en béton. Quelques kilomètres avant la capitale, une carrière de sable. De grands camions bennes attendent, que sous leurs roues, une nuée d’hommes torse nu les remplisse. Armés de pelle, dans un beau mouvement d’ensemble, ils jettent le sable dans le camion, donnant l’impression qu’il jaillit de terre, projeté par un fourmilion géant. En les voyant travailler sous ce soleil (...)


 

 

Désert

Cela fait maintenant, bien dix jours que nous sommes au Maroc. Bientôt la frontière. Dakhla, tout au sud, en plein Sahara. Trois heures moins le quart, le soleil tape fort. Nous avons tendu un drap, du toit du 4x4 à un arbuste minuscule pour gagner un peu d’ombre et un semblant de fraîcheur. On est en octobre ! Août doit être intenable. La route est sublime. Plus on s’enfonce dans la roche et le sable plus le français disparaît. Les panneaux routiers sont en arabe dans leur majorité. Les touristes se font rares, le Royaume montre un autre visage.

Le tracé automobile est simple. Une voie de bitume, agrémenté de petits nids-de-poule épars, pas vraiment méchants, juste un peu taquin. Quand un camion arrive en sens inverse, la route devient subitement très étroite, d’autant que ses côtés, érodés par le sable, sont pareils a une lame de scie guettant les pneus maladroits. Des camions, surtout, venant de Mauritanie ou ravitaillant les petites villes, rares, de la route. Des 4x4 de la gendarmerie et de l’armée sillonnent la voie en permanence. La région est d’importance. Du pétrole, du phosphate, du gaz… Des richesses en veux-tu en voilà. Comme l’explique Ali, le jeune gérant d’un camping, désert lors de notre passage, à Foum el oued « maintenant que la route de l’Algérie est devenue dangereuse, le transit venu et vers le sud de l’Afrique passe par ici ». (...)


 

 

Au pays des arganiers

Marrakech disparaît dans le rétroviseur. Direction la côte atlantique jusqu’à Essaouira. Dans cette province, de part et d’autre de la route, des arbres soigneusement entretenus, à mi-chemin entre l’olivier et l’acacia. De leur fruit oblong et charnu, on tire la bienfaisante huile d’argan, dont les vertus, culinaires et cosmétiques sont appréciées dans le monde entier. Dans ce pays d’hommes, c’est aux femmes que revient le long travail d’extraction de l’huile. Découverte, à Tamanar, de la coopérative Amal, première coopérative féminine d’huile d’argan du Maroc.

Essaouira tout d’abord, « La bien dessinée », tient son nom d’un ingénieur français qui, à la demande du sultan, retrace l’ancienne Mogador et son port afin de l’ouvrir sur le commerce international. Résultat atypique, des rues larges aux murs blancs, agrémentés de fenêtres bleues, et d’un souk couvert où règne à toute heure une humide fraîcheur. Paisible, face à l’océan, elle semble toute entière dédiée à l’art. Des peintres, des musiciens, des écrivains, Marocains comme étrangers, y naissent ou s’y installent, lui donnant cette ambiance nonchalante propice à la contemplation. Mais la véritable richesse de cette province n’est pas la ville en elle-même, point de suspension dans l’espace et le temps, mais la terre qui s’étend au-delà, là où pousse l’arganier, l’arbre qui fait vivre des villages entiers. Sur la (...)


 

 

Marrakech

Après la capitale et une longue bande de désert de roches et de sable, Marrakech surgit dans le soleil couchant. Ville mythique de commerce et de traditions, elle marque le pas d’avec Rabat. L’empreinte de l’Europe s’y estompe malgré le nombre considérable de touristes. Ici les attelages tirés par des ânes se disputent la chaussée avec les voitures et les camions. La Koutoubia (grande mosquée de Marrakech) se dresse à l’entrée de l’incontournable et célèbre place Jemaa el Fna.

Capitale de l’art populaire du Maroc comme la présentent de nombreux guides. Pour le touriste descendu au Club Med’ qui borde l’entrée principale de la place, ce lieu ne manque pas de pittoresque. Tout y est, charmeur de serpent, proposant des tatouages au henné, musique nasillarde enivrante, marchands d’eau en costume traditionnel, vendeurs de jus d’orange aux étals remplis d’agrumes, détaillants d’épices… Le bruit et l’odeur, l’agitation perpétuelle. Le nombre important de touristes, français pour la plupart, est comme un trait d’union avec l’Europe. Une étrange impression de ne pas être loin. Alors que. De l’autre côté de la place, les entrées menant au souk qui semble sans fin. Un enchevêtrement de ruelles minuscules peuplées d’innombrables échoppes entre lesquelles slaloment passants et deux-roues. Tout (...)


 

 

Sur la route, en terre d’Afrique

Port de Sète. Embarquement à bord du « Marrakech Express » à destination de Tanger. Début de la route, que nous suivrons en voiture et qui nous mènera, à travers le Maroc, la Mauritanie, le Sénégal, le Mali et le Burkina Faso, jusqu’au Bénin. Journaliste à Med’in Marseille, j’entreprends ce périple avec mon amie, à la rencontre de cultures dont bon nombre font la richesse de Marseille. Quelle place accordée à la cité phocéenne en Afrique de l’Ouest ? De quelle immigration parlons-nous ? Recherche d’identité, quête de culture et de rencontre… Cap sur l’étranger qui ne le sera bientôt plus.

Les cotes marocaines se rapprochent et bientôt nous serons chez eux. Les langues comme les coutumes et le temps vont changer. Je me sens soudain vulnérable et repérable, dans le même temps, la curiosité et le plaisir de la découverte vont croissant. Pour l’heure nous sommes sur le bateau, sur le trait d’union qui relie le projet à sa réalité. Demain sera l’heure de la rencontre avec Tanger, les premiers pas de l’aventure. J’ai hâte, tout en savourant ce temps qui passe, conscient que nous nous préparons, dans une certaine mesure, au voyage qui a déjà commencé. Le premier contact avec l’administration marocaine donne le ton. Les formalités de douane et de police effectuées, c’est avec neuf heures de retard que nous entrons enfin dans la ville. Dans la cohue de l’enregistrement, un Marocain d’âge mûr, (...)


 

 

 

 

 

 

 

 

 

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