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Amérique

 

 

 

Dans les bras de Bahia #8

Daisy, est une jeune fille à la peau couleur de nuit. Ses vingt-cinq ans habillent son corps de formes fines et souples. Quand elle danse, c’est le soleil, dans toute sa force qui brûle en elle. Elle bondit, elle ondule et virevolte sur les contre temps des percussions et les cuivres de l’orchestre. Nos regards, par hasard se croisent et tout de suite nos yeux s’agrippent.

Non loin d’elle autour d’une table en plastique, deux de ses amies, escortent deux caricatures teutonnes toutes en short, chaussettes et moustaches tristes. Taille de géant, ventre en fut de bière, l’œil lourd et concupiscant, ils n’ont aucun mal à cacher les motivations sexuelles et marchandes de leur sortie. Daisy me lance un sourire éclatant. Il n’en faut pas plus pour faire connaissance. Je m’avance et me présente. Mon prénom, difficile à prononcer en Brésilien, la fait rire. Je suis conquis, pieds et poings liés entre ses mains, déjà sur moi. C’est incroyable comme certaines choses vont vite. Je ne prête aucune attention au regards furieux qui me foudroient de l’autre côté de la table. De « l’autre côté du Rhin » une nouvelle guerre se prepare. Mais Daisy ce soir ne travaille pas. Elle accompagne (...)


10 juillet 2014 par Gaël Assouma - Dans S’Coupe du mondeAmérique

 

 

Féminité, Sensualité, liberté #7

Il y a de la musique quelque part. Un rythme se faufile dans les petites rues animées du Pelorinho jusqu’à mes oreilles. Il me prend les jambes et déjà mes pieds s’impatientent. Je quitte rapidement la petite table en plastique d’un vendeur ambulant installé sur la place du Terreiro de Jésus, et, ragaillardi par une brochette de bœuf servie sur une assiette de riz, je plonge dans les ruelles en pente douce du vieux quartier qu’une foule aux pas insouciants inonde en ce début de soirée. Les magasins de souvenirs, les pas de portes des associations et les buvettes déversent dans les ruelles étroites cette lumière jaune orangée, parfois blanche et crue qui donnent à l’ensemble un air de bal musette. J’ai l’esprit libre, confiant et le corps alerte après ces quelques jours d’entrainement dans l’académie de Capoeira de Mestre Nenel, petit fils du grand Maitre Bimba. L’air est doux et loin au dessus de nous les étoiles illuminent le noir profond du ciel. La nuit, tombée rapidement sur la ville, m’ouvre ses bras. Il y a un je ne sais quoi qui plane, comme un guilleret parfum de révélation prochaine…

Toujours irrésistiblement attiré depuis la haute place, je découvre subitement, fendant un attroupement dense de buveurs de bière et de danseurs, un spectacle éblouissant qui me fige, quasi instantanément, dans une contemplation béate. Une batucada, un orchestre de percussion, 100% féminine occupe la rue. Dieu que c’est beau ! C’est un torrent de rythme, de rondeurs exquises, de sensualité ardente. Il n’y a là que sourires étincelants, ondulations délicieuses, candeurs torrides et percussions enivrantes. Spectateur ensorcelé, je sors de mon ébahissement comme j’en suis entré pour danser. Danser à en perdre pied. Danser ces beautés, ces sourires à décrocher les étoiles, ces peaux luisantes reflétant toutes les subtiles et gourmandes déclinaisons chromatiques du noir et du blanc. Danser cette féminité qui (...)


4 juillet 2014 par Gaël Assouma - Dans S’Coupe du mondeAmérique

 

 

Nuit de fête #6

En matinée, sur une terrasse au soleil, le plaisir simple d’un café au lait.
Le quartier est calme. Hier était à la célébration de Yansan et Sainte Barbara. Dans certaines rues, les pavés en exhalent encore des parfums de sueur, de bière et de pisse. Mais rien d’autre, au sol, ne témoigne de la liesse qui a déferlé jusque tard dans la nuit.

Cette journée de fête, apres les célébrations religieuses mêlant christianisme dévot et candomblé durant les premières heures du jour, s’est déroulée suivant un programme précis : danser, chanter, rire, discuter sans fin avec les amis et surtout boire. Boire avec une application de premier de la classe. Des dizaines et des dizaines de caisses en polystyrène remplies de bière et de glace, juchées sur deux tréteaux, à même le sol, ou sur des marches d’escalier, proposent des boissons pour deux sous, tous les dix mètres. Caïpirinha, caxaxa et caïpirovska mais surtout de la bière. De la Skoll, grand format exclusivement, 66cl. Plus on se rapproche de la grand-place plus ces petits étales sont nombreux et mieux organisés, bientôt ils se touchent et forme une longue chaîne qui encadre la vaste esplanade Gorge (...)


 

 

Bienvenue à Salvador de Bahia #5

Me voici depuis quelques jours à Salvador de Bahia. Arrivé apres un vol assez court, j’ai joué au touriste nanti et réservé un taxi dans l’aéroport. Je ne connaissais pas du tout cette ville, bien plus grande que Recife, et qui occupe le troisième rang, par la taille, au Brésil. Ce que j’en savais n’engageait pas à la confiance. Tous ceux qui m’en avaient parlé n’avait que deux mots à la bouche : « muito perigoso » très dangereux…

La nuit tombe, je n’ai aucune idée du lieu où se trouve l’auberge de Mestre Lua rasta, chez qui j’ai prévu de descendre. Le chauffeur de taxi m’apprend que le quartier est interdit au véhicule car exclusivement piéton et qu’il ne pourra pas me déposer devant la pousada (auberge). Puis Il agite sa main droite en claquant des doigts et me lance : « muito perigoso » ! Je soupire en regardant le soir tomber derrière la vitre tintée du taxi. Je vais devoir déambuler avec mes sacs à dos et ma guitare, de nuit, dans un quartier aux ruelles étroites, au milieu de drogués dégénérés par le manque, la faim attisée par la vue d’un touriste tout frais, chargé de promesses. Un père Noël égaré dans les travées d’un orphelinat du XIXe siècle une nuit du 24 décembre… Je n’ai pas pu joindre Mestre Lua avant de partir, mais (...)


 

 

ZUMBI #4

L’aurore surprend la terre dans son bain de rosée. Le jour naissant colore le ciel d’un bleu lumineux. Seule une traînée blanche, crachée par une usine, raye à l’horizon, cet océan d’azur. Déjà, des groupes de jeunes, en abada blanc (pantalon du capeoiriste), T.shirt de couleur sur le torse et bérimbau en main, s’en vont, les yeux plein de sommeil mais la jambe alerte, sur la petite route de bitume fatigué qui mène, neuf kilomètres plus loin, au Kilombo dos Palmarès. Le pèlerinage commence.

plaque commemorative Il n’existe pas d’esclavage sans lutte. Dès le début de la traite au 16e siècle, les négriers comme les propriétaires d’esclave ont du faire face à d’incessantes révoltes. Les fugitifs, appelés « marrons » étaient impitoyablement pourchassés et très sauvagement punis. Dans leur fuite, leurs pires ennemis, plus encore que la police et l’armée, étaient sans nul doute les « capitao do matto », d’anciens esclaves affranchis, escortés de molosses, qui gagnaient leur liberté ou leur place dans la société en traquant sans répit les Noirs en fuite. Le salut résidait alors, dans la formation au cœur de la forêt, de village fortifiés appelés : kilombo. Cette tactique, inventée par la reine N’Zinga en Angola, avait permis à la souveraine de tenir tête et d’infliger de lourdes pertes à l’envahisseur (...)


 

 

Le pays de la canne #3

L’état d’Alagoas est un état agricole. La partie que borde l’océan offre de magnifiques plages de sable blanc ourlées de cocotiers. Maceio, la capitale est une cité paisible, gentiment bourgeoise, mais elle ne reflète en rien la réalité vécue à l’intérieur des terres.

Les formalités pour louer une voiture furent d’une extrême facilité. Résidant moins de six mois dans le pays, il n’a pas été nécessaire de faire valider mon permis. Par contre, l’adaptation à la route fut plus délicate. En effet, les feux de signalisations sont postés après le croisement et non avant comme en France… Une différence à prendre très rapidement en compte, la gomme laissée aux trois premiers carrefour en témoigne ! Les premières frayeurs passées, pendant l’heure nécessaire à quitter Récife, la route s’ouvre enfin sur la campagne. L’intérieur des terres se dévoile en un horizon généreusement ondulé. Des collines, des petits monts comme autant de seins bien arrondis se partagent le territoire à perte de vue. Partout, une espèce végétale et une seule : la canne à sucre ! Durant les premiers kilomètres, (...)


 

 

Récife, premiers pas, premiers contacts #2

Récife, capitale tentaculaire de l’état de Pernambuco, troisième agglomération la plus densément peuplée du Brésil. Je prends mes marques au coeur du quartier Praia do Junga, dans la municipalité de Paulista, une des 14 cités qui forment le « Grand Recife ».

Ce quartier populaire, bordé par l’océan, ressemble fort à une capitale Africaine, de larges rues mi-pavée, mi-sable, autrefois goudronnées, défoncées comme une piste de brousse. Les habitations sont surtout des maisons individuelles qui évoluent au rythme des familles qui les habitent. Le carré initial se couvre de murs et pour les plus en fond un beau jour il y a un étage supplémentaire. Entre deux pâtés de maison, des herbes folles, des papayers, des manguiers et autres palmiers dévorent l’espace disponible. Un égout à ciel ouvert, large comme un canal va se jeter directement dans la mer. Des sacs en plastique, des déchets de toutes sortes parsèment la voie, s’accrochent aux branches, l’Afrique n’est pas loin. La chaleur sévit avec douceur et amour, elle prend soin de faire mariner sans écraser et je (...)


 

 

NOUVELLES d’un voyage au BRESIL #1

Pour accompagner cette coupe du monde 2014, nous mettons en ligne des aujourd’hui, sous forme de feuilleton, le journal de voyage d’un de nos collaborateur, Gaël Assouma, qui se rendit sur place il y a deux ans. Pour des raisons de lignes éditoriales et d’actualité, nous n’avions pas, à l’époque publié l’ensemble des écrits. Mais ce récit trouve aujourd’hui toute sa place. Alors voici l’intégralité du journal, de Récif à Fortaleza !
Bonne lecture, bon voyage et bonne coupe du monde !


L’enregistrement des bagages est fait, mon vol est en attente. Après avoir mangé trois parts de tarte bio vendue au prix d’une cuisine équipée, dans un buffet de la salle d’embarquement, je suis venu m’installer dans un confortable fauteuil d’un petit salon aux couleurs pastel qui n’est pas sans rappeler une salle de jeux de maternelle.

J’ai du temps devant moi. J’en profite pour penser au voyage que j’entreprends, à ce pays que j’espère depuis longtemps, le Brésil. Un écrivain Noir Américain, dans la moitié du siècle dernier, était parti à la découverte de cette terre où, y disait-on, les Noirs étaient libres et heureux. Il se rendit vite compte que le racisme n’avait nullement épargné ce pays et qu’il y sévissait même durement. Mais il notait cependant qu’une part de la légende était vraie, il soufflait dans les villes et les campagnes une allégresse à nulle autre pareille. On pouvait être pauvre, exploité et Noir, sans perdre pour autant le goût de la vie et l’exprimer avec force. Métisse, de mère Française et de père Béninois, capoeiriste depuis un peu plus de dix ans, le Brésil, à pour moi aussi, toujours revêtu un caractère particulier, (...)


 

 

 

 

 

 

 

 

 

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