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Laurent Mucchielli appuie là où ça fait mal

Avec sa co-auteur Emilie Raquet, le sociologue spécialiste de la délinquance vient de sortir « Délinquance, police, justice – Enquêtes à Marseille et en région PACA ». Un brulot. Il en profite pour faire l’enterrement en première classe de son Observatoire régional de la délinquance et des cotextes sociaux (ORDCS). Expérience qu’il a porté à bout de bras de 2011 à 2015 avec le soutien de la région PACA. Au début de sn ouvrage il explique sa difficile genèse et son caractère novateur dans le domaine des sciences sociales : constitution d’un réseau de chercheurs, programme de recherches, activité de diagnostic et d’évaluation des politiques publiques. Il rappelle l’état catastrophique de la recherche dans ce domaine : le manque de moyens, de locaux et surtout l’absence de volonté politique pour y remédier. Il nous livre ensuite un ensemble de travaux produits qui souvent dynamitent les idées reçues sur Marseille, capitale du crime et sa région. C’est une mine d’informations pour tous les acteurs du social, de la prévention et de l’information. Une dose de Mucchielli tous les jours et vous verrez la lumière. Je sais, j’exagère, mais quand nous savons que la délinquance, la violence comme l’immigration seront au cœur des combats politiques à venir, ce livre est d’utilité publique. Pour vous donner envie de l’acheter, enfin si vous le trouvez, parce que pour ma part, je suis juste tombé sur deux exemplaires à la FNAC bien caché quand il devrait être partout et présenter par tous les médias, je vous livre quelques passages, histoire que vous accomplissiez vite l’acte citoyen de l’acquérir ou de le voler comme conseillait autrefois un journal satirique. Par exemple il démonte l’utilité des zones de sécurité prioritaires en pointant entres autres l’inefficacité de la présence massive des CRS dans ces quartiers. Et le peu d’impact sur le trafic de drogue des mesures prises. Il stigmatise l’attitude des politiciens locaux. Face aux praticiens qui situent leur analyse dans le cadre de la résolution des problèmes, le positionnement des seconds est avant tout d’ordre politique, voire politicien. Leurs questions fondamentales ne sont pas généralement pas « quels sont globalement les problèmes ? » ni « comment puis-je essayer de les résoudre ? », mais plutôt « comment dois-je parler de ces problèmes pour éviter de mécontenter les électeurs ? », « comment vais-je répondre aux critiques de l’opposition ? » et « comment allons-nous communiquer sur ces problèmes à la presse locale ? ». Il cite un maire réfléchissant sur l’installation d’un système de vidéo surveillance : « Je ne suis pas sûr que ça permettrait de faire baisser le niveau de la délinquance dans la ville, mais ça rassurerait les gens et ça en ferait taire quelques uns ». De tels propos illustrent bien les témoignages et les vidéos que vous trouverez sur notre site Med In Marseille et explique assez bien le sentiment des habitants que rien ne change et qu’ils sont abandonnés par les pouvoirs publics. Il explique que la concertation entre les différents acteurs de la lutte contre la délinquance est un leurre. La police et la gendarmerie n’ont pas vraiment assimilé la décentralisation des pouvoirs et n’ont de compte à rendre qu’à leur hiérarchie à Paris. Enfin je ne peux vous recommander la lecture du chapitre « Trafics et trafiquants de drogue à Marseille – les dossiers de la 7ème chambre » page 147 à 165 sous la plume de Daphné Bibard, un régal. Pour le plaisir page 152 tableau 6 : Répartition des accusés par activités professionnelles. On y apprend que sur 298 accusés, 137 sont sans emploi ou au chômage soit 46%. Un peu d’eau au moulin de ceux qui croient que le retour au plein emploi, la justice sociale et le droit imprescriptible au travail pourraient aider à la baisse de la délinquance quand les champions du tout répressif occupent les médias et alimentent tous les thèmes pour accentuer la fracture sociale. Bravo M. Mucchielli et merci E. Raquet, C. Saladino, V. Raffin, P-O Weiss, D. Bibard, C. Allaeia, S. Supersac, C. Bartoloméï. En vous lisant je comprends que vous dérangiez beaucoup de monde. Il est vrai que la délinquance c’est les malfrats qui s’y adonnent, la population qui en souffre mais beaucoup en vivent grassement pour faire semblant de la combattre, de l’étudier ou d’en parler. Alors là aussi le changement ce n’est pas maintenant.

« Délinquance, police, justice – Enquêtes à Marseille et en région PACA », direction Laurent Mucchielli, Presses Universitaires de Provence, Collection Sociétés Contemporaines, 2016, 242 pages, 25,00 €.
Michel Bonelli


 

Brèves Des Livres

  • 28 novembre

     

    LES STORIES DE MINA. Un livre de Hamida SOBIHI vu par Mourad Goual

    Si je devais vous définir Mina en seul mot, je dirai : « attachiante ». Attachiante de maladresse, d’aigreur, de rancœur, d’amour, de dilemme, de non-dit, de galère et de malchance. Mina est une attachée de direction hyper présente, qui n’aime pas grand monde dans sa boite, qui ne croise que des loosers et dont la vie est une succession de loose et de malentendu. Mina c’est un peu de vous, un peu de nous, un peu de tous. On se plait en la lisant à rire de ses impossibles galères. Elle est de ces personnes qui se trouvent toujours là ou tombe la foudre. Sa vie est un champ de mine dans lequel elle slalom à chaque instants pour éviter le pire. Son quotidien et si cocasse que la lecture de ce livre (...)

     

  • 6 février

     

    Sortie du livre "L’IMPASSE POSTCOLONIALE", selon Philippe San Marco

    Philippe Sanmarco, président fondateur de Convention citoyenne, s’attaque à la question de la fracture coloniale avec ce livre : "Sortir de la question coloniale". Selon l’ancien député socialiste des Bouches-du-Rhône, il faudrait "déconstruire un discours de victimisation qui enferme, déresponsabilise et conduit à l’impasse". Rien que ça ! Donc si l’on comprend bien, les français issus des ex-colonies se victimisent. ils doivent certainement s’inventer des discriminations, des violences policières, des stigmatisations médiatiques et j’en passe. Nous sommes donc étonné de la thèse lancé par l’ancien socialiste, ancien alié de Gaudin en 2008, puis soutien de Pape Diouf lors des municipales 2014. Alors (...)

     

  • Juin 2016

     

    La France pays de race blanche... vraiment ?

    Gaston Kelman écrivain franco-bourguignon originaire du Cameroun vient de sortir un petit ouvrage jubilatoire : "La France pays de race blanche... vraiment - adresse à Nadine Morano" chez Archipel. Son thème, stop à la fragmentation de la société en une dimension colorielle ! Il est nécessaire de repenser notre société comme une véritable entité de valeurs et non de couleurs. Allez sur youscribe.com et vous trouverez quelques pages qui vous ferons vous précipitez chez votre libraire pour acquérir ce petit joyau.

     

  • Avril 2016

     

    Monsieur Tir, un marchand de bien

    Le nom de Tir brille au soleil des voyous et pourrait devenir aussi célèbre que celui de Zampa il y a quelques années, retrouvé pendu dans sa cellule des Baumettes et décédé peu après, une affaire des plus troubles jamais vraiment élucidée. Mais Med In Marseille qui œuvre à la mémoire de l’immigration se devait d’évoquer la mémoire d’un M. Tir et j’ai sorti de nos archives le très bel ouvrage du Comité Mam’Ega à la mémoire du patriarche de cette famille M. Mahboubi Tir. Ce remarquable travail a été réalisé en 2003 par Karima Berriche (texte), Frédéric Pauvarel et Bernard Ribet (photos) et préfacé par le grand historien de l’immigration dans notre cité Emile Temime. Il a été publié grâce au soutien du Conseil (...)

     

  • Janvier 2016

     

    A lire : « Palmyre – L’irremplaçable trésor »

    Paul Veyne, 85 ans, historien, notre plus grand spécialiste de l’Antiquité gréco-romaine vient de sortir chez Albin Michel un magnifique petit ouvrage sur cette ville antique de Syrie : « Palmyre – L’irremplaçable trésor ». Avec la destruction de se site par Daech, il a vu son sujet d’étude voler en éclat et disparaître un pan de notre culture. Il est profondément marqué par ce saccage incompréhensible et en 140 pages il esquisse un portrait de ce que fut la splendeur de ce lieu qui n’existe plus que dans les livres. Il ranime le souvenir de la reine Zénobie, à la fois reine d’Orient et vraie romaine. Il nous prend par la main et nous emmène déambuler avec lui dans cette ville joyau. Nous y découvrons ses (...)

     

  • Janvier 2016

     

    A lire : « Sociologie d’une crise religieuse – Qui est Charlie »

    Essai ambitieux d’Emmanuel Todd sur le mal français. Dans le doute et avec méthodologie en 242 pages il dissèque la société française pour commencer une explication plausible et audible par le commun des mortels des événements terribles que nous venons de subir. Il utilise tous les outils des sciences sociales et se risque sur les chemins de l’analyse psychanalytique de groupe pour démonter ce mécanisme apocalyptique. Deux passages que j’ai relevé, un dans l’introduction, l’autre dans sa conclusion traduisent pour moi un résumé symbolique de l’ouvrage. « La focalisation sur l’islam révèle en réalité un besoin pathologique des couches moyennes et supérieures de détester quelque chose ou quelqu’un, et non pas (...)

     

  • Décembre 2015

     

    A lire bientôt : "La Fabrique du Monstre de Philippe Pujol"

    Les ouvrages sur Marseille sont nombreux : de l’éloge au dégoût, ils sont rarement de bonne qualité et les quatrièmes de couverture nous annoncent des révélations souvent fantaisistes parfois mensongères. Marseille c’est le sujet qui peut rapporter gros et vendre tous médias confondus, comme l’Olympique de Marseille et pire comme le navet sans fin « Plus belle la vie » qui nous décrit un Marseille de pacotilles pour les ménagères de plus de cinquante ans. Mais début janvier Philippe Pujol, ancien de la rédaction de La Marseillaise et Prix Albert Londres 2014 du meilleur « Grand Reporter de la presse écrite » sort aux éditions Les Arènes « La fabrique du monstre – 10 ans d’immersion dans les quartiers nord (...)

     

  • Décembre 2015

     

    A lire

    Nouvel ouvrage de Gilles Kepel avec Antoine Jardin : « Terreur dans l’hexagone –genèse du djihad français » chez Gallimard. Avec son titre accrocheur et sa couverture au lettrage bleu, blanc, rouge sur fond noir, avons-nous droit à la énième explication sur les raisons qui poussent de jeunes français à mourir pour le jihad ? Sommes-nous devant l’ouvrage savant qui va remettre du rationalisme dans nos peurs ? Avons-nous un patchwork de théories collées les unes aux autres qui dans le feu des événements et sous la pression éditoriale de réaliser un livre à chaud risque encore plus de perdre les néophytes ? A la première lecture, je dirais les trois mon général. Le prologue « De la marche des Beurs à Charlie (...)

     

  • Décembre 2015

     

    Karim vote à gauche et son voisin FN

    « Depuis plusieurs décennies, on s’interroge à chaque élection sur la manière dont ont voté les électeurs en fonction de leur genre, de leur âge, de leur profession et, évidemment, de leur religion. Pendant longtemps, l’enjeu consistait à mesurer le vote “catholique” ou le vote “juif”. Aujourd’hui, ­l’enjeu c’est aussi le vote “musulman”. Ce dernier a suscité de nombreux commentaires après les dernières élections municipales. Des socialistes battus, expliquant que leur défaite tenait à l’abandon de l’électorat musulman, conséquence du mariage pour tous. Des leaders des ­Républicains, se réjouissant d’avoir récupéré le vote musulman. Enfin, quelques obser­vateurs en mal de sensationnel sont allés jusqu’à annoncer le (...)

     

  • Novembre 2015

     

    La discrimination coûte dix milliards d’euros par an à la France

    Le constat des auteures de l’ouvrage (une étude du Think Tank Different) dont nous publions ci-dessous deux extraits est sans appel : la discrimination coûte cher à la société française. Dix milliards d’euros de manque à gagner chaque année car l’État investit et forme une jeunesse qui faute d’embauche, ne contribue pas ensuite à produire la richesse du pays. Faute d’embauche en grande partie due à une discrimination généralisée… Dans leur ouvrage les deux chercheuses écrivent qu’il faut inventer de nouvelles perspectives pour cette jeunesse éduquée mais larguée, et cela passe par la collecte de données sur les origines des individus pour pouvoir renforcer les sanctions contre les discriminations. Lire la (...)

     

 

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